Je hais les grins !

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Il n’est pas un seul misérable jour en Afrique subsaharienne, depuis plusieurs décennies, en milieu rural comme en zone urbaine où l’on ne localise pas régulièrement un grin, ce petit attroupement de personnes flânant autour d’une théière bouillante en train de refaire un monde qui leur a filé entre les doigts.

Très souvent réunis dans un coin de rue à l’ombre d’un baobab, d’un manguier ou d’un acacia selon le pays où ils se trouvent, ou encore adossés à un pan de mur au flanc d’une habitation pour ne citer que ces différents lieux, ces hommes s’activent quotidiennement dans la préparation de thé vert qu’ils sirotent nonchalamment entre eux. Une culture importée et très mal adaptée qui, avec le temps, est devenue une image d’Epinal des rues africaines des cinquante dernières années.

Je hais ces grins définis par les sociologues comme un lieu quotidien de papotage autour de l’actualité, de la vie publique et surtout privée des gens. Ces lieux qui ne sont qu’une ode aux commérages futiles et puérils et qui offrent le même spectacle choquant de la rue Woro Fila à Fanok (Dakar), en passant par le carrefour d’Haoussa Baba à Bagadadji (Bamako) jusqu’au longory de Boulbinet (Conakry). Le mode d’emploi reste le même pour ces chantres de l’oisiveté : l’assistanat, rien que l’assistanat.

Les grins sont devenus une véritable institution. Les membres des grins qui vont de simples ados aux adultes de tout âge constituent une communauté  unique de fainéants qui a su développer une tout autre variante de la répugnance au travail et à l’effort. Le comble est qu’ils se vantent d’avoir mis sur pied un espace de consolidation des liens sociaux entre eux à travers un prétendu système de solidarité. Mais la réalité est autre, car ces chômeurs intentionnels sont sous perfusion quotidienne. Ils vivent d’aides venant d’un parent en Occident ou d’un fonctionnaire de l’administration pour lequel ils s’activent dans un proxénétisme aggravé moyennant quelques rétributions.

Verre de Thé_1Je hais ces bouches à nourrir qui n’ont aucune idée de ce que peut coûter quatre heures en moyenne par jour pour un individu. Quatre heures, une durée pendant laquelle ils ont pris l’habitude d’engloutir, pendant une tournée de thé, beaucoup de sucre et gonflent ainsi   le taux de diabétiques dans une Afrique qui peine à faire face à ses « vraies » pandémies.

Quand vous épluchez un membre d’un grin, il est toujours loisible de dénicher entre ses strates le portrait craché d’un facile cintre sur jambes pour tee-shirt de campagne électorale, prompt à monnayer son suffrage contre des babioles insignifiantes et à arpenter les pavés banderole en main en beuglant « votez tel ou tel !!! ».

Je hais ces ventres sur pied remplis de DIF (dilatation intérieure de la fierté) après avoir accompli leur supposé devoir journalier autour de ce verre de thé de la déchéance.

Je les hais, tous, les uns affalés sur une chaise de maille se partageant une mèche de clope à 10, les autres se délectant dans une fainéantise gélatineuse à l’affût d’un touriste occidental pour lui proposer un verre de thé pendant une partie de causette, forcément en échange de quelques euros.

Et quand il n’est pas au chômage et qu’il bénéficie d’une situation enviable : bon salaire, femme et enfant, le grin pour lui est la couverture idéale pour se livrer à multiples relations adultérines. Un très laconique « Je suis au grin » à madame étant établi comme un passe-droit au fil du temps et donc une excuse pour cette bande de coureurs de jupons que je hais au plus haut point.

Je hais cette culture des grins de faire du thé pour s’unir ou de s’unir pour faire du thé qui n’a toujours rien produit. Continuer à faire l’impasse sur le rôle nuisible de ces voraces qui ont un demi-siècle au compteur enraye tout esprit d’entreprise d’une jeunesse africaine qui peine à se trouver des modèles.

Je les hais, ces fainéants

J’ai dit !

Solo Niaré

Les chants de l’éclipse ne résonnent plus sur l’Afrique

Carnet-afrique
La science apporte la connaissance mais l’éclipse la poésie des traditions. 

Une procession d’enfants, 14 ans pour le plus âgé, munie de boîtes de conserves vides ou de tessons de calebasses confectionnés en castagnettes, les uns pieds nus, les autres chaussés de « maraka gninty »1 sillonnent les ruelles géométriques de Bamako, pour implorer le sort. Ils chantent et entonnent ensemble :

« Diakouma yé kalo minè, ah kè Alla yé i ka bila ! »
« Le chat a attrapé la lune, pour l’amour de Dieu lâche-la ! »

Portés par le côté ludique, ils bravent la chaleur caniculaire et vont de concession en concession pour des micros sit-in  le temps de collecter une offrande que les familles mettent généreusement à leur disposition.

Eclipse copieLeur mélopée litanique dure le temps du phénomène naturel qui absorbe l’attention de tout le monde. Ils s’évertuent et s’activent avec ardeur dans ce parcours improvisé entre les venelles du quartier, convaincus que leur prière portera. Ils ignorent en ce moment que les deux astres sont juste dans un même alignement que la terre et que, sous peu de temps, ils reprendront leur parcours sur leur orbite respectif. Dommage qu’il ait manqué d’adultes disponibles pour leur faire un petit exposé sur le mouvement des planètes autour du soleil. Les programmes scolaires à ce niveau non plus n’avaient pas commencé à accorder un intérêt spécial à l’explication de ce phénomène naturel dans les classes de primaire.

La bande de marmots s’amuse et prend le temps d’observer le soleil à l’œil nu, sans filtres, ni lunettes spécialement conçues pour quantifier à temps réel l’effet de leur candide prière de gosse qui rendrait service à tout le monde. Car l’éclipse, comme la tradition l’a colporté depuis l’aube des temps, aurait une portée mystique et très généralement de très mauvais augure. Exorciser le mauvais sort comme objectif a de quoi motiver plus d’un enfant, de surcroît, agrémenter de prime sous la forme de quelques victuailles en « takoula » (galette de farine de mil), de bonbons, ou pour certains cas un peu d’argent de poche.

Ce voyage dans le temps se situe évidemment dans le début des années 80 où la vulgarisation d’information n’était pas à l’échelle de celle des années 2010.

Novembre 2013. Mais déjà des années avant, la date du 3 novembre 2013 était connue comme celle de l’éclipse de soleil que l’Afrique assisterait en première loge. Et pour aller plus loin dans la précision, la tranche d’heure exacte du phénomène et le tracé précis des zones concernées étaient connus d’avance. La vulgarisation d e l’information aidant au fil des années, les processions de ces « enfants de l’éclipse » dans les rues se font rares et se retrouvent sur la Toile.

Ainsi s’éclipsent les soleils et les traditions

@SoloNiare

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Maraka gninty 1 : Décrit comme des chaussures fermées à la mode chez les Soninké venant des zones rurales, elles sont en plastique avec plusieurs trous comme une passoire. C’est un terme à plaisanterie entre les sanakou (alliance inter ethnique sur la base de vannes)

Mansuétude de l’Europe face au MNLA: La faute à Shakespeare ?

Le MNLA (Mouvement National de Libération de l’Azawad), groupuscule rebelle à la base de l’annexion du Nord du Mali, a été expulsé de toutes les régions conquises avec ses partenaires jihadistes de tout bord. La dernière expulsion en date est celle très médiatisée de la ville de Ménaka le 20 Novembre 2012, soit dix mois après l’attaque d’Aguelhok. Les nouveaux maîtres du Nord du Mali revendiquent clairement une guerre sainte sur l’ensemble du pays contrairement aux velléités séparatistes de la rébellion initiale « Touareg ». Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) d’ailleurs avait peu apprécié la proclamation rapide et unilatérale de l’indépendance de l’Azawad qui n’était, à leurs yeux, qu’une tentative du MNLA de prendre le dessus médiatiquement sur tous les autres groupes de leur coalition Salafiste. Les raisons étaient simples :  être l’interlocuteur principal des régions annexées.

Cette région du sahel est principalement devenue une zone d’abondance des preneurs d’otages, qui n’ont plus que jamais été que ces mêmes groupuscules qui sont à la base du désastre humanitaire que toute la région du sahel traverse actuellement : 900.000 déplacés. Les rapts et le narcotrafic sont leur unique source de revenu. Le MUJAO (Mouvement pour l’unicité du jihad en Afrique de l’ouest) vient de revendiquer le rapt d’un ressortissant Européen dans la région de Kayes en vue de s’imposer dans le ballet diplomatique en cours avant l’imminence des opérations militaires annoncées par la CEDEAO.

Face au constat de la perte considérable de terrain par le MNLA, un de ses leaders, Ibrahim Ag Mohammed Assalé, déclare que le but de la rébellion touareg n’était pas d’aboutir à une séparation territoriale, mais que l’objectif initial tournait autour de revendication de plus d’autonomie pour les Touareg au Mali. Une tentative de bonne guerre pour maintenir son mouvement dans le processus de dialogue autour de la crise, mais clairement une des dernières cartes insuffisante au regard de toutes les impostures qui ont caractérisé ce mouvement.

Malgré cela, certains médias français, sachant pertinemment qu’aucune réalité géographique, historique, sociale et géopolitique ne justifie la théorie de l’Azawad, leur ont tout de même offert une ahurissante visibilité. Certains temps d’antenne alloué à ce vaudeville ont indéniablement frisé le publireportage. Pensant faire exploser l’audimat, ces chaines de télévision se sont lancées dans une course folle au turban bleu de l’illustre Maure de Venise dans le simple but de nourrir le buzz. Ils firent de la comédie de proclamation d’indépendance du MNLA une mise en scène digne de l’appel du 18 juin de Londres. 
Ils n’ignoraient pas pour autant les accointances du MNLA avec les groupes Salafistes du Sahel et leur implications dans les prises d’otages et le narcotrafic sévissant dans la région.

La culture du mythe des hommes bleus prend malheureusement le dessus sur la réalité du terrain. Il y a en qui veulent forcement trouver un pays, rien que pour Othello. C’est encore toute l’étendue de l’immense talent de Shakespeare qui se manifeste. Othello, ce beau et viril personnage touareg, superbement décrit dans un romantisme absolument bouleversant, par l’intemporel Shakespeare, trouvera bel et bien un chez lui au Mali, mais pas plus que dans une réédition récente de l’œuvre du dramaturge anglais.

Pour mémoire, le MNLA revendique l’auto-détermination de la région saharienne plus vaste que la France, formée des trois gouvernorats du Nord-Mali que sont Tombouctou, Gao et Kidal. Cette zone est peuplée en majorité de Songhaïs, de Maures, de Peuls, mais de moins de 10%  de Touaregs.

L’Azawad, dans sa définition, n’est autre qu’un concept, celui de l’équivalent d’un fil d’Ariane dans l’immensité du Sahara allant de Tombouctou aux mines de sel gemme des régions de l’Adrar. Ce concept a servi dans le passé, dans la culture berbère, de rites initiatiques pour les jeunes. Aujourd’hui, le MNLA s’en sert dans sa revendication territoriale d’une région qui ne correspond à aucune réalité géographique et historique.

Suite à la diffusion virale d’un document filmé par un jeune habitant du Nord dont l’AFP disposait d’une copie, document dans lequel, Oumar Amarah, commandant militaire d’AQMI, donne les raisons pour lesquelles le MNLA a été chassé de toutes ces villes, l’opinion internationale y découvrait la vraie face de la rébellion à travers des exactions commises dans une vidéo de 12 mn. Viols, enrôlements d’enfants soldats, pillage et destruction d’infrastructure vitale pour la population, comme centrale électrique et station de pompage d’eau potable, entre autre. Une image qui tranche à tout point de vue avec les discours laudatifs que les nombreux porte-parole du MNLA chantent sur tous les plateaux de télé et de radios en Europe. Le fait d’avoir été épinglée, à travers des actes de viols, incorporations d’enfants soldats, pillages et crimes de guerre par un rapport alarmant de Human Rights Watch, d’Amnesty International et de l’ONU, ni les réactions indignées devant la destruction des mausolées de Tombouctou, inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO, et ni l’application de la charia (loi islamique) à toute la région annexée ne semblent freiner ses médias de faire la part belle à la propagande des rebelles du MNLA.

Et ce n’est pas non plus le désastre humanitaire dans les pays riverains et à l’intérieur même du Mali qui arrive à les émouvoir.

Sans doute, le manque de thé à la menthe dans la fraicheur des oasis entre les creux des dunes du Sahara, sous une tente en se délectant de succulentes dattes sucrées et bien charnues, les uns se prenant pour Lawrence d’Arabie et les autres rêvant de la chute de rein d’une pubère berbère ou de l’étreinte virile du chamelier Targui est, certes, une envie compréhensible, mais 89% de la population du Nord du Mali, des négro africains pâtissent de la réalité raciste qui est le vrai fond du problème de la minorité rebelle Touareg (moins de 500 hommes). « Nous sommes la seule race blanche au monde à être dirigée par des noirs » clament, sans cesse et sans complexe, les membres du MNLA, pourtant, comme seule réponse, c’est une indulgence sans pareil qui les accompagne sur toutes les tribunes qui sont offertes à la crise Malienne, « sous l’angle de la rébellion séparatiste ». Vue l’incroyable fascination de certains Européens devant le mythe de l’homme Touareg, cette farce semble avoir encore de beaux jours devant elle. Les portes du Quai d’Orsay viennent de leur être ouverte, ce jeudi 22 novembre 2012, pour une énième et fort déconcertante fois.

Solo Niaré