Exciseuses : bourreaux et inévitables alliées

Maillon non négligeable dans la lutte contre les mutilations génitales féminines (MGF), les exciseuses passent pour les parents pauvres d’un mécanisme qui a tout intérêt à faire corps avec elles. Prendre en compte ces femmes (principales exécutantes des mutilations), que certaines traditions élèvent au statut de préceptrices, est important si l’on veut lutter efficacement contre le phénomène de l’excision. Bien qu’elles apparaissent comme les bourreaux de la situation, il faut comprendre le poids de la pression sociale qui les pousse à perpétrer cette tragédie dont elles dépendent économiquement, car c’est leur unique source de revenu. Dans les régions qui enregistrent les meilleurs résultats pour la lutte contre les MGF, l’impact de l’adhésion des femmes dans ce combat est si considérable qu’il est utile de le noter.

Dépôt de couteaux : acte symbolique ou imposture ?

L’effet médiatique d’une cérémonie d’abandon de couteaux d’excision est fort et sans équivoque. Il confère aux ONG un maximum de sympathie et prouve que leur lutte sur le terrain n’est pas vaine, la communication qui est faite sur le sujet fonctionne également bien.

Les subventions sont un point essentiel dans le processus de lutte contre l’excision, sans cela on pourrait craindre que les exciseuses n’abandonnent pas leur pratique rémunératrice. En général, l’afflux de subventions qui suit une cérémonie d’abandon des couteaux est considérable. Derrière toute cette belle mise en scène se jouent donc deux avenirs qui sont liés, celui du combat contre une atrocité faite aux femmes et celui d’une communauté de vieilles dames qui attend tout de la promesse de réinsertion qui leur a été faite en contrepartie de l’abandon de leur seul et unique métier.

Couteau d'excision des exciseuses

Couteau d’excision des exciseuses – excision – MGF (crédit photo : Solo Niaré)

Le chemin a été long pour arriver à un compromis avec ces femmes exciseuses. Considérées comme des prêtresses dans leur communauté, l’importance de leur rôle social est considérable, elles ont une place à part, privilégiée, au-dessus de tout le monde. On leur attribue des pouvoirs particuliers, elles apparaissent comme détentrices de pouvoirs de guérisseuses.

A Bossou, en zone forestière de Guinée, une sage-femme, Marie Claire Doré  a eu l’idée de montrer des exemples de l’impact négatif des mutilations génitales féminines sur la santé des femmes afin de les dissuader de telles pratiques. Elle a démontré la relation de cause à effet avec les pathologies diagnostiquées sur les femmes à qui elle s’adressait, qui souffraient de complications sévères lors de leur accouchement (par exemple des fistules dues aux cicatrices vicieuses, liées à l’excision).

Grâce au concours de l’ONG qu’elle a monté à cette occasion en 1996 (l’ONG « Union des volontaires pour le développement intégré de Zantompiézo » ou UVODIZ), une conversion dans diverses activités porteuses de revenus a été mise en place pour les femmes exciseuses. Elles sont alors passées de l’excision à la confection de sac en raphia, à la pisciculture, à la riziculture et à l’élevage dans des fermes montées spécialement pour leur réinsertion. Une belle histoire qui avait fait les beaux titres dans la presse à l’époque.

Détournement de subventions

Un programme de réinsertion professionnelle demande forcément un accompagnement et, dans le meilleur des cas, un soutien financier, le nerf de la guerre. L’unique subvention sur laquelle reposait ce beau programme a malheureusement été touché par les démons du détournement financier. En réalité, l’intermédiaire entre l’ONG et son bailleur principal -une fondation caritative suédoise dont venait tout leur appui – était un escroc : il a financé ses vacances (billets d’avions compris) pour lui et sa famille pendant six ans, compromettant tous les espoirs d’une lutte qui faisait la fierté de tous les acteurs du domaine.

Bossou, qui se réjouissait de ces avancées depuis plus d’une décennie (son action avait en effet réussi venu à bousculer la vision de la lutte contre les mutilations génitales féminines), vit présentement sous la menace d’une reprise clandestine de ces activités tragiques pour les femmes. Délaissées et sans revenus, il ressort de confidences recueillies auprès de quelques-unes des ex-exciseuses qu’elles pourraient rentrer en dissidence en reprenant leurs activités passées. Vu leur fonction sociale initiale, elles n’auraient aucun mal à créer « sous le manteau » une nouvelle zone ouverte aux mutilations génitales féminines.

La clé de la réinsertion professionnelle

Il faut bien comprendre que ces femmes ne peuvent relever le défi d’une nouvelle vie qu’à travers un réel projet de réinsertion. N’ayant appris qu’une seule chose durant toute leur vie, la pratique de l’excision, et ne sachant faire que cela, il leur faudra un maximum de bonne volonté et beaucoup de motivation pour faire face à deux difficultés : admettre la fin de leur période de gloire et accepter de se former à un métier différent et plus ordinaire.

Seule la réussite de la mise en place d’activités rémunératrices permet d’éviter le retour d’une pratique qui deviendrait plus clandestine encore, ce qui serait déplorable. Un échec serait un coup terrible porté à plusieurs années d’efforts. Il faut donc garantir un partenariat avec les ex-exciseuses afin qu’elles puissent se reconvertir. Ceci n’est en aucune manière une façon de les choyer, ni de céder à un quelconque chantage auquel on pourrait croire si on a une vision pessimiste de la lutte contre l’excision.

Si l’on veut être utile il est urgent de faire des exciseuses des alliées. Il faut trouver une solution qui leur convienne et ne les exclue pas, ainsi, peut-être arriverons-nous à faire disparaître les mutilations génitales féminines pour toujours.

Solo Niaré

Excision en Guinée : l’histoire de l’arroseur arrosé

Connaissant le vieux patriarche El Hadji Boukari, 71 ans, et ses positions tranchées en faveur de l’excision, personne, dans la bourgade de Bolokodougou, à 490km de Conakry, ne pouvait imaginer qu’un jour, il serait lui-même confronté aux abominations des mutilations génitales féminines et à la douleur de celles qui en sont victimes contre leur gré. Cette situation insolite prête, certes, à se gausser jusqu’à se décocher la mâchoire. Mais, au fond, c’est la leçon qui en découle qui paraît la plus incroyable.

Chef coutumier de Bolokodougou, Boukary était marié à cinq femmes, c’est-à-dire plus de femmes que ce que lui autorisait la religion. Sa dernière femme, une jeune fille de 24 ans, mariée huit ans plutôt, avait été la seule à faire un enfant avec lui : un garçon qu’il chérissait plus que tout.

Boukari s’était érigé une réputation d’irréductible contre toutes les campagnes menées en milieu rural contre l’excision. A cet effet, son statut de chef coutumier lui servait à opposer un droit de veto à certaines décisions administratives relatives à la nomination des représentants de la fonction publique dans sa localité. Plusieurs agents de santé ont été mutés vers d’autres régions pour avoir voulu tenter une démarche de sensibilisation contre les méfaits des mutilations génitales féminines, auprès de la population. Boukari, quotidiennement mis au courant de toutes ces tentatives, par un réseau d’informateurs, actionnait alors une procédure de mutation des agents « indélicats ». Face à ce petit seigneur, les ONG et les associations caritatives ne savaient plus à quel saint se vouer pour faire bouger les lignes.

Boukari avait un objectif unique : perpétuer pour l’éternité les festivités précédant la campagne annuelle d’excision. Des jeunes filles de 6 à 15 ans étaient alors regroupées et amenées en forêts, vers une étape qualifiée par lui et les siens d’ « essentielle » pour faire d’elles « de vraies femmes ». Au nom d’une tradition aujourd’hui très obsolète et sur la base d’une interprétation erronée de textes religieux, Boukari et le conseil coutumier défendaient farouchement cette rencontre annuelle. « Le clitoris, c’est « haram » (impur), jamais il ne franchira les portes du paradis. Il faut l’ôter de la femme pour la rendre pure », disaient-ils souvent durant les prêches qu’ils menaient contre les ONG. Certaines fois, ils ne manquaient pas d’ajouter qu’ « une femme sans clitoris est moins enclin à aller voir ailleurs. Mettre fin à l’excision, c’est la porte ouverte à l’infidélité ».

Jeunes filles en tenues rituéliques lors d'une cérémonie d'excision -  Fresque de Papus Bangoura

Jeunes filles en tenues rituéliques lors d’une cérémonie d’excision – Fresque de Papus Bangoura

Une fois le crépuscule amorcé, le jeune garçon du patriarche ayant revêtu d’une robe, lors d’un jeu de travestissement avec ces copains et copines d’âges, il se voit soudainement happé par la main ferme d’une exciseuse, qui l’amène précipitamment avec elle dans une maison à l’orée du village. Ces cris d’appel au secours restent inaudibles, étouffés par l’ambiance générale des festivités de réjouissance. Regroupés avec plein de jeunes filles arrachées également des mains de leurs parents dans des circonstances tout aussi brutales et cruelles, les pleurs de l’enfant ne sont pas prêts de se calmer, face à l’air déjà effrayé de ces compagnons d’infortune.

L’une après l’autre, les jeunes filles terriblement apeurées subissent le canif de l’exciseuse, dans une totale résignation pour certaines, tandis que d’autres, n’ayant aucune alternative, poussent des cris que des vieilles femmes se précipitent d’étouffer en leur collant les mains sur la bouche.

D’un geste rapide et précis, l’exciseuse aiguise frénétiquement la lame coupante après chaque passage sur une pierre granitique. Dans une ambiance de plus en plus sombre avec la nuit qui s’annonce, les bouts de chairs s’envolent jusqu’au tour du garçon du chef de village, qui aura beau crié en vain. Son frêle petit corps oppose peu de résistance quand sa bourelle, aidée de ses acolytes, sans tenir compte du jeune prépuce qu’elle considère comme une anomalie de la nature, le lui arrache sans état d’âme, ajoutant cette horrible ablation à sa longue liste. Le garçon perd connaissance de douleur et, se vidant de tout le sang de son corps, est jeté sur une natte sans ménagement.

L’exciseuse et ses acolytes, toutes joyeuses célébrant leur acte, et surtout la manne financière qu’elles en tirent pour tout le reste de l’année, se réjouissent dans une danse soutenue par des chants initiatiques. Elles déambulent entre les cases dans l’effervescence et croisent une procession dépêchée à la recherche du jeune garçon. Après quelques échanges entre les deux groupes, la méprise ne fait plus aucun doute. La communauté la plus réticente à l’arrêt de l’excision, une mutilation génitale injustifiée sous toutes ses coutures, apprend ainsi à ses dépends qu’elle vient de castrer l’unique héritier du patriarche, le plus fervent soutien de leur tradition archaïque.

A l’annonce de la nouvelle, Boukari, inconsolable, se fend dans un hurlement qui déchire toute la nuit, ces cris portant à plusieurs kilomètres à la ronde. Des jours durant, Bolokodougou ne rythme plus qu’au son des lamentations de son vieux polygame.

Sans aucun doute, la douleur de Boukari rappelle celle de toutes les victimes de l’excision, sauf qu’en dehors du malheur de son pauvre garçon, la sienne est le reflet d’une justice du sort qui voudrait qu’il en tire la leçon qui s’impose : l’arrêt total de son soutien à ces actes barbares.

Solo Niaré

Et au bout, tu seras une femme

Campagne de lutte contre l'excision en Guinée

Campagne de lutte contre l’excision en Guinée

Ma mère m’aidait à faire mon dernier bagage, mon sac à dos. Elle était très émue de voir partir sa fille unique : moi­.

– Tu vas adorer ton séjour, Assyni. Me dit-elle.

Assyni, c’est le petit nom qu’elle m’a donné. Après de longues plaintes en vain pour lui faire oublier ce que j’ai nommé un « baby name », j’ai finalement accepté. Elle continua avec un ton nostalgique :

– Tu as des tantes géniales et des grands parents très affectueux. Ils te réclament tous. Tu vas tellement t’y plaire que je craigne que tu ne veuilles plus revenir. De plus, tu vivras au cœur de cette belle chaleur humaine, la solidarité, la cohésion sociale, l’entraide. Je suis ravie que tu aies accepté d’y aller.

Mais M’man, tout le monde dit que tu es un modèle social, ici. Je vis déjà au milieu de ces mêmes valeurs humaines depuis ma naissance grâce à toi, lui répondis-je les yeux remplis de larmes.

Depuis un an que ce voyage se prépare. La famille, au pays, ne cessait de me réclamer. Mes parents n’y ont vu aucun inconvénient. D’ailleurs, ils étaient ravis que j’adhère à l’idée d’effectuer un retour aux sources.

Le voyage fut paisible et l’accueil chaleureux. Mon oncle Kaly était venu me chercher avec sept autres membres de la famille. Les traditionnelles salutations ont fait que je ne vis pas passer le trajet de l’aéroport à la maison.

Une semaine avait passé depuis mon arrivée. J’étais parfaitement intégrée. Les tantes avaient déjà débuté mon initiation dans le clan des épouses parfaites, avec des révélations passionnantes. Même s’il est vrai que je ne suis pas de leur avis selon lequel : le foyer conjugal tient uniquement entre les mains de la femme. Je me prêtais au jeu. Ici, la société est divisée selon le genre. Pendant que les femmes sont préparées pour leur future vie de famille, les hommes sont entraînés à gouverner. Cela n’était pas mes convictions, mais je décidais de m’en tenir aux leçons reçues, sans vouloir perturber ce qui doit être une tradition ancrée depuis des siècles. Surtout pour suivre les conseils de Papa :

Sois sage et respectueuse des valeurs, s’il te plaît. Evite de te plaindre trop souvent. Tu y vas juste pour trente jours.

Un matin, ma cousine Yaye, vint me réveiller, toute excitée :

Assana, tu dors encore ? Vociféra-t-elle presque.

Je ne comprenais pas le motif de cette joie, mais je lui souris, encore endormie, tout en essayant de marmonner une phrase cohérente.

– Qu’y a-t-il, s’il te plaît ?

– C’est ton jour aujourd’hui et toi tu es au lit, comme si de rien n’était ! Continua elle avec des grands gestes de la main.

– Mon jour ? Répondis-je avec méfiance

– Ouiiiiii, tu seras sacrée femme tout à l’heure. Allez, lève-toi et prépare toi. Je reviens tout de suite. Récria-t-elle

Le temps de la rattraper pour une ample explication, elle avait filé comme une ombre. Je suivis donc ses conseils en quittant aussitôt le lit.

– Ainsi, une fête se prépare en mon honneur. Marmonnais-je debout face à mon image dans le miroir.

Jeunes écolières en Guinée. Crédit photo : Unicef

Jeunes écolières en Guinée. Crédit photo : Page Facebook Unicef Guinée

Au bout d’une demi-heure, je sortis dans la grande cour et trouvais, à ma grande surprise, qu’elle était vide, plus personne. Même sur la grande terrasse surmontée d’un toit, il n’y avait qu’une simple natte étalée. Une sensation de mal-être m’envahit. Tout à coup, un groupe de femmes franchit le portail, elles se dirigeaient vers moi. Je reconnus quatre de mes tantes : Alima, Anna, Koudejja et Sirantou. Les cinq autres m’étaient inconnues. Leur vue au lieu de m’apaiser, amplifia ma peur. J’eus cette sensation étrange qu’un malheur était en chemin.

Je les saluai en affichant un sourire figé. Elles me souriaient toutes et, arrivées à moi, Tante Koudejja, la grande sœur de mon Papa, me prit la main en m’entrainant sur la terrasse.

Elle commença, ce qui allait être mon calvaire.

– Assana, aujourd’hui, c’est ton jour.

Je restais coincée dans un bloc invisible, à l’écouter, et je ne puis placer un mot. Elle continua sans trop prêter attention à la statuette que j’étais devenue. Au cours de son « devil speech », elle regarda plus ses consœurs.

– Nous avons insisté pour ton retour au pays, car il est temps de faire de toi, une femme complète. Qui sera acceptée par un homme. Rappelle-toi, depuis le début, les leçons qui te sont inculquées ici, chaque femme est conçue pour un homme. Même s’il est vrai que tu es née et que tu as grandi en France, cela ne fait pas de toi une blanche. Le séjour d’un tronc d’arbre dans la mare n’en fera pas un caïman. Donc, après consultation, les cauris ont révélé que ce jour est le bon pour t’exciser.

Pour toute réaction, j’eus le réflexe de m’enfuir. A partir de cet instant tout alla très vite. Je fus rattrapée par deux des femmes inconnues et toutes s’y sont mises pour m’étaler de force sur la natte. Il faut reconnaitre que mon faible poids me faisait passer pour un gibier facile à bloquer. Mes jambes furent écartées et maintenues dans cette position par quatre d’entre elles et mon pagne détaché par la plus vieille des femmes. Je criai, appelai au secours. Ma bouche fut fermée par une main puissante. Mes larmes coulaient, mes pensées allaient à ma mère, mon père, mes frères : je me sentais trahie. Mon cœur fut sur le point de rompre lorsque mon regard croisa le couteau de l’exciseuse. Ce couteau qui coupa mon slip et qui allait m’enlever ma féminité. Je souhaitai à cet instant que la vie me quitte avec mon clitoris.

Est-ce cela la gentillesse familiale dont s’enorgueillissait ma mère, la fraternité que prônait mon père ?

Finalement, elle le saisit, mon organe érectile. Je sentis le fer sur ma chair….

– Assyni, Assyni réveille-toi ! M’appela une voix.

Je sursautai aussitôt du lit et mon regard tomba sur mes deux bagages posés à côté de l’armoire. Je continuai l’inspection de la chambre, sous le regard ébahi de mon père. Je vis mon billet d’avion rangé dans mon passeport. Instinctivement mes doigts glissèrent sous mon pyjama pour y chercher ce qui me fut coupé. A mon grand soulagement, tout y était, intact. Intacte. Je me jetai alors dans les bras de mon père pour y pleurer. Il me calma juste avec ces mots.

– Le voyage est annulé, je l’ai compris avec ton cauchemar.

Solo Niaré

Parlons un peu de cette imposture culturelle : l’excision

Des théories les plus irréalistes ont permis à toutes les formes de mutilations sexuelles féminines connues de traverser solidement les siècles. Pour justifier ces pratiques, certaines sociétés ont fait preuve d’imagination à une échelle plus fétide que fertile, celles qui ont servi de terreaux à ces pratiques ont toutes agi par l’oppression et le mépris de la gente féminine. Physiques comme moraux, ces différents asservissements se sont exprimés dans un cycle de barbaries intolérables qui n’honore pas la race humaine encore moins la phallocratie rétrograde qui les a institué.

 Vers une définition et une classification des mutilations sexuelles féminines

La notion de « mutilations sexuelles féminines » cible toutes les pratiques qui procèdent à sectionner un ou plusieurs éléments des organes féminins externes, ou à l’altération des organes génitaux féminins pour des raisons autres que médicales.

Couteau d'excision.

Couteau d’excision.

Les spécialistes s’accordent aujourd’hui sur trois types de mutilations qui se caractérisent par l’ablation partielle ou totale du clitoris et/ou du prépuce (clitoridectomie) ; l’ablation partielle ou totale du clitoris et des petites lèvres, avec ou sans excision des grandes et/ou petites lèvres (excision) et, pour finir, la constriction de l’orifice vaginal avec création d’une fermeture réalisée par la coupure et le repositionnement des petites lèvres et/ou des grandes lèvres, avec ou sans excision du clitoris (infibulation).

Abstraction faite de la description détaillée d’acte de cruautés sans anesthésie, ces définitions montrent, à tout point de vue, l’étendue de l’atrocité réservée aux femmes dans les sociétés porte-étendard de ces pratiques d’un autre temps.

Rasez-moi ce phallus que je ne saurai voir.

Pour légitimer ces effroyables usages, les adeptes des mutilations sexuelles féminines, durant des siècles, après avoir préalablement opéré une hiérarchisation des sexes entre fort pour les hommes et faible pour les femmes, ont entrepris d’écarter toutes les tendances qui placeraient les deux genres sur un même piédestal. Pour ce faire, une des théories a consisté à voir dans le clitoris, un appendice qui s’assimilerait à un phallus, attribut naturel essentiellement masculin. « La femme n’est pas l’égale de l’homme et ne le sera jamais ». Il fut donc tout aisé de s’attaquer au « bout qui dépasse », pour certains, ou à la petite queue qui « gène »pendant les rapports sexuels, pour d’autres. Certaines autres civilisations, encore plus misogynes, avanceront une régulation du « trop plein » de libido féminine. Le clitoris étant considéré, pour leur imagination bien trop perverse, comme l’organe qui décuplerait l’envie sexuelle de la femme de sorte à la prédisposer à l’infidélité ou à l’adultère.

« Soft » ou « light », l’excision n’en demeure pas moins rustique.

Une nouvelle tendance dans la pratique de l’excision dite « conciliante » a vu le jour et, dès lors, s’est institutionnalisée dans certains pays. Il s’agit d’une variante qui se targue de permettre un juste milieu entre respect des traditions (Oh combien nécessaire !) et exigence sanitaire. C’est le cas de l’étrange réglementation adoptée en 2010 en Indonésie qui, sous la pression religieuse et populaire, réduit l’acte d’excision en un « simple » « frottage du capuchon clitoridien». Même en considérant ce procédé largement symbolique, il n’est pas exempte de mutilation encore moins de non respect du droit de la femme de disposer librement de son corps. La moindre entaille, aussi mineure qu’elle puisse être, concoure toujours à faire croire aux populations que le clitoris demeure « le problème » et donc avec lui la femme.

Il ne serait pas vain aujourd’hui de reconnaître la quasi inexistence de contre communication sur les prétextes qui soutiennent les mutilations sexuelles féminines. Démasquer seulement ces impostures ne suffirait pas. Il s’agit de pouvoir faire comprendre à toutes ces populations, les astuces par lesquelles on a abusé de leur extrême crédulité pour pérenniser une pratique fondée sur une « utilité hautement sociale » qui est l’asservissement de la femme, et qui, une fois de plus, participe à la condamner à ce que son corps et sa vie ne lui appartiennent pas, mais à la société et l’homme.

Solo Niaré