Braconnage : le rhino, « bête de sexe »

Les chiffres sont effrayants. Malgré l’interdiction, le cap des 500 rhinocéros braconnés a été dépassé depuis le début de l’année 2013. A ce rythme, tout laisse à croire que des sommets de la bêtise humaine seront atteints au détriment de la protection d’une des espèces animales la plus en danger d’extinction immédiate. Les seuls chiffres faisant état du massacre, pour leur corne, de 668 rhino en 2012, 448 en 2011, 333 en 2010, 122 en 2009, 83 en 2008 et seulement 13 en 2007 auraient pu inciter à prendre des mesures beaucoup plus efficaces que celle mise en place depuis des lustres et qui peine à mettre fin à ce fléau.

Rhino braconnageMalgré le cantonnement du cheptel restant dans les parcs nationaux et privés, la mobilisation d’unités spéciales des différentes armées des pays concernés en Afrique et, finalement, l’empoisonnement des cornes pour les rendre impropres à la consommation, le rhinocéros continue d’être traqué jusque dans ces derniers retranchements et fusillé à la kalachnikov là où sa sécurité devrait être indiscutable.

Une seule cause à cet horrifiant massacre : un lucratif trafic découlant de la vente des cornes de rhino à prix d’or. A la manœuvre, de puissantes organisations mafieuses supervisant cette contrebande n’hésitent plus à organiser le braconnage comme de véritables opérations de guerre.

Considérée comme un puissant aphrodisiaque dans plusieurs pays d’Asie, la corne de rhinocéros y est négociée à des tarifs dépassant le prix de l’or et de la cocaïne. Une croyance asiatique attribue à sa poudre un pouvoir qui rendrait plus viril et augmenterait les performances sexuelles au même titre que la stimulante pilule bleue, viagra® de son nom.

Pourtant, toutes les études scientifiques sont unanimes pour démontrer que ces affirmations sont loin d’être fondées. La constitution des cornes de rhinocéros se résume principalement à une très forte concentration en kératine, la même matière qui entre dans la composition de nos ongles, de nos cheveux et des sabots des équidés, des cervidés et de certaines autres espèces animales.

Et si la sensibilisation au braconnage passait par le sexe

L’intérêt grandissant des puissantes organisations mafieuses pour ce trafic est fonction de la demande. Prendre à bras le corps toutes les initiatives qui ralentiraient cette demande pour peser sur l’offre serait une alternative sérieuse à tous les combats menés jusqu’ici. De ce point de vue, on devrait commencer à prendre à partie cette croyance fallacieuse, qui fait de la poudre de corne de rhino, cet objet si convoité par les gens en manque d’érection. Si les braconniers ne lésinent plus sur les moyens jusqu’à étendre une corruption à tous les niveaux de la chaine de protection de ces animaux, en face, le combat devrait s’organiser sous un angle plus ingénieux pour une victoire certaine.

Avis à ces messieurs

Le brevet du Viagra étant tombé dans le domaine public après 15 ans de monopole, pas moins de 15 génériques à des prix défiant toute concurrence pullulent aujourd’hui sur le marché. Pourquoi ne pas lancer sa vulgarisation dans une campagne virale auprès de ces fous de sexe qui favorisent ce trafic. Ce qui est certain, ils banderont plus en se rongeant les doigts ou en dégustant une salade de cheveux qu’en snifant des défenses de rhino.

Solo

Fronde anti-religions : le prêche d’un suicidaire convaincu

Quand catholicisme, Islam, us et coutumes d’Afrique en prennent pour leur grade par un infatigable incroyant.

Facebook s’illustre depuis quelques jours avec une hallucinante publication qui est partie pour faire longtemps parler d’elle. Une vidéo dont le contenu est à la base d’un incroyable buzz sur Face 24, une page communautaire parodique et humoristique de France 24, la chaîne de télévision d’information internationale française en continu.

Elle met en scène dans une rue piétonne d’Abidjan, la capitale ivoirienne, un jeune à l’allure d’étudiant, prêchant face à un public résolument acquis à sa cause, des propos outrageusement christianophobe, islamophobe, anti tradition, pro polygame, bref, des thèmes polémiques qui siègent à la une de l’actualité anxiogène des deux dernières décennies. Ce qui est autant plus ahurissant, c’est la pointe d’inconscience avec laquelle il mène sa fronde d’agnostique là où d’autres restent timorés. Le tchatcheur d’Abidjan se lâche et proclame une insoumission d’une rare vigueur au politiquement correct tellement il y va franco dans sa diatribe.

Dans un français ivoirien, empruntant au besoin des formulations verbales à quelques dialectes locaux, les prises de position, la mise en scène, l’interaction avec l’auditoire et la rhétorique de l’orateur nous ramène sans coup férir au très volubiles et amusants « Sorbonniens » des années Henry Konan Bédié, Robert Gueye et Laurent Gbagbo.

Pour mémoire, il y a quelques années, à Abidjan, se développaient des espaces spontanés dont le plus illustre est la « Sorbonne » du Plateau, en référence à la grande université parisienne dont elle tire son « sobriquet ».

Ces espaces, dédiés au verbe libre se vantent d’être les baromètres de la démocratie ivoirienne. Ces forums sont des lieux de regroupement pour des jeunes ivoiriens en soif d’expression sans tabou sur tous les thèmes possibles. Qualifiés de « regroupements de personnes désœuvrées » par la presse locale avec laquelle ils ont toujours eu maille à partir, ces tribuns des rues sont des sortes d’éclairés dans plusieurs domaines, de réels « imbattable» sur les sujets qui les passionnent.

Ces intellectuels des rues d’Abidjan se sont fait remarquer, à chacune de leur prestation, comme de puissants débatteurs, infatigables et pétris de connaissances sur tous les sujets abordés dans un étonnant franc-parler de nos jours. Et comme ils le disent, eux-mêmes, dans un slogan qui les définit à merveille : « Notre langue ne porte pas de caleçon quand bien même la bouche a une discipline.»

Pour revenir à cette vidéo, la pugnacité de l’orateur et sa verve très acerbe contre les dogmes révélés et non révélés en font un cas intéressant. Avec autant d’audace, elle ne pouvait susciter que ces centaines de partages et de commentaires sur le net. Les débats autour des religions et autour de la perte de vitesse actuelle des valeurs traditionnelles africaines ont, du coup, fait peau neuve.

Solo Niaré