De la passivité de « l’ami noir » au zèle du « nègre de maison »

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16 février 2014

De la passivité de « l’ami noir » au zèle du « nègre de maison »

 

C’était un soir en Afrique de l’Ouest, il a une dizaine d’années environ, je me trouvais en compagnie de plusieurs jeunes Américains et Français engagés pour les premiers dans le contingent des Peace Corps (Corps de la paix) et pour les seconds dans l’AFVP (Association française des volontaires du progrès). Nous allions prendre l’apéro dans un lieu huppé de la ville. Ce lieu était la « place to be » du moment et, forcément, il attirait un bon nombre de la colonie d’expatriés que la ville comptait. Je m’étais facilement lié d’amitié grâce au petit statut social que je tirais de mon poste dans une institution française qui avait pignon sur rue. Tous ces jeunes aimaient se retrouver dans ce lieu branché. Beaucoup venaient là pour le fun et d’autres, d’après les confidences que certains Français m’avaient faites, car ils étaient loin des locaux. Des locaux qu’ils trouvaient casse-pieds et qui avaient selon eux une notion de savoir-vivre très approximative.

Si cette vision des Africains était très marquée chez beaucoup de Français, pour les Américains, c’était le dernier de leur souci. La majeure partie des boutades sur les Noirs venait régulièrement des Français et tournait autour de stéréotypes locaux. On avait l’impression de lire des pages d’une chronique privée d’un fonctionnaire des temps coloniaux. Elles se répétaient tellement que j’eus l’idée qu’on pouvait en tirer un livre.

Ce n’était pas amusant d’être spectateur de manifestations racistes ordinaires et, de surcroît, directement sur le continent. Mais ne voulant pas passer pour celui qui voit le mal partout, le susceptible de service, j’ai décidé de fermer les yeux sur ces agissements afin de  collecter le maximum d’anecdotes durant cette période. Je m’accommodais dans ce rôle de passe-droit que je leur servais à souhait : l’ami noir.

– Tu sais, toi, tu n’es pas comme les autres, aimaient-ils à me dire chaque fois que l’un d’entre eux se laissait aller à un écart nauséabond.

Ma présence en leur compagnie, qu’ils sollicitaient très souvent, n’avait qu’un seul but ou du moins celui que je percevais : montrer qu’ils sont dans une dynamique d’intégration en affichant un ami originaire du pays. Ce qui avait le mérite de séduire les autorités politiques et leurs différents partenaires locaux.

Il y avait, dans ce groupe hétéroclite, une adorable noire américaine aussi en mission de coopération au même titre que les autres. C’était un bonheur de voir cette jeune fille se sentir chez elle, loin des discriminations raciales du pays de  » l’oncle Tom ». Epanouie et très investie dans son travail, elle tirait une fierté incommensurable à être utile sur la terre de ses ancêtres. On la voyait partie pour définitivement élire domicile sur le continent après sa mission. Adoptée, elle l’avait été par les nôtres qui lui avaient donné un prénom par lequel elle était affectueusement appelée dans les rues : Yari.

Un soir, nous allions à notre lieu de rencontre habituel. Deux gros bras faisaient office de vigiles devant le bâtiment. Ils accueillaient d’un sourire très large mes compagnons de groupe;  les uns leur répondant de la même façon, les autres feignant de n’avoir rien vu. Cela n’entache en rien le sourire des cerbères qui part en s’élargissant.

Soudain, j’entendis un retentissant « What the fuck ? ». Je reconnus la voix de Yari en pleurs. Je me précipitai vers elle; les vigiles venaient de lui refuser l’accès au bâtiment à cause de la couleur de sa peau. Malgré mon intervention, les deux mâtins n’ont rien voulu savoir :  flagrante ségrégation. Prise pour une habitante lambda du pays, les vigiles lui avaient refusé l’accès de leur propre chef. Yari était effondrée, totalement anéantie par cette discrimination qui faisait encore plus mal.

Yari s’était bien fondue dans la masse des habitants avec joie. Elle était respirait le bonheur à la porte de sa nouvelle vie en Afrique, mais ce destin s’est brisé. Un destin brisé par le zèle du nègre de salon qui méprise son frère plus que son maître lui-même ne l’imagine. Yari prit son avion la semaine suivante et retourna de l’autre côté de l’Atlantique le cœur terriblement meurtri.

Vigile
Photo floutée du vigile jouant à cache-cache avec nous entre les allées du magasin.

Février 2014, quartier de la Défense à Paris, je rejoins un ami venu d’Afrique pour quelques jours de stage. Six ans que je ne l’avais pas vu celui-là. On se retrouve dans le centre commercial CNIT en face des 4 temps. Les soldes d’un magasin de sport très connu nous attirent. Entre les allées, on se raconte nos histoires passées en consultant les articles exposés. Soudain, il me dit qu’il a l’impression qu’il y a quelqu’un qui nous suit depuis qu’on est dans ce magasin. Evidemment que je l’avais remarqué aussi. Un fait habituel auquel « nous » sommes souvent confrontés, nous les Noirs. Ce préjugé racial qui nous fait passer pour des gens susceptibles de commettre des larcins. Je nous fais brusquement rebrousser chemin pour prendre le vigile sur le fait à l’angle de deux allées. Je sors mon téléphone pour figer l’instant. Ça marche, je l’ai. Il feint d’être au téléphone, peine perdue, c’est dans la boîte lui et son téléphone à l’oreille.
J’essaie d’expliquer la situation à mon ami, mais en vain, il ne comprend rien. C’est normal, ce n’est pas sa réalité. Je décide de ne pas plus traîner sur le sujet. C’est lui qui m’intéresse, j’ai envie qu’il me parle d’Afrique. Je l’écoute, je me gave des nouvelles des miens, de tout le monde.

Vingt minutes plus tard, nous nous dirigeons vers la sortie les mains vides. Devant nous, à cinq mètres environ, une femme blanche arrive au niveau des portiques de sécurité avec un gros sac de course. L’alarme des portiques s’emballe à son passage. C’est la panique autour de nous. Le vigile en faction à ce lieu, également un Noir, se précipite instinctivement et brusquement vers mon ami et moi laissant partir la femme blanche, son sac et le privilège qui lui épargne ce type d’aléas. Le vigile ne se rend pas compte que de là où nous nous trouvons, nous n’avons aucun impact sur le champ magnétique du portique à plus forte raison les mains vides. Le dégoût qui m’envahit est à la hauteur d’un sentiment déjà connu : celui de Yari la Noire américaine, il y a une dizaine d’années en Afrique.

L’esclavage, pourtant aboli il y a plus de 150 ans, a laissé des stigmates encore très visibles et qui gardent toute leur pertinence et leur actualité. La faculté de résistance au temps du « nègre de maison » impressionne et continuera d’inquiéter vu le type de servilité qu’il développe et adapte à son temps contre ses frères.

@SoloNiare

 

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Commentaires

chek
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Trés bel article.Je vis au Maroc depuis un moment et je me vois clair dans cet article.Le racisme anti-noir au royaume hachémite est criant.J'écris d'ailleurs quelque chose là-dessus.

Aphtal
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Je n'ai jamais su que le chef Solo était le Wonk....

wonk
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Rejoins le Wonk pour que l'on fasse le "duo", Champion :-)

Khadim
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Comme on dit toujours on ne libère pas un homme, un homme se libère lui-même. Un siècle et plus après leur "libération" beaucoup de frères ne sont pas encore libres, libérés dans leur tête . Hélas ! Et l'on ne peut rien pour eux !

Muungano Kuokoa
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Pas d'accord, nous pouvons au contraire les soutenir, les réprimander, discuter avec eux, bref, ne pas les snober ou les ignorer par rancoeur ou dégoût.

Être solidaire envers les frères, ça commence par ne pas laisser tomber ceux qui sont en voie d'égarement je pense, cela n'engage que moi après.

Bien à toi

Josué
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Mec t'as perdu la tête,

Si il apparaît que les mecs sont aliénés on a absolument pas le temps de s'occuper d'eux. L'urgent est de mobiliser ceux qui sont prêts à se battre, pour les autres on verra plus tard dans une autre vie !

CISSE
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Je ne comprends pas le texte
Solo qui t'a raconté çà??????????heinnnnn

CISSE
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Dieu à fuit L'AFRIQUE car il n'aime pas la misère doc on est venu le chercher ici et point barre.

Wilson
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C'est toi qui a fui l'Afrique et toi seul, tu es un traître. Point barre.

Visiteur
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L'Afrique étant un continent, il serait bon de préciser les différents pays (origine des personnages / lieu où se déroule le récit)...
Ne serait ce que pour avoir un meilleur contexte...