Solo NIARE

ACCORD PRELIMINAIRE AUX ELECTIONS PRESIDENTIELLES ET AUX POURPARLERS INCLUSIFS DE PAIX AU MALI

accord Mali

Le Gouvernement d’union nationale de transition de la République du Mali, d’une part,

et

La coordination du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) et du Haut conseil pour l’unité de l’Azawad (HCUA) d’autre part,

ci-après dénommés les Parties ;

Préambule :

Soucieux de rétablir et de maintenir la paix et la sécurité sur l’ensemble du territoire national et particulièrement dans les régions du Nord du Mali ;

Réaffirmant leur détermination à édifier un Etat de droit démocratique et prospère, garantissant les droits de tous les citoyens et un développement harmonieux et durable au Mali ;

Réaffirmant leur attachement à la Constitution de la République du Mali du 25 février 1992 ;

Déterminés à trouver une solution politique juste, équitable et durable à la crise au nord du Mali par la voie du dialogue et de la négociation ;

Réaffirmant leur attachement au principe de l’intangibilité des frontières tel que consacré par l’Acte constitutif de l’Union Africaine ;

Soucieux de préserver l’unité nationale et l’intégrité territoriale de la République du Mali ;

Déterminés à assurer un développement socioéconomique équitable et équilibré de toutes les régions du Mali dans le respect de la diversité de ses communautés ;

Conscients de la nécessité de promouvoir une véritable réconciliation nationale comme fondement d’une paix durable au Mali ;

Profondément attachés aux valeurs de la démocratie, de la bonne gouvernance, de la justice, de la promotion et de la protection des droits de l’Homme conformément aux instruments internationaux y relatifs ;

Désireux de conjuguer leurs efforts et leurs énergies par le dialogue et la concertation afin de doter le Mali d’institutions républicaines et légitimes à travers l’organisation des élections présidentielles en juillet 2013 ;

Considérant les revendications exprimées par les groupes armés du nord du Mali relatives aux causes profondes de la crise ;

Se référant aux buts et principes consacrés par la Charte des Nations Unies, l’Acte constitutif de l’Union africaine et le Traité révisé de la CEDEAO ;

Réaffirmant leur engagement à respecter les principes du communiqué fait à Ouagadougou le 4 décembre 2012 à savoir :

– le recours au dialogue et à la négociation pour le règlement politique de la crise pour une solution définitive et équitable de la crise ;

– le respect de l’unité nationale et de l’intégrité territoriale du Mali ;

– le respect de la forme républicaine et la laïcité du Mali ;

– le respect des droits de l’Homme, de la dignité humaine, des libertés fondamentales et religieuses ;

– la protection de patrimoine culturel ;

– le respect de l’égalité entre les citoyens maliens ;

– le rejet de toute forme d’extrémisme et de terrorisme ;

– le respect des communautés maliennes.

Déterminés à lutter contre le terrorisme, l’économie criminelle et l’impunité sous toutes ses formes ;

Réaffirmant leur engagement à respecter la résolution 2100 du 25 avril 2013 du Conseil de sécurité des Nations Unies sur le Mali, les décisions pertinentes du Conseil de paix et de sécurité de l’UA et de la CEDEAO sur le Mali ;

Sous les auspices de SEM. Blaise COMPAORE Médiateur de la CEDEAO et de SEM Goodluck Ebele Jonathan, Médiateur associé, et avec la facilitation de l’Union Africaine, de l’ONU, de l’Union Européenne, de la France, de la Suisse, de l’Algérie, de la Mauritanie et du Niger.

Conviennent de ce qui suit :

CHAPITRE I : DISPOSITIONS GÉNÉRALES

Article 1

Les parties signataires du présent Accord décident d’engager le processus de dialogue pour la sortie de crise au Mali en deux phases :

1- avant les élections présidentielles ;

2- après les élections présidentielles et la mise en place du Gouvernement.

Article 2

Les parties acceptent l’organisation des élections libres et transparentes sur toute l’étendue du territoire.

A cet effet, elles s’engagent à créer les conditions requises pour permettre l’organisation et la tenue des élections présidentielles en juillet 2013 dans les régions du nord et particulièrement dans la région de Kidal.

Article 3

Après l’élection du Président de la République et la mise en place du Gouvernement, les parties conviennent d’entamer un dialogue inclusif pour trouver une solution définitive à la crise.

CHAPITRE II : CREATION DE CONDITIONS FAVORABLES A LA TENUE DES ELECTIONS PRESIDENTIELLES

I. De la cessation des hostilités

Article 4

Afin de créer les conditions sécuritaires propices notamment à l’organisation et à la tenue d’élections libres et transparentes sur toute l’étendue du territoire national, les parties s’engagent à arrêter définitivement toute forme d’hostilité et à observer un cessez-le-feu.

Article 5

Le cessez-le-feu entrera en vigueur à compter de la date de signature du présent accord.

Article 6

Les parties conviennent de mettre en place dès le lendemain de la signature du présent accord, une Commission Technique Mixte de Sécurité, présidée par le commandant de la MISMA/MINUSMA. Cette commission qui sera l’organe de prise de décision technique liée au cessez-le-feu, est chargée de :

– observer le cessez-le-feu ;

– élaborer, dans les 10 jours suivant la signature du présent Accord les modalités du cessez-le-feu incluant les arrangements sécuritaires, le cantonnement et le désarmement des groupes armés du nord du Mali ainsi que le redéploiement effectif des forces de défense et de sécurité du Mali ;

– enquêter sur les violations du cessez-le-feu à travers les équipes mixtes de vérification et d’observation créées à cet effet ;

– entreprendre le processus de vérification et de contrôle des arrangements sécuritaires.

La Commission Technique Mixte de Sécurité sera basée au Mali.

Article 7

La Commission Technique Mixte de Sécurité est composée de :

– 04 représentants des forces de défense et de sécurité du Mali ;

– 04 représentants des groupes armés signataires ;

– 02 représentants de la MISMA/MINUSMA,

– 01 représentant de l’Opération Serval,

– 01 représentant du Médiateur,

– 01 représentant du Médiateur associé de la CEDEAO,

– 01 représentant du Médiateur Associé de la CEDEAO.

La Commission Technique Mixte de Sécurité est placée sous la supervision du Comité de suivi et d’évaluation, établie dans l’article 15 du présent Accord.

Article 8

La Commission Technique Mixte de Sécurité disposera d’un Secrétariat d’appui technique composé d’officiers supérieurs de la MISMA/MINUSMA. Le secrétariat technique sera basé à Gao. Il se réunira en tout lieu sur convocation de son commandant ou son représentant.

La Commission Technique Mixte de Sécurité sera assistée par des équipes mixtes de vérification et d’observation sur le terrain composées de militaires de la MISMA/MINUSMA, et d’un représentant de chaque Partie. Ces équipes mixtes sont chargées de la vérification des violations du cessez-le-feu et des éventuels incidents liés à l’observation du cessez-le-feu. Elles en font rapport à la Commission Technique Mixte de Sécurité.

Les équipes mixtes d’observation et de vérification sont autorisées à mener leur mission en toutes circonstances, y compris en cas de non-participation d’un ou plusieurs représentant. Les Parties s’engagent à assurer la sécurité, et à respecter la liberté de mouvement de ces équipes.

Les contentieux identifiés par les équipes mixtes seront traités à l’interne et le cas échéant, référés au Commandant de la Force MISMA/MINUSMA, ou son représentant pour décision finale. Celui-ci pourra, si la question est de nature politique, la référer à la Commission Technique Mixte de Sécurité.

Article 9

Dans l’attente de l’élaboration des modalités du cessez-le-feu, les parties s’accordent notamment sur les mesures suivantes :

– l’arrêt de toutes les opérations militaires, les attaques terrestres et aériennes, les activités de renseignement et de recrutement ;

– l’arrêt de toute tentative d’occuper de nouvelles positions sur le terrain ;

– le déploiement de la MISMA à Anéfis et dans la région de Kidal ;

– la protection des populations civiles ;

– l’arrêt de tous les actes de violence, des arrestations arbitraires, des actes de torture et de harcèlement, de la détention et des exécutions sommaires des civiles, de l’utilisation des enfants soldats, de la violence sexuelle, de l’armement des civiles, de la détention des prisonniers du fait du conflit, ainsi que de la formation et l’utilisation de terroristes ;

– le déploiement progressif des observateurs des droits de l’Homme.

Article 10

En application du cessez-le-feu, les parties s’engagent à mettre en œuvre les mesures suivantes :

– le cantonnement des groupes armés sous la supervision et le contrôle de la MISMA/MINUSMA dans des endroits définis conjointement avec la MISMA/MINUSMA. Le désarmement se déroulera après la signature de l’accord de paix global et définitif ;

– le déploiement des forces de défense et de sécurité maliennes et de l’administration dans la région de Kidal se fera avant les élections présidentielles prévues pour le 28 juillet 2013 de la manière suivante :

• déploiement d’éléments de la gendarmerie et de la police nationale dans la région de Kidal, y compris à Kidal ;

• déploiement progressif de l’Armée malienne à Kidal, en étroite coopération avec la MISMA/MINUSMA et opération Serval.

II. Du processus de normalisation

Article 11

Les parties s’engagent à faciliter le déploiement de l’administration générale et des services sociaux de base au nord du Mali.

Article 12

Les parties s’engagent à faciliter le déploiement de l’assistance humanitaire dans le nord du Mali et à favoriser le retour volontaire des personnes déplacées et des réfugiés du fait du conflit armé avec l’appui des partenaires du Mali.

Article 13

Les parties s’engagent à assurer la libre circulation des personnes et des biens et le respect des libertés fondamentales.

III. Des mesures de mise en œuvre, d’accompagnement et de confiance

Article 14

Les parties s’abstiennent de tout acte et de tout propos qui serait de nature à compromettre le processus de paix. Elles prendront toutes les mesures nécessaires pour renforcer la confiance et la cohésion nationale.

Article 15

Les parties conviennent de mettre en place un Comité de Suivi et d’Evaluation présidé par le Représentant spécial du Secrétaire Général de l’ONU. Ce comité sera composé du représentant du Médiateur, du représentant du Médiateur associé de la CEDEAO, des représentants de la Commission de la CEDEAO, de l’UA, de l’ONU, de l’UE, de l’OCI, de la France, des Etats Unis, de la Suisse, de l’Algérie, de la Mauritanie et du Niger.

Le Comité se réunira une fois par mois sur convocation de son président. Il peut se réunir chaque fois que de besoin à la demande de l’une ou l’autre des parties.

Article 16

Le Comité de Suivi et d’Evaluation a pour missions de :

– veiller à la mise en œuvre des arrangements sécuritaires ;

– évaluer l’application de l’Accord ;

– aider à la mobilisation des moyens financiers et à la recherche de l’assistance technique nécessaires aux actions de mise en œuvre de l’Accord ;

– appuyer la mise en œuvre de l’Accord dans les délais convenus.

Article 17

Dans un souci d’apaisement et de confiance, le gouvernement du Mali prendra toutes les dispositions nécessaires pour suspendre les poursuites engagées par la justice malienne du fait du conflit armé contre les membres des groupes armés signataires du présent accord.

Les parties conviennent que cette suspension ne s’applique pas aux crimes de guerre, aux crimes contre l’humanité, aux crimes de génocide, aux crimes de violence sexuelle et aux violations graves du droit international des droits de l’Homme et du droit international humanitaire.

Les parties conviennent de la mise en place d’une commission d’enquête internationale sur les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité, les crimes de génocide, les crimes de violence sexuelle et les autres violations graves du droit international des droits de l’Homme et du droit international humanitaire sur tout le territoire du Mali.

Les parties s’engagent à libérer les personnes détenues du fait du conflit armé dès l’entrée en vigueur du cessez-le-feu.

Article 18

Les parties s’engagent à rejeter toute forme d’extrémisme et de terrorisme, à n’apporter aucun soutien matériel ou moral aux groupes terroristes et criminels. Elles s’engagent en outre à contribuer avec les forces internationales à la lutte contre le terrorisme et la criminalité.

Article 19

Les Parties s’engagent à sensibiliser les populations sur les dispositions du présent accord.

A cet effet, le Gouvernement du Mali et les groupes armés du nord du Mali faciliteront l’organisation d’un forum des communautés du nord du Mali.

CHAPITRE III : DU PROCESSUS POST ÉLECTORAL

I- Du cadre de dialogue

Article 20

A l’issue des élections présidentielles et 60 jours après sa mise en place, le nouveau Gouvernement, en collaboration avec la Commission dialogue et réconciliation entamera, avec l’accompagnement de la communauté internationale, des pourparlers de paix avec toutes les communautés du nord, les signataires ainsi que les groupes armés ayant adhéré au présent accord en vue d’aboutir à l’établissement d’une paix globale et définitive.

Ce dialogue inclusif portera entre autres sur les questions suivantes :

– l’organisation administrative et institutionnelle du Mali, en particulier les régions du Nord du Mali désignés par certains sous le terme Azawad ;

– la stratégie de développement intégré des collectivités territoriales du Mali ;

– la gestion des ressources et richesses nationales ;

– la réorganisation des forces de défense et de sécurité ainsi que le programme de désarmement, de démobilisation et de réinsertion socioéconomique (DDR) des groupes armés du Nord Mali ;

– l’amélioration de la gouvernance administrative, économique et politique ;

– le retour des réfugiés et des personnes déplacées et leur réinsertion ;

– la promotion et la protection des droits de l’Homme au Mali ;

– la justice et la réconciliation.

II- Des Dispositions diverses et finales

Article 21

Dans la mise en œuvre du présent accord, les parties s’engagent à collaborer étroitement avec la MISMA/MINUSMA.

Article 22

En cas de difficulté de mise en œuvre ou d’interprétation des dispositions du présent Accord, les parties s’engagent à trouver une solution par la concertation. A défaut d’un accord par la concertation, elles s’en remettront à la conciliation du Chef de la MISMA/MINUSMA et du Médiateur de la CEDEAO.

Article 23

Le présent accord est ouvert à l’adhésion d’autres groupes armés maliens non signataires qui s’engagent à respecter toutes ses dispositions sans condition.

Article 24

Les dispositions du présent Accord restent en vigueur jusqu’à la signature d’un accord global définitif de sortie de crise.

Le présent Accord, qui marque la volonté affirmée des Parties de réunifier le Mali, de rétablir et de maintenir la paix et la sécurité sur l’ensemble du territoire national, entre en vigueur à compter de sa date de signature.

Fait à Ouagadougou le…………….juin 2013

Pour le Gouvernement d’Union Nationale de la République du Mali

Pour le Mouvement National pour la Libération de l’Azawad

Pour le Haut Conseil pour l’unité de l’Azawad

Le Médiateur Blaise COMPAORE Président du Burkina Faso

Le Médiateur associé GOODLUCK Ebele Jonathan Président de la République Fédérale du Nigeria

Témoins

Représentant de l’UA Représentant de l’ONU

Représentant de l’OCI Représentant de l’UE

 

Source : Confidentielle

 



Parlons un peu de cette imposture culturelle : l’excision

Des théories les plus irréalistes ont permis à toutes les formes de mutilations sexuelles féminines connues de traverser solidement les siècles. Pour justifier ces pratiques, certaines sociétés ont fait preuve d’imagination à une échelle plus fétide que fertile, celles qui ont servi de terreaux à ces pratiques ont toutes agi par l’oppression et le mépris de la gente féminine. Physiques comme moraux, ces différents asservissements se sont exprimés dans un cycle de barbaries intolérables qui n’honore pas la race humaine encore moins la phallocratie rétrograde qui les a institué.

 Vers une définition et une classification des mutilations sexuelles féminines

La notion de « mutilations sexuelles féminines » cible toutes les pratiques qui procèdent à sectionner un ou plusieurs éléments des organes féminins externes, ou à l’altération des organes génitaux féminins pour des raisons autres que médicales.

Couteau d'excision.
Couteau d’excision.

Les spécialistes s’accordent aujourd’hui sur trois types de mutilations qui se caractérisent par l’ablation partielle ou totale du clitoris et/ou du prépuce (clitoridectomie) ; l’ablation partielle ou totale du clitoris et des petites lèvres, avec ou sans excision des grandes et/ou petites lèvres (excision) et, pour finir, la constriction de l’orifice vaginal avec création d’une fermeture réalisée par la coupure et le repositionnement des petites lèvres et/ou des grandes lèvres, avec ou sans excision du clitoris (infibulation).

Abstraction faite de la description détaillée d’acte de cruautés sans anesthésie, ces définitions montrent, à tout point de vue, l’étendue de l’atrocité réservée aux femmes dans les sociétés porte-étendard de ces pratiques d’un autre temps.

Rasez-moi ce phallus que je ne saurai voir.

Pour légitimer ces effroyables usages, les adeptes des mutilations sexuelles féminines, durant des siècles, après avoir préalablement opéré une hiérarchisation des sexes entre fort pour les hommes et faible pour les femmes, ont entrepris d’écarter toutes les tendances qui placeraient les deux genres sur un même piédestal. Pour ce faire, une des théories a consisté à voir dans le clitoris, un appendice qui s’assimilerait à un phallus, attribut naturel essentiellement masculin. « La femme n’est pas l’égale de l’homme et ne le sera jamais ». Il fut donc tout aisé de s’attaquer au « bout qui dépasse », pour certains, ou à la petite queue qui « gène »pendant les rapports sexuels, pour d’autres. Certaines autres civilisations, encore plus misogynes, avanceront une régulation du « trop plein » de libido féminine. Le clitoris étant considéré, pour leur imagination bien trop perverse, comme l’organe qui décuplerait l’envie sexuelle de la femme de sorte à la prédisposer à l’infidélité ou à l’adultère.

« Soft » ou « light », l’excision n’en demeure pas moins rustique.

Une nouvelle tendance dans la pratique de l’excision dite « conciliante » a vu le jour et, dès lors, s’est institutionnalisée dans certains pays. Il s’agit d’une variante qui se targue de permettre un juste milieu entre respect des traditions (Oh combien nécessaire !) et exigence sanitaire. C’est le cas de l’étrange réglementation adoptée en 2010 en Indonésie qui, sous la pression religieuse et populaire, réduit l’acte d’excision en un « simple » « frottage du capuchon clitoridien». Même en considérant ce procédé largement symbolique, il n’est pas exempte de mutilation encore moins de non respect du droit de la femme de disposer librement de son corps. La moindre entaille, aussi mineure qu’elle puisse être, concoure toujours à faire croire aux populations que le clitoris demeure « le problème » et donc avec lui la femme.

Il ne serait pas vain aujourd’hui de reconnaître la quasi inexistence de contre communication sur les prétextes qui soutiennent les mutilations sexuelles féminines. Démasquer seulement ces impostures ne suffirait pas. Il s’agit de pouvoir faire comprendre à toutes ces populations, les astuces par lesquelles on a abusé de leur extrême crédulité pour pérenniser une pratique fondée sur une « utilité hautement sociale » qui est l’asservissement de la femme, et qui, une fois de plus, participe à la condamner à ce que son corps et sa vie ne lui appartiennent pas, mais à la société et l’homme.

Solo Niaré


Le tourisme sexuel pris à son jeu… de dupe

Le choix, l’étape cruciale

Entre deux récoltes de mangues vertes sur les arbres centenaires bordant l’avenue centrale qui traverse la ville, accompagné de ses amis, Lamptey, surnom d’une ex star ghanéenne du foot donné à Yassine, la vingtaine, se replie avec son groupe sur la plage pour rincer le fruit de leur cueillette du jour. Ils portent tous un pseudo de vedettes du ballon rond qu’ils prennent le soin de floquer sur les maillots de contrefaçons achetés ou échangés contre des noix de coco sur les étales du grand marché de Madina en Guinée.

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Plage du gouverneur (Le Sogué) Guinée

Les mangues seront plus tard conditionnées pour accélérer leur maturité avant d’être proposées à la vente à la sauvette dans les embouteillages. Les clients sont triés sur le volet. Ce sont en général des hauts cadres de l’administration ou, beaucoup plus souvent, des propriétaires de voitures de coopérants internationaux reconnaissables par leurs plaques d’immatriculation : VA pour Voiture Administrative, EP pour Entreprise Privée et CD pour Corps Diplomatique. Le filon est juteux et les jeunes gens, tout à l’atteinte de leur but, ne connaissent aucune autre routine que le risque considérable qu’ils prennent pour se hisser au sommet de ces vieux arbres aux branches souvent fragiles. De très graves à mortelles, les différentes chutes enregistrées jusque là n’ont pu entaché la motivation du groupe dans la réalisation de leur très curieux projet.

Il faut dire aussi qu’elle ne laisse personne de marbre l’image de ces opulentes vacances de leurs précurseurs qui eux ont réussi la traversée vers les horizons scandinaves, l’Europe occidentale, l’Amérique du Nord, l’Australie ou le Japon. De grosses berlines envoyées par fret maritime et quelques nécessaires pour rendre agréable le petit séjour n’excédant pas un mois, précèdent le retour clinquant de ces amis, au bras de leurs épouses blanches.

Djego, un ancien footballeur qui a eu une carrière honorable entre l’Espagne, la France, la Hollande et le Qatar avant sa retraite, fût le premier à leur proposer ce chemin migratoire dans sa toute première version. Moyennant une reconnaissance de dette signée par des notabilités du quartier et souvent accompagnée par la mise en gage de biens immobiliers, il assurait le transport et le séjour en Gambie de tous les candidats pour l’Eldorado (leur appellation et conception de l’occident). Il ne suffisait plus qu’à attendre les charters de sexagénaires auxquelles des tours opérators officiant sur la destination Gambie vendait un tourisme sexuel assuré.

Le conditionnement

Nanti de son expérience d’ancien sportif de haut niveau, Djego prenait à bras le corps les préalables nécessaires au voyage. Six mois d’entraînements intensifs pour acquérir un capital musculaire enviable étaient imposés à tous les postulants. Les séances de percussions et de danses traditionnelles, qui constituent un élément essentiel dans le processus de séduction, étaient également travaillées au détail prêt. Et, pour cela, l’ancienne gloire d’une troupe de danse africaine mondialement connue, recrutée pour l’occasion, s’attelait de très bonne foi à cette tâche. En véritable chef d’entreprise, Djego ne badinait avec aucun détail pour la réussite de du projet. La touche finale qui est la sienne, et dont il est l’un des premiers à soutenir son attrait sur les femmes blanches, est ce look de Rastaman qu’ils arboraient tous. Les dreadlocks ont été travaillés minutieusement une année durant par les jeunes, leur donnant, pendant ces séances de façonnage collégiales sous les cocotiers, l’image sympathique d’une troupe de bonobos en train de s’épouiller. Attitude décriée par leurs différents pourfendeurs qui ne voyaient en cela que la preuve de l’inqualifiable oisiveté d’une jeunesse désœuvrée.

La marchandise enfin prête pour la consommation pouvait être acheminée dans un minibus HIACE, de la firme Toyota, via Koundara vers les frontières sénégalaises puis gambiennes avant les kilomètres de sables fins de la côte atlantique.

Coach et entremetteur

Un ancien professionnel du football de haut niveau est en substance un polyglotte né. Un atout considérable sur lequel Djego s’appuie régulièrement pour placer sa horde auprès des sémillantes retraitées, pour certaines ayant l’âge de leur grand-mère. Les consignes étaient sacrées et devraient être respectées à la lettre en particulier quant au fait de laisser longtemps la sauce mijoter. Créer l’envie, et pour l’entretenir, le coach disait, ne pas céder tout de suite, gage de réussite pour chaque rencontre. De footballeur à fin euro-psycho-sociologue, la frontière n’existait presque plus. Chaque instruction venant de sa part était loin d’être gratuite, mais avait le mérite de toujours provoquer l’effet escompté. Chaque jeune  accoquiné à une fringante dulcinée aux cheveux blancs a plus tard été légalement invité par cette dernière en Europe, à la suite d’un mariage scellé officiellement. Djego s’enorgueillit aujourd’hui d’un taux de réussite flirtant avec les 95%, de quoi susciter l’étrange vénération de toute son écurie.

Les nouveaux réseaux.

En perte de vitesse depuis que ce trafic est couramment dénoncé par les ONG et les associations, les jeunes footeux ont entrepris de piocher dans la besace nationale. Même procédé, mais cible considérablement différente en terme d’âge. Ce sont généralement des jeunes dames en stage pour des ONG internationales ou pour des structures gouvernementales de coopération qui sont « à l’insu de leur plein gré » l’objet de ces assauts Don Juannesques. Lamptey et ses amis, cités plus haut, entrent dans cette catégorie de candidat pour la traversée vers l’occident, non pas par Lampedusa, ni par les cotes italiennes ou grecque, que nenni de tout ça, mais par la voie régulière des aéroports internationaux.

Ayant aperçu et sélectionné leur perle à la musculature de folie, sur une scène lors d’un café concert, pour certaines, ou pour d’autres, au cours d’une traversée vers les plages de Sogbané ou du Sogué à quelques escarmouches en pirogue de Conakry, ces jeunes dames ne jurent plus que par l’exotique black au dreadlocks.

« Ça mord à tous les coups, disent-ils, dès qu’une blanche se présente, attirée par le rythme virevoltant du «doundoumba» (la danse des hommes forts), généralement, trente jours suffisent pour passer de célibataire à marié et de nous retrouver époux et épouse devant un consulat européen pour une demande de visa de long séjour.»

Un flux migratoire légal que l’Occident dénigre de plus en plus en le taxant de mariage gris. L’Occident a ses raisons qui se réfèrent à sa réalité et rarement à celle des autres.

On se perdra à chercher un gagnant ou un perdant à ce nouveau fait de société, comme le titre l’annonce, les règles d’un jeu de dupe on été posées, les premières victimes s’en sont servies pour les retourner contre leur bourreau, dans un jeu de manipulations perfectionnées établies par un des leurs… nanti des clés de l’occident.


Excision : Loué par les exciseuses, ce mode opératoire qui bouscule la vision de la lutte.

Cohabitation entre tradition, exigence sanitaire et droits fondamentaux de la femme.

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Yôblê Doré, sage-femme, coordinatrice de la lutte contre l’excision à Bossou, région forestière de Guinée (Conakry)

Une surprenante campagne enregistre depuis plus de dix ans l’un des résultats les plus satisfaisant de la lutte contre les mutilations génitales féminines en région forestière de la Guinée. Sous l’impulsion de Yôblè Doré, sage femme impliquée dans le bénévolat humanitaire, le village de Bossou, à 18km de la préfecture de Lola, et ses environs connaissent une nouvelle forme de lutte qui a pris le dessus sur la politique d’intimidation mise en place par l’administration centrale, car bien plus efficace. Entreprise avec la collaboration «négociée » des femmes exciseuses et des autorités coutumières, la réussite de ce plan d’action contre l’excision, une première du genre, a été réfléchie et habilement menée en concertation directe avec toutes les communautés riveraines.

Rencontrée dans le cadre de la journée mondiale des femmes, Yoblê Doré nous apprend que : « Le seul fait que l’excision soit déclarée pénalement répréhensible ne pouvait avoir de réel effet sur le recul de la pratique sans mesures d’accompagnement murement réfléchies. Au contraire, c’était une façon d’inciter les excisseuses à tomber dans une espèce de clandestinité, une porte ouverte à tous les abus possibles. Je voyais difficilement nos villageois laisser tomber du jour au lendemain une tradition issue de la « forêt sacrée » où se transmettent des connaissances que l’école des blancs n’est pas en mesure de proposer à nos enfants. Mettre tout un pan de notre culture ancestrale sur la même ligne de mire que l’excision a été une erreur fondamentale à laquelle il fallait remédier au plus vite, d’où mon engagement dans mon village à associer toutes les exciseuses sans lesquelles toute initiative est vouée à l’échec. »

Dissocier l’excision du fait culturel

En amont, la politique contre l’excision a abouti par amalgame à la pénalisation excessive d’un fait culturel dont l’acte d’excision n’est qu’une étape…et pas la plus simple. Mais la détacher des traditions ancestrales demandait obligatoirement un effort d’information qui a fait défaut durant tout le branle-bas.

La stratégie mise en place dans le village de Bossou et ses environs a consisté à faire de l’apport de l’administration centrale, au delà de son contenu répressif, non pas un atout, mais un éventuel complément au cas où il se verrait proposé à la population. Dans cette dynamique, une entreprise d’information et de sensibilisation, confiée initialement aux autorités coutumières, qu’il a fallu au préalable laborieusement convaincre, a permis d’atteindre un large éventail de personnes concernées par les multiples retombées du rituel qui mène à la pratique de l’excision elle-même.

Le casting, clé du travail pédagogique.

La proximité au corps des femmes et de leurs intimités que lui confère son statut de sage-femme infirmière a été un atout essentiel dans le travail pédagogique de Yoblê Doré. Elle n’avait plus à aller chercher dans des brochures ou des dépliants des exemples pour illustrer les dangers presque irréversibles des mutilations sexuelles féminines. Ses patientes étaient là, toutes des femmes de la contrée, exciseuses comprises et venaient elles-mêmes lui offrir, par des faits prégnants, le constat des traumatismes physiques et psychiques liés directement à la pratique de l’excision. Cela va du vaginisme, l’impossibilité de pouvoir supporter une pénétration sexuelle, de la lésion des organes de voisinage (vagin, rectum, périnée, urètre), de la rétention d’urine, des douleurs aigues jusqu’aux accouchements avec de graves complications. Des diagnostiques que ces femmes qualifient très souvent de sortilèges venant de coépouses ou d’ennemies mal intentionnées, alors que les causes réelles sont liées à une pratique qui doit être abolie.

L’excision, vue comme une étape initiatique

L’excision, dans ces régions, est considérée à la fois comme norme sociale et, surtout, comme une étape cruciale d’un rite initiatique qui comprend le passage pour les filles d’une classe d’adolescente à celle de femme et ainsi d’être acceptées dans la classe sociale correspondante. Toute la difficulté consistait à pouvoir faire comprendre que cette tradition, plusieurs fois séculaires, précisément dans son volet « mutilation génitale », est à la base de séquelles sanitaires considérables, de décès et pour finir est un viole des droits fondamentaux des filles et des femmes.

L’avantage d’avoir une sage-femme, originaire de la localité et spécialiste du sujet, a été un atout inestimable qui a permis un abandon durable, à grande échelle, des mutilations ainsi que d’autres pratiques néfastes. Convaincre les femmes exciseuses de laisser cette activité était, non seulement un grand défi à relever, mais leur trouver plus tard un moyen de subsistance était devenu un sérieux casse-tête auquel la sage-femme bénévole a longtemps été confrontée.

Activités créatrices de revenus pour anciennes exciseuses.

Affluence
Sensibilisation contre l’excision.

L’abandon des cérémonies initiatiques a logiquement engendré un manque à gagner considérable pour les exciseuses qui avaient pris la décision de déposer les couteaux d’excision. Pour faire face à cette nouvelle difficulté, Yôblê s’est tournée vers une fondation scandinave, Olof Palmer, avec laquelle elle signa une convention d’appui sur plusieurs années, convention arrivée aujourd’hui à son terme. Cette prise en charge a couvert plusieurs activités de substitution proposées aux anciennes exciseuses. Parmi celles-ci, on recense aujourd’hui la pratique de nouvelles activités dans la localité comme la pisciculture, la saponification artisanale, la teinture, la fabrication de sac en raphia, la pâtisserie artisanale et la culture maraichères entre autres.

Le manque d’appui, principal danger

« La problématique est très simple. Ne rien offrir en retour à quelqu’un qui ne vivait que de l’excision comme activité principale après que cette personne ait accepté de s’engager avec nous dans la lutte contre ce fléau, c’est le condamner à mourir de faim. Voici une raison essentielle qui fait que nous considérons tout appui comme salutaire », nous affirme Yoblê lorsqu’on évoque le volet subvention des activités des personnes directement impliquées sur le terrain. Cette précision n’est nullement anodine, elle est volontairement à dessein dans la mesure où on constate aujourd’hui une pléthore d’associations qui font de l’excision un fond de commerce pour glaner des subventions d’une commune à l’autre. La générosité des âmes caritatives est ainsi polluée pendant que les ressources dégagées prennent un autre chemin que celui pour lequel elles sont destinées.

Inscrire le combat contre l’excision dans la durée

Le mode opératoire en pratique dans le village de Bossou, au regard de ses résultats, pourrait sans conteste, servir de source d’inspiration pour plusieurs localités de l’Afrique rurale. Le choix des intermédiaires et leur connaissance du sujet se présentent comme des critères essentiels en vue de l’adhésion des autorités coutumières, de la collaboration des exciseuses et de l’implication effective des populations citadines et rurales à la lutte contre toute forme de mutilation génitale féminine. Mais encore faudrait il que toutes les ressources humaines impliquées quotidiennement dans ce combat bénéficie de soutien au risque de voir son premier bilan s’inscrire dans le court terme.

Solo Niaré

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Portée mondiale du problème des mutilations sexuelles féminines et de leur médicalisation (Source : Stratégie mondiale visant à empêcher le personnel de santé de pratiquer des mutilations sexuelles féminines)

Dans les pays africains, on estime à plus de 90 millions le nombre de filles et de femmes âgées de plus de 10 ans qui ont été mutilées ; environ 3 millions de filles risquent de subir ces mutilations chaque année. La pratique des mutilations est signalée dans toutes les régions du monde, mais elle prévaut particulièrement dans 28 pays d’Afrique et certains pays d’Asie et du Moyen-Orient. Suite aux migrations internationales, cette pratique et ses conséquences néfastes concernent également un nombre croissant de femmes et de filles en Europe, en Amérique du Nord, en Australie et en Nouvelle-Zelande.


Cahier d’un retour au pays colonial

L’Afrique les appelle « Patron » ces Toubabs qui s’y plaisent.

Casque colonial 2
Casque colonial Mdle. Source https://goo.gl/0iffo

Hélé « Mundélé » (le blanc en Lingala), assis à l’arrière d’une grosse berline allemande à air conditionné, Jean-Pierre, ignorant tout de la chaleur suffocante sur le trajet de son travail, n’entend rien de la petite euphorie que ses passages réguliers provoquent sur l’artère principale de Matongué, quartier populaire et hyper animé de la ville de Kinshasa. Le jeune diplômé en BTS de gestion adopte désormais un costume cravate comme code vestimentaire du Directeur des risques qu’il est devenu aussi étonnamment vite dans la succursale africaine d’une grande banque qui a pignon sur rue. Son look fait forte impression chez les locaux qui sont adeptes d’une tendance qui place « le vêtir au bon goût » au centre d’une nouvelle culture en vogue. Jean-Pierre est un de ces expatriés devant lesquels toute volonté s’efface pour faire place à une obéissance démesurée due aux avantages que son statut lui confère. En être conscient et s’en réjouir, c’est peu dire. A force, Jean-Pierre, avec le personnel directement affecté à sa charge privée : chauffeur, cuisinier, domestique, jardinier et vigile, a franchi les limites de l’accommodation. Il en a développé un instinct de « maître » qui rappelle tristement celui tant décrié des petits seigneurs des temps de l’enclos colonial.

Bernard Kouchner, ami d'Alpha Condé (Guinée), dans sa seconde vie comme un pacha à Coléah, banlieue de Conakry
Bernard Kouchner, ami d’Alpha Condé (Guinée), à Coléah, banlieue de Conakry. Retraite dorée ? (Photo : lexpress.fr)

Interpelé « Foté » (le blanc en Sousou) dans les rues de Conakry, Nicolas se fraie un chemin au bord de son pick-up 4X4 dans l’embouteillage qui part du quartier Dixinn au centre-ville de Kaloum. Il dépasse le célèbre hôpital Donka avec une indifférence qui contraste avec le motif de sa présence dans cette ville. On est loin de cette année où, fraîchement débarqué en mission pour une célèbre ONG, Nicolas était prêt à tous les sacrifices pour « faire de l’humanitaire » sa seule raison d’être. Les années ont passé, et avec, le samaritain des premiers jours, prêt à se vider de tout son sang et à donner jusqu’à sa moelle épinière pour sauver ce petit môme aux yeux globuleux dans l’attente d’une greffe. Son entreprise de sécurité privée a prospéré au prix d’une adaptation sans précédent à toutes ces recettes dénoncées par les militants pour la moralisation de l’administration et des droits de l’homme. Craint et réputé sulfureux, l’ex humanitaire oppresse son personnel et bénéficie d’une complaisance sans pareil à chaque dérive.

La «Toubab mousso» (femme blanche en bambara) lancée par la petite vendeuse, onze ans environ, s’adressent à Nathalie et son escorte de domestiques, entre les allées du grand marché Dibida de Bamako. Croulant sous le poids de son plateau de fruits et légumes, la gamine joue des coudes contre d’autres marchandes, trois fois son âge, pour saisir l’opportunité de vente qui se présente à elle.

Mes papayes et mes goyaves sont les meilleures, madame et à bon prix, lui lance-t-elle en lui obstruant le passage.

L’esquive de Nathalie, actuelle promotrice d’une école maternelle à Quizambougou, est celle d’une longue accoutumance à une scène qui se renouvelle au fil de ses emplettes hebdomadaires. Elle joue sur cette concurrence pour alléger son budget. Celle qui fut naguère la tonitruante activiste pour la cause des enfants, qui découvrait la rive gauche du fleuve Niger et tombait amoureuse du Mali manque curieusement de réaction face à cette anomalie. Nathalie vit comme une reine mère et sa cour dans la deuxième commune de la ville où elle disait venir « sauver les enfants, car ceux-ci n’attendaient qu’elle ». Sa métamorphose interpelle et inquiète.

Toute coïncidence ou ressemblance avec des personnages réels détectées dans ces trois anecdotes ne saurait être ni fortuite ni involontaire. Elle annonce l’avènement d’une « Toubaboisie », un comportement qui semble jaillir des méandres des temps coloniaux. Sans vouloir ressasser les vieilles rancœurs, les causes sont multiples et peuvent être situées chez les uns comme chez les autres.

Africain en Casque colonial_1
Jeune sapeur africain en casque colonial.

L’Afrique n’a que des «Oui, Monsieur » ou « Patron » comme appellation pour ce microcosme d’expatriés qui se remémore le bon goût du casque colonial comme couvre chef. Elle les entretient à coup d’emplois rêvés sur des plateaux d’or, de domestiques et de nounous là où l’Europe leur réserve toute sorte de redevance et de taxe accompagnée du stress invivable du métro-boulot-dodo. Toutes les contrées africaines deviennent subséquemment des destinations qui assurent un bon niveau de vie pour toute expatriation.

L’inexistence d’un cadre relationnel d’égal à égal entre Africain et Européen est forcément une des causes non négligeable de ce fléau qui prend de l’ampleur. S’il a fallu un terreau fertile à cette plaie, c’est l’africain lui-même qui s’est attribué le rôle infâme d’humus sur lequel les restes infects d’un colonialisme d’antan ont repris du souffle.

Sur la place de l’indépendance à Bamako, le « Merci Papa Hollande » sur les banderoles en reconnaissance à l’action de l’armée française au Nord du Mali est symbolique de cet état d’infantilisation. Prompt à se mettre en posture d’infériorité et à implorer un regard paternaliste de l’occident, l’Afrique se réduit en un lieu où presque tout semble être permis pour certains Toubabs. Les exemples s’égrainent et suscitent à tout point de vue des réactions d’écœurement : une justice françafricaine à géométrie variable qui se montre clémente envers un blanc qui ôte la vie d’un Africain supposé bandit, il semblerait ne pas y avoir mort d’homme (Affaire Mahé) ; un rapt maquillé de la centaine de gosses tchadiens par l’ONG «Arche de Zoé» ; des charters de sexagénaires venant périodiquement de Scandinavie pour les délices d’un tourisme sexuel qui ne dit pas son nom sur les plages gambiennes…

« Si tu te comportes en crabe, on va te manger avec beaucoup de bruit », ce proverbe africain n’est pas loin d’illustrer la « toubaboisie » qui se fait lancinante et s’affiche comme un fléau qui prétend à de brillants beaux jours. Par le simple fait d’éveiller l’instinct de prédateur d’un fauve en adoptant un réflexe de proie potentielle, l’Afrique, aujourd’hui, se condamne à une relation de soumission avec ses « partenaires » occidentaux qui s’institutionnalisera et ne fera qu’accroître les abus et tromperies dont on connaît déjà les principales victimes. Le plus faible étant celui qui s’en tirera logiquement avec la note la plus salée… ou figurer dans le menu du glouton.
Solo Niaré


Drame du plateau : Délit de LiveTweet à Abidjan.

En écrouant deux activistes blogueurs dans les locaux de la Police criminelle durant la matinée de ce vendredi, sous le prétexte d’ »Interférence dans le fonctionnement de l’administration et dans l’information« , suite à la bousculade du 31 décembre 2012 dans le quartier du Plateau, à Abidjan, qui a fait 61 morts et une cinquantaine de blessés, la Police Ivoirienne a suscité l’ire, le sarcasme et les critiques de la blogosphère sans la participation de laquelle ce drame serait peu connu du monde entier. Ces cybers citoyens, pas les moindres du réseau, @diabymohamed et @cyriacgbogou, ont fait chauffer leur respectif Klout (indicateur d’influence sur le net) au service de l’information autour de cet événement qui afflige une population ivoirienne déjà en proie à une succession de malheurs. Un impressionnant élan de solidarité a très vite pris possession de l’événement sous le hashtag (mot clé) #Drameplateau, ce qui permit, par les  pics enregistrés sur le web, des réactions de célébrités planétaires autour d’un énième drame africain qui aurait très vite été enterré dans les dédales de l’oubli et rééditant une fois de plus la non assistance aux victimes et leurs proches.

Merci qui ? lorsque la star américaine Kim Kardashian s’émeut dans ce tweet plein de classe  et de compassion à l’égard de la Cote d’Ivoire endeuillée ?

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C’est que les blogueurs se sont organisés et ont non seulement créé un hashtag pour rester proches de l’événement mais aussi un compte du même nom qui contiendrait la synthèse de tous les tweets relatifs à ce drame et, innovation dans un pays francophone comme la Cote d’ivoire, ils ont surtout pris le soin d’ouvrir leur audience au monde entier en twittant dans plusieurs langues. Et d’amplification en amplification, Abidjan reste encore pendant quelques jours sous le feu des projecteurs après la cérémonie des Kora Awards. Seule la blogosphère Ivoirienne et la solidarité de leur « coblogueurs » internationaux ont permis cette  propagande d’une telle ampleur.

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L’agissement de la police ivoirienne est un véritable couac pour une institution qui montre à tout point de vue qu’elle n’a pas pris place dans le train de l’évolution des médias sur le net en même temps que les blogueurs. Elle aurait sinon compris qu’en œuvrant de connivence avec ceux-ci, elle tirerait un bénéfice certain dans ce partenariat avec  les acteurs de ce concept nouveau du journalisme citoyen. Aucun observateur n’oserait croire que le but inavoué de cette action serait d’étouffer dans l’œuf toute idée d’un nouveau canal d’information qui leur échapperait.

Le souhait du Président Alassane Ouatara , dans son allocution télévisée, de connaître très rapidement les causes et les circonstances du drame aurait peut-être poussé les enquêteurs à faire des deux blogueurs écroués des boucs émissaires qu’elle aurait très difficilement trouvés ailleurs dans cette Cote d’Ivoire toute frileuse. Il faut aussi ajouter que @diabymohamed et @cyriacgbogou  semblent avoir été jetés en pâture par les « journalistes classiques », ceux de la « vieille école » qui voient très mal ce grignotage du blogging sur leur plate bande. Une farouche hostilité qui fera longtemps débat en attendant qu’un vrai statut reconnu ne soit trouvé ou légiféré en entente avec, non seulement, les blogueurs mais aussi les journalistes qui leur exigent le défi de l’éthique, de la déontologie et de la responsabilité face à certains événements.

Cette arrestation décriée des blogueurs est soit un zèle abscons de la Police Ivoirienne qui n’a pas pris la mesure de l’événement, soit une saumâtre régression de la Côte d’Ivoire.

« Il s’agit d’une atteinte grave à la liberté d’expression. Je vois que le train a du retard sur les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC). Le thermomètre n’est pas responsable de l’état fiévreux du malade ! », s’offusque Aboubacar Fofana, blogueur à ses temps libres.

Sur cette question précise, il serait très curieux aussi de voir quelle expertise apportera la figure politique Ivoirienne la plus active sur Twitter en la personne de son Président de l’Assemblée Nationale, @SOROKGUILLAUME Guillaume Soroo, qui liveTweete la moindre de ces activités pour ses 15.800 abonnés.

Le blogging a fait du chemin et passe aujourd’hui pour être une référence incontournable dans la diffusion de l’information. Le modèle réussi par le Sénégal à travers SUNUCAUSE s’inscrit dans un cas d’école. A propos, le Dr. Mamadou Ndiaye du CESTI disait dans une de ses communications sur le blogging : «Un journalisme participatif où chaque citoyen, chaque lecteur, chaque consommateur peut devenir informateur pour un média collaboratif.»

Espérons que cet éclairage trouve une oreille attentive du coté de la Police criminelle par laquelle ont été injustement menés et écroués @diabymohamed et @cyriacgbogou.

Le Wonk.

 


Poulailler de l’UMP : les coqs maudits de Sarkozy croisent les ergots.

Un petit voyage dans le temps, c’est ce que cet article propose, précisément en janvier 2012 tout près, dans le brouhaha de l’échéance électorale prévue pour 5 mois plus tard en France. Initialement titré « Avril 2012 : Dans le doute, Sarkozy se dérobe », la crise actuelle au sein de l’UMP donne à cette analyse la hardiesse qui avait fait défaut pour la voir publier à l’époque de sa rédaction.

Sur Twitter, en proposant #ÇaVaCramerEn2012, j’avais, certes, la prétention de me prévaloir d’être à l’origine, plus tard, d’un nouvel hastag qui ferait le buz sur le net. Derrière cette mégalomanie, se révèle, en réalité, l’intention de faire une analyse sur ce que pourrait être un des scénarios du rendez-vous électoral à venir. Une politique fiction ? Oui ! Ça pourrait aussi être le cas.

Une prévision qui se dessine avec tous les contours d’un gros choc qui se prépare, à l’échelle de l’annonce du retrait spontané de la politique de Lionel Jospin. En 2002, ce n’est pas seulement la percée de l’extrême droite, en elle-même, qui a été le vrai événement marquant de cette échéance électorale, mais l’état d’affaiblissement dans lequel le PS s’était retrouvé sans leader légitime pour prendre le relais aussitôt. Les années qui ont suivi seront marquées par une guerre interne entre « dinosaures » du PS, ce qui transforma la gauche politique française en spectateur impuissant et presque résigné devant le règne sans partage de l’UMP.

Nicolas Sarkozy qui avait fait de l’Élysée un réel plan de vie, profite de cette période pour mettre en œuvre son schéma de conquête qui fera de lui, l’actuel président, d’ailleurs, toujours non déclaré candidat à sa propre succession. On y reviendra tout de suite.

Etre président sous-entend une préparation de longue date, de très longue haleine et surtout une succession d’intrigues les plus rocambolesques. Sarkozy ne se privera pas de parricides depuis la mairie de Neuilly jusqu’à la porte de l’Élysée pour arriver à ces fins, les plus illustres de ceux qui trinqueront dans ce jeu : Balladur et Jacques Chirac pour lequel il a failli devenir le gendre idéal.

 » Quand on pense qu’il nous a vu en chemises de nuit !…  » s’était outrée, à l’époque, Bernadette Chirac lorsque Sarkozy avait préféré Edouard Balladur à son époux.

Néanmoins, il revient en puissance dans le gouvernement du corrézien, ex maire de la Ville de Paris, deux fois comme locataire du Ministère de l’intérieur et une fois à Bercy.

Cet épisode va lui permettre de prendre une longueur d’avance considérable sur tous ses amis politiques en se tissant un des réseaux d’influence les plus aboutis et des plus puissants dans le milieu.

Un autre atout non moins négligeable en sa faveur : le fait d’avoir été précédemment désigné comme suppléant logique d’Alain Juppé à la tête de l’UMP suite à la condamnation de ce dernier dans l’affaire des emplois fictifs à la mairie de Paris. Un boulevard s’ouvre ainsi devant Sarkozy avec cet instrument unique face à une gauche qui n’est plus que l’ombre d’elle-même. Les malheurs de Sarkozy prennent leur départ à cette date. Sa montée en flèche ne fait pas que des ravis dans son propre camp. Sa croisade contre toutes ses toiles d’araignées qui figeaient la Droite est publiquement saluée, mais frustre ses outsiders directs qui passent du coup pour des chétifs politiques sans initiatives. Tous les mérites semblent revenir à un seul homme, lui et, par conséquent suscitera un sentiment humain autour de lui :  la jalousie.

De plus, pour l’ex maire de Neuilly, passer de parricide qui lui avait été utile dans sa fulgurante progression au sommet de l’état à fratricide pour réduire ses amis politiques en simples exécutant de sa stratégie de « réformateur » a été chose très aisée.

Il écarte Jean François Copé, sans états d’âme, en l’envoyant s’occuper des échancrures du parti état. Fillon qui semble le plus mou et le plus flexible est gardé dans son giron pour l’avoir à l’œil. Sarkozy, à partir de cet instant, semble avoir pris toutes les dispositions pour s’assurer deux mandats successifs. Les rancœurs sont trop fortes et très prononcées. « Faisons semblant de l’épauler presque à la limite de l’adulation, mais en servant plutôt sa perte » Voici l’impression qui se dégage de la ferveur que toutes ses reformes impopulaires rencontrent dans sa famille politique tant l’apport d’expertise et de contre expertise lui fera défaut. C’est à se demander si l’UMP était réellement parti pour faire deux mandats.

Avec 60% d’opinion défavorable en moyenne durant cinq ans, on a bien le droit de ne pas prendre en compte les sondages, mais celui de se poser des questions semble être une évidence pour un homme politique. On le pousse sur l’échafaud, des peaux de banane parsèment sa route. Aveuglé par le pouvoir et par ce besoin d’être différent de ces prédécesseurs, Sarkozy gobe tout ce qui apporte un aspect novateur à sa gouvernance. On l’envoie à sa perte, « à l’insu de son propre gré ». On le laisse se brûler seul les doigts dans des initiatives absurdes et sans aucun intérêt : Au Sénégal, il soulèvera un tôlé général avec « l’homme noir n’est pas suffisamment entré dans l’histoire ». Un dérapage qui aurait pu être évité si son discours avait bénéficié d’une attention juste de ces conseillers. On le pousse à éjecter de son gouvernement les nouvelles figures issues de l’immigration. Rachida Dati, Rama Yade, Fadela Amara et Azouz seront ainsi sacrifiés sur l’hôtel du chantage que lui font certains anciens du RPR.

Les sondages périodiques défavorables vont le pousser vers la pêche aux voix sur le terrain de l’extrême droite. Il tourne aussitôt le dos aux immigrés non communautaires auxquels il avait promis la participation aux élections locales et ne leur reconnaît pas ainsi l’effort des 12 milliards d’euros qu’ils apportent annuellement à la France. Ses discours deviennent des clones de ceux de Le Pen père. La gauche, elle, est prise à défaut par les escarmouches des snipers qui amènent le débat à l’échelle des caniveaux.

Ce quinquennat se résume ainsi jusqu’à la période des primaires socialistes où l’on sent un semblant de résurrection de l’opposition suite à la vedette qu’elle arrive enfin à voler à l’hyper Président. Effet électrochoc, dirait on, car Sarkozy constate cette prise du poil de la bête en face. Il s’assagit soudainement et prend du recul pour évaluer le dégât. Les coups de poignard dans le dos s’intensifient et se font désormais à visage découvert dans son propre camp. De certains membres de son gouvernement jusqu’au simple député lambda de la droite, on ne tarit plus en critique au sujet du Président. Sarkozy se sent lâché et trahit. Il sort de son silence, à Lille, lors de sa présentation des vœux aux fonctionnaires où, il indiquera, en réponse à une invective de Martine Aubry, premier secrétaire du PS, sa désolation devant les propos de Bernard Accoyer, pourtant, président de l’assemblée nationale sous bannière UMP, qui sous entendaient une possible défaite en avril prochain.

La moue de ce jour de Sarkozy est la même qu’il affiche à la télé en disant : « J’ai un rendez-vous avec les Français, je ne m’y déroberai pas« . Beaucoup de personnes se hâte en trouvant dans cette déclaration qu’il serait candidat à un nouveau mandat présidentiel. Pourtant, à sa présentation des vœux à la presse, ce mardi 31 janvier, il en rajoute une autre encore plus énigmatique : « J’essayerai de continuer à vous surprendre et peut-être avec une certaine malice, à déjouer certains de vos commentaires et parfois de vos pronostiques. » La seule façon d’y arriver serait de ne pas prendre le départ avec les autres. Les dés son pipés, il le sait, sauf miracle, rien ne lui évitera de gouter à l’amère breuvage d’un échec à une élection présidentielle. Ce n’est pas ce Nicolas Sarkozy qui fera ce plaisir à Copé et à Fillon. Il ne se présentera pas tout simplement aux élections à venir, en prenant le soin de ne pas laisser les autres se préparer. Il se retirera du paysage politique avec l’ambition d’un retour en 2017. Un retour en fanfare, puisqu’il croit plus que jamais à la nature amnésique du peuple qui viendrait le chercher pour sauver la droite restée dans la même configuration désuète que le PS après le départ inopiné de Jospin. Jusqu’au bout, il veut une présidence différente à celle de ses prédécesseurs. La droite a mieux à se chercher un candidat fissa fissa.

Le Wonk.

 


Mansuétude de l’Europe face au MNLA: La faute à Shakespeare ?

Le MNLA (Mouvement National de Libération de l’Azawad), groupuscule rebelle à la base de l’annexion du Nord du Mali, a été expulsé de toutes les régions conquises avec ses partenaires jihadistes de tout bord. La dernière expulsion en date est celle très médiatisée de la ville de Ménaka le 20 Novembre 2012, soit dix mois après l’attaque d’Aguelhok. Les nouveaux maîtres du Nord du Mali revendiquent clairement une guerre sainte sur l’ensemble du pays contrairement aux velléités séparatistes de la rébellion initiale « Touareg ». Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) d’ailleurs avait peu apprécié la proclamation rapide et unilatérale de l’indépendance de l’Azawad qui n’était, à leurs yeux, qu’une tentative du MNLA de prendre le dessus médiatiquement sur tous les autres groupes de leur coalition Salafiste. Les raisons étaient simples :  être l’interlocuteur principal des régions annexées.

Cette région du sahel est principalement devenue une zone d’abondance des preneurs d’otages, qui n’ont plus que jamais été que ces mêmes groupuscules qui sont à la base du désastre humanitaire que toute la région du sahel traverse actuellement : 900.000 déplacés. Les rapts et le narcotrafic sont leur unique source de revenu. Le MUJAO (Mouvement pour l’unicité du jihad en Afrique de l’ouest) vient de revendiquer le rapt d’un ressortissant Européen dans la région de Kayes en vue de s’imposer dans le ballet diplomatique en cours avant l’imminence des opérations militaires annoncées par la CEDEAO.

Face au constat de la perte considérable de terrain par le MNLA, un de ses leaders, Ibrahim Ag Mohammed Assalé, déclare que le but de la rébellion touareg n’était pas d’aboutir à une séparation territoriale, mais que l’objectif initial tournait autour de revendication de plus d’autonomie pour les Touareg au Mali. Une tentative de bonne guerre pour maintenir son mouvement dans le processus de dialogue autour de la crise, mais clairement une des dernières cartes insuffisante au regard de toutes les impostures qui ont caractérisé ce mouvement.

Malgré cela, certains médias français, sachant pertinemment qu’aucune réalité géographique, historique, sociale et géopolitique ne justifie la théorie de l’Azawad, leur ont tout de même offert une ahurissante visibilité. Certains temps d’antenne alloué à ce vaudeville ont indéniablement frisé le publireportage. Pensant faire exploser l’audimat, ces chaines de télévision se sont lancées dans une course folle au turban bleu de l’illustre Maure de Venise dans le simple but de nourrir le buzz. Ils firent de la comédie de proclamation d’indépendance du MNLA une mise en scène digne de l’appel du 18 juin de Londres. 
Ils n’ignoraient pas pour autant les accointances du MNLA avec les groupes Salafistes du Sahel et leur implications dans les prises d’otages et le narcotrafic sévissant dans la région.

La culture du mythe des hommes bleus prend malheureusement le dessus sur la réalité du terrain. Il y a en qui veulent forcement trouver un pays, rien que pour Othello. C’est encore toute l’étendue de l’immense talent de Shakespeare qui se manifeste. Othello, ce beau et viril personnage touareg, superbement décrit dans un romantisme absolument bouleversant, par l’intemporel Shakespeare, trouvera bel et bien un chez lui au Mali, mais pas plus que dans une réédition récente de l’œuvre du dramaturge anglais.

Pour mémoire, le MNLA revendique l’auto-détermination de la région saharienne plus vaste que la France, formée des trois gouvernorats du Nord-Mali que sont Tombouctou, Gao et Kidal. Cette zone est peuplée en majorité de Songhaïs, de Maures, de Peuls, mais de moins de 10%  de Touaregs.

L’Azawad, dans sa définition, n’est autre qu’un concept, celui de l’équivalent d’un fil d’Ariane dans l’immensité du Sahara allant de Tombouctou aux mines de sel gemme des régions de l’Adrar. Ce concept a servi dans le passé, dans la culture berbère, de rites initiatiques pour les jeunes. Aujourd’hui, le MNLA s’en sert dans sa revendication territoriale d’une région qui ne correspond à aucune réalité géographique et historique.

Suite à la diffusion virale d’un document filmé par un jeune habitant du Nord dont l’AFP disposait d’une copie, document dans lequel, Oumar Amarah, commandant militaire d’AQMI, donne les raisons pour lesquelles le MNLA a été chassé de toutes ces villes, l’opinion internationale y découvrait la vraie face de la rébellion à travers des exactions commises dans une vidéo de 12 mn. Viols, enrôlements d’enfants soldats, pillage et destruction d’infrastructure vitale pour la population, comme centrale électrique et station de pompage d’eau potable, entre autre. Une image qui tranche à tout point de vue avec les discours laudatifs que les nombreux porte-parole du MNLA chantent sur tous les plateaux de télé et de radios en Europe. Le fait d’avoir été épinglée, à travers des actes de viols, incorporations d’enfants soldats, pillages et crimes de guerre par un rapport alarmant de Human Rights Watch, d’Amnesty International et de l’ONU, ni les réactions indignées devant la destruction des mausolées de Tombouctou, inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO, et ni l’application de la charia (loi islamique) à toute la région annexée ne semblent freiner ses médias de faire la part belle à la propagande des rebelles du MNLA.

Et ce n’est pas non plus le désastre humanitaire dans les pays riverains et à l’intérieur même du Mali qui arrive à les émouvoir.

Sans doute, le manque de thé à la menthe dans la fraicheur des oasis entre les creux des dunes du Sahara, sous une tente en se délectant de succulentes dattes sucrées et bien charnues, les uns se prenant pour Lawrence d’Arabie et les autres rêvant de la chute de rein d’une pubère berbère ou de l’étreinte virile du chamelier Targui est, certes, une envie compréhensible, mais 89% de la population du Nord du Mali, des négro africains pâtissent de la réalité raciste qui est le vrai fond du problème de la minorité rebelle Touareg (moins de 500 hommes). « Nous sommes la seule race blanche au monde à être dirigée par des noirs » clament, sans cesse et sans complexe, les membres du MNLA, pourtant, comme seule réponse, c’est une indulgence sans pareil qui les accompagne sur toutes les tribunes qui sont offertes à la crise Malienne, « sous l’angle de la rébellion séparatiste ». Vue l’incroyable fascination de certains Européens devant le mythe de l’homme Touareg, cette farce semble avoir encore de beaux jours devant elle. Les portes du Quai d’Orsay viennent de leur être ouverte, ce jeudi 22 novembre 2012, pour une énième et fort déconcertante fois.

Solo Niaré

 


Acte charitable : défaut de faciès, circulez !

C’est le genre d’histoire à trois minutes chrono près dont tout le monde raffole, ce genre d’événement impromptu que tu as déjà scénarisé dans ta tête, au moins une fois, devant l’annonce des titres d’un Journal Télévisé, du style «  Il sauve un belge et reçoit une médaille du Prince Philippe ». Ces genres d’épopées qui embellissent les revues de presses des agences, entre un kamikaze qui actionne sa bombe dans un marché de Kaboul et des mineurs chiliens coincés à 2.000 pieds sous terre. L’occasion unique qu’il faut pour « enfin » vivre son instant de gloire.

L’humanité toute entière devenue à force, l’air du temps oblige, des chasseurs de buzz et, sauf contrainte exceptionnelle, il y a peu qui se priverait d’une place dans le champ des millions de numériques qui ont pris aujourd’hui possession de la rue, en lieu et place des argentiques des touristes classiques et des grands reporters d’agence. Le citoyen lambda scrute aujourd’hui coins et recoins, prêt à dégainer son Smartphone et figer cet instant ultime qui fera le tour du monde sur le net. Une loterie sans mise dans l’espoir d’être le lauréat de millions de clics, de like ou de retweets sur Youtube, Facebook ou Twitter. Tous les sens sont en éveil. Le monde se peuple de reporters en herbe.


Trois minutes chrono, c’est ce qu’indique l’écran à cristaux liquide avant l’arrivée du prochain train. Je peux patienter tranquillement le temps de voir à 20 mètres, sur le quai d’en face, ce spectacle du monsieur qui peine à retrouver son souffle après un mini sprint derrière le train qu’il vient de rater. Avec la bedaine qu’il affiche, un embonpoint peu confortable pour une pointe de vitesse, j’entends son essoufflement comme celui d’une personne aux voies respiratoires très encombrées.

Mais il reste débout et, après un juron que ma censure omet volontairement de restituer, il s’arrête juste à la limite de la surface podotactile et marque son impatience en frottant, du bout de son soulier, les petites boules de la bande blanche de signalisation pour les malvoyants. L’acoustique du tunnel, notre refuge du moment, se prêterait au jeu d’amplification du moindre son. Le halètement se fait soudainement persistant à me faire croire qu’il serait au bord d’un inquiétant trouble respiratoire. Fait absolument saisissant, aucune attitude du sujet en question ne correspond à la moindre manifestation de constriction des voix respiratoires. Son regard va de l’autre afficheur de minuterie sur son quai au fond du tunnel où il observe l’arrivée du prochain train. J’ai peur qu’il ne s’écroule sur la voie, mais sa maîtrise inexplicable de son corps me rassure. Il reste serein, pourtant, j’ai vraiment l’impression que quelqu’un se meurt. J’essaie de voir autour de moi si une autre personne partage la même impression. A coté, un clochard s’occupe dans la fouille du casier à monnaie du distributeur automatique de friandises dans l’espoir d’y trouver une pièce jaune, il secoue la machine en vain et exprime sa frustration par un violent coup de pied avant de continuer vers la sortie. Juste derrière, vers l’accès au quai, la source des alarmantes suffocations semble s’être déplacée de ce coté. Une femme, la quarantaine, grossièrement soutenue par deux enfants, 9 et 11 ans environ, qui peinent à lui faire terminer la dernière marche des escaliers. La plus petite des enfants porte le sac de la femme en bandoulière, elle est en larme. Les suffocations de la mère étouffent les sanglots compatissants de sa fille. Rien à voir avec une crise d’asthme, je peux me vanter d’en connaître quelques signes. Mais la souffrance de la femme est terriblement expressive. Elle transpire, ses globes oculaires donnent l’impression de subir une forte dilatation rendant ses yeux étrangement rouges et sans vie. Elle palpite et semble être totalement démunie d’énergie. Le regard implorant des gosses est plus qu’un appel au secours.

Ce besoin de se sentir utile est, certes, un sentiment donné à tout le monde, mais celui de s’enorgueillir d’un devoir accompli à l’échelle de l’acte citoyen n’est pas souvent à tous les coins de rue. Je me précipite vers eux.

– Je peux vous aider, Madame, s.v.p. ?

Ma demande a miraculeusement le don de ramener cette dame à la vie. Une nouvelle énergie semble lui être venue après qu’elle ait péniblement levé la tête, au prix d’un effort incommensurable et qu’elle m’ait très étonnamment dévisagé. Et soudain,

– Veille sur mon sac, veille sur mon sac !!! Intime-t-elle vigoureusement à sa fille.
La gamine, toute terrifiée et visiblement très gênée par la demande de sa maman, s’agrippe fortement au sac. Elle prend le temps de se rassurer timidement que la fermeture éclaire est bien bloquée.

Je suis évidemment interloqué par cette réaction. Ma dégaine de pouilleux affamé ne m’a pas empêché de voir la détresse d’un être humain. Mais apparemment, dans le cas-ci, ma tronche est admise à la non-assistance à personne en danger. A l’agonie serait mieux indiqué, car le supplice que la dame nous offre en spectacle est d’une telle évidence qu’elle serait un cheval, on l’aurait abattu sur place.

Trois minutes chrono, mon temps est épuisé. Je rejoins la rame à quelques pas en marche arrière. Mon regard essaie de figer cette invraisemblable scène d’une dame en détresse qui fait le tri entre ses sauveurs. Cela tombe bien, descendues du train, la station s’anime d’autres personnes différentes de moi qui pourront lui apporter l’aide nécessaire, souhaitable, rien que pour la quiétude de ses enfants.

Certains stéréotypes auront encore de beaux jours à venir tant que certains cons continueront à se prendre pour des gens. Je pars avec l’espoir qu’avec un peu de chance, ses enfants pourront refaire son éducation.