J’ai couché avec le Maure de mon enfance

A l’époque, haut comme trois pommes, pieds nus, ventrus et systématiquement morveux comme des limaces, mes copains d’enfance et moi, avions souvent comme réponse au « Dégagez, petits noirs » que nous lançait sans cesse le commerçant maure du coin de la rue, une sympathique chansonnette qu’on poussait en chœur.
Souraka Mahamet, a tè kouloushi don, a té diloki don.
(Mahamet, le maure, toujours nu sous son habit.)

Car, nous croyions tous alors, ainsi que se le disait tout le monde dans les rues d’Afrique au Sud du Sahara, que le maure ne porte jamais rien sous son boubou, comme les écossais sous leur kilt.

Drapé dans un magnifique boubou du Sahara d’un éclatant bleu azur, il feignait alors de nous prendre en chasse mais n’osait jamais quitter son échoppe. Mais comme le pot de miel et son insatiable mouche, nous revenions toujours vers l’enturbanné échanger notre argent de poche de la semaine contre les friandises que lui seul vendait dans la rue. A force de nous pincer atrocement et régulièrement les oreilles comme punition à notre petit refrain contre son hypothétique nudité, nous nous sommes finalement habitués à la douleur et n’avions de cesse à venir l’importuner toujours et toujours. Un jeu.

Boubou traditionnel en Mauritanie. Source : http://partiefaire1tour.net/article.php3?id_article=69

Boubou traditionnel en Mauritanie.
Source : http://partiefaire1tour.net/article.php3?id_article=69

De l’autre coté de son arrière cour, sa femme, Fatma, bien enveloppée comme le dirait une expression grossophobe, s’occupait tranquillement dans un transvasement habile et régulier du thé à la menthe sucrée, de la théière au verre et du verre à la théière. Nous venions quelques fois vers elle lui demander si Amza, le petit noir de notre âge qu’on croyait être leur fils, pouvait venir jouer avec nous. Une fois sur cinq, nous trouvions notre copain d’âge soit entrain de laver plusieurs ustensiles de cuisine, soit occuper à masser les pieds pleins de cellulites de cette maman qui le soumettait à des corvées d’adultes. La réponse était invariablement, « non », des fois suivi de : « djakalmé », (Bâtard), ouste, Amza travaille !

Nous prenions alors nos jambes à notre cou, mais revenions toujours voir si Amza avait un peu de répit pour venir s’écorcher le pieds avec nous sur les pavées rocailleux de la rue.
Mais le petit Amza n’était en fait pour cette marâtre, que le nègre du Maure, et comme le veut leur « tradition », encrée dans leur culture et quasi institutionnalisée en Mauritanie, « Le maure a toujours besoin de son nègre ». Ce besoin étant quotidien et permanent notre ami Amza avait bien du mal à se joindre à nos jeux d’enfants.

Plusieurs années après, à Grand-Bassam en Côte d’Ivoire, je tombe sur une réincarnation très insolite de mon maure en la personne d’un blogueur parmi la soixantaine invitée par Mondoblog pour dix jours de formation. J’apprends à mon arrivée à 23h que je partage la même chambre d’hôtel que lui. La 201, une des rares face à la brise marine où je le rejoins aussitôt. Il faut dire qu’il a du goût, mon Othello. Je tombe sous le charme du lieu. J’entre. Accueil très froid, ponctué par quelques semblants d’amabilités dont le caractère forcé ne m’échappe pas. Je mets cela sur la fatigue du long voyage qu’il a dû effectuer. J’installe ma valise au pied d’un immense lit, presque un terrain de foot, l’unique de la chambre.

Mon boutiquier dans mon lit, la nuit sera inédite. Le film de mon enfance me revient suivi de plusieurs questions auxquelles, je me disais, qu’il apporterait des réponses. Pour l’instant, je ne craignais pas de me faire pincer les oreilles par ce partenaire d’une nuit et des neuf autres à venir, lui qui, à présent, semblait avoir fait vœux de silence depuis quelques minutes en me tournant le dos dans le lit. Sur les trois mètres de largeur du lit, 2m50 nous séparent. Une timidité d’adolescente pudique qui aurait raison du plus entreprenant des amants. Et bien quoi, décèle t-il en moi quelque bouillonnant Eros dépêché par RFI pour  lui faire découvrir les secrets de l’amour pour tous. Raté.

Au petit matin, je suis le premier debout, mon pacsé gît à sa même place, effarouché recroquevillé sur lui même. Nul besoin d’un psy pour diagnostiquer les stigmates d’une nuit que la morale ne m’autorise pas à dévoiler. Je n’ai pas de problème de conscience, mon consentement et le sien ont été donnés en amont à RFI avant le voyage. Je le laisse dans sa méditation et pars m’enivrer de l’air pur océanique. L’appel de la plage est irrésistible. Je m’élance pour quelques foulées sur le sable qui s’étale à perte de vue.

Au retour, une heure après, du nouveau dans notre gîte, un deuxième matelas siège en biais au pied de l’énorme lit.
Bonjour ! Une nouvelle couchette, on reçoit un troisième ? lui dis-je en pensant en même temps qu’après la nuit passée mon Maure va littéralement se congeler sous mes yeux.
T’inquiète. Je l’ai fait venir pour moi, me dit-il avec un sourire cette fois-ci réussi sûrement l’effet de l’exceptionnelle nuit que je lui ai offerte.
C’est moi qui vous ai trouvé ici, dis-je. Dans ces conditions, c’est vous le propriétaire de la chambre, je prends le matelas.
Vous savez, nous les maures, traditionnellement (Ah la tradition !) nous sommes des nomades, on peut dormir partout.

Il orienta complètement vers lui la petite télé qui siégeait sur la commode en face du grand lit et, après avoir saisi la télécommande, pianota sur les touches des chaines et du volume. Je trouvais meilleurs programmes télé dehors : le complexe qui nous accueille, ces cocotiers, à un jet de pierre cet océan bleu azur qui rivalise avec le boubou du maure, ces formations en data journalisme et ce cosmopolitisme unique apporté par ces dizaines de blogueurs. Le Paradis.

Je me suis fondu dans ce décor de rêve faisant de lui mon principal lieu de glandouille après le travail, donnant ainsi toute la latitude à mon voisin de bien profiter seule de sa chambre. Unique, le plaisir à devenir l’homme poisson de Grand-Bassam, à se laisser emporter pas la force de ces vagues de trois mètres de haut et du ressac qui te donne l’impression de voguer vers le Brésil en face.

Le troisième jour, j’apprends le dernier que mon maure se barre. On aurait quand même pu en parler entre « copains », moi sur mon gigantesque terrain de foot et, lui, plus bas, sur sa natte de bédouin entrain de zapper entre TVivoire et France24.
– Mince, il n’est pas satisfait du nègre qu’on lui a fourni ?
Mais lui m’apportera une autre raison à ce départ précipité.
– Il y a un gros imprévu qui me fait partir au plus vite.

Je n’ai pas sauté au plafond comme certains pourront le penser parce qu’il me laisse seul dans notre chambre nuptiale. Rien de tout ça. Le paradis était dehors, rien qu’à moi tout seul. J’y tenais. J’étais attristé de le voir partir le seul qui pouvait me délivrer de cette incessante question : « Les Maures, ils sont vraiment nus sous leur boubou ? ». Mais mon nomade reprenait sa route, comme sa tradition, que dis-je son instinct, le lui commandait.

Deux semaines après Bassam, en consultant mes mails, je tombe sur un Google alerte qui me signale un billet de blog me citant. Curieux, je traque le lien et tombe sur un blog, c’est celui de mon maure. Je suis content d’avoir des nouvelles de lui et de découvrir ses écrits. Il est d’une reconnaissance qui me ravit. Il garde même une excellente impression de nos trois jours de flirt. Parmi près de 80 personnes, je suis « le copain Solo » de Bassam, l’unique, mais celui qui a eu la maladresse, l’incorrection, de ne pas avoir voulu être le nègre à sa solde, comme le réclame la grande tradition de sa tribu, et la tradition c’est important. Moi, le béninois, oups, une erreur de frappe, les suggestions automatiques de nos claviers savent nous jouer des tours. Mais ça se corrige ça.

Au jeu des consentements violés, il me répond en mettant ma photo comme illustration de son billet d’humeur. Un très « beau » texte qui nous apprend qu’ils ont eu dans l’avion l’outrecuidance de transmettre les consignes de sécurité en anglais à lui, le francophone. Un texte qui se bat comme un beau diable pour faire comprendre la nécessité de la prise en compte de la culture des autres surtout la question du partage du lit, fut-il aux dimensions de terrain de foot, avec un copain noir béninois de Grand-Bassam.

Un texte qui n’est autre qu’un plaidoyer pour imposer,  sans contradicteur car les commentaires son systématiquement effacées, sa « tradition », et derrière ça hypocritement caché la justification de l’existence d’une suprématie du maure sur le nègre « Le Maure a besoin de son nègre ». Et faute d’avoir pu me pincer les oreilles, moi le noir ramené au même pied d’égalité que lui grâce au partage d’un lit, le voilà déversant sa rancœur dans un blog douteux qui restera malgré sa suppression pour longtemps sur la toile grâce au très indiscret cache de Google.

@SoloNiare

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Pour info, ce billet est la réponse que j’apporte à un texte qui me cite nommément et qui m’a profondément choqué. Pour le lire, ici –> http://webcache.googleusercontent.com/search?q=cache:sDfdUQcY9g0J:dabdat.mondoblog.org/voir-grand-bassam-revenir/-/1132+&cd=1&hl=fr&ct=clnk&gl=fr&client=firefox-a

 

 

Vite, des moustiquaires, le paludisme n’attend pas

A même les habitations, des fossés encombrés de détritus peinent à drainer les eaux insalubres vers un lieu où elles ne seront jamais traitées. Dans ces mêmes rues, d’immondes flaques d’eau remplissent les crevasses laissées dans le macadam, ces lieux d’exploit pour le gamin que j’ai été, en relevant des défis lancés par ma bande d’amis. Également, des fosses septiques béantes où, dans mon passé de gavroche des rues de Conakry et de Bamako, j’ai été plusieurs fois à deux doigts du bain le plus puant qui puisse exister. Bienvenue dans le confortable nid du minuscule moustique, vecteur principal de la pandémie la plus meurtrière de notre ère : le paludisme.

Et pas loin de ces égouts à ciel ouvert, habitat de luxe de l’incroyable petit tueur, souvent les soirs, après le repas en famille, j’ai souvenance que nous courions vers grand-père pour l’écouter nous conter l’histoire de Waraba, le terrible lion, de Souroukou, la monstrueuse hyène et de Bamba, la crocodile aux crocs meurtriers. Pendant qu’on se faisait piquer par de farouches moustiques assoiffés de sang, le vieil homme avait ce talent de nous faire comprendre qu’il fallait s’éloigner de ces carnassiers de la savane au risque de se faire tuer, ce qui poussa les hommes à éviter là où ils vivent.

Flaque d'eau stagnante

Une grosse flaque d’eau stagnante dans une rue de Grand-Bassam, un potentiel nid de larves de moustiques, vecteur principal du paludisme

Et comme moi, lorsque j’écoutais les récits de grand-père en me grattant instinctivement pour soulager ces piqûres de moustique comme seule réponse, les populations les plus exposées à la pandémie font aussi avec et se complaisent dans une résignation qui leur coûte les statistiques les plus effarantes :

Le paludisme tue un enfant africain toutes les 30 secondes
Le paludisme demeure l’une des plus graves menaces pour la santé des femmes enceintes.
Il est le 1er motif de consultation (60% des consultations dans les centres de santé)
3,4 milliards de personnes sont exposées au risque majoritairement en Afrique et au Sud-Est d’Asie
Et 12 milliards de dollars perdus chaque année en Afrique du fait du paludisme

Ces chiffres très alarmistes donnent l’impression d’être tiré d’une campagne orchestrée par une agence de com rodée dans le sensationnel. Pourtant, le paludisme n’attend pas, il continue de sévir pendant que ces victimes restent dans l’expectative d’une solution qui peine à se concrétiser. La moustiquaire imprégnée se présente aujourd’hui comme le moyen de prévention le moins couteux de tous. D’où mon adhésion à toute forme de sensibilisation pour la collecte de moustiquaires au profit des populations des terres marginales mal drainées.

A Grand-Bassam entre le 2 et le 12 mai, accompagné de Cyriac Gbogbou, respectable chef de village d’internet en Cote d’Ivoire et de deux blogueuses de la plateforme Mondoblog, Josiane Kouagheu et Chantal Faida, nous avons arpenté quelques rues de la ville, chargé de 100 moustiquaires, fruit d’une collecte lancée sur Twitter, Facebook et Instagram, pour une distribution gratuite aux habitants.

Cette opération « don de moustiquaires imprégnées » a été précédée préalablement de plusieurs séances de sensibilisation bien accueillies par les personnes rencontrées. Elles ont été religieusement à l’écoute des messages de prévention contre le paludisme qu’on leur a apportés et nous ont promis une utilisation quotidienne des moustiquaires. Cyriac Gbogbou s’est proposé de passer les revoir à l’improviste quelques semaines après pour s’enquérir de la bonne utilisation des moustiquaires.


100 moustiquaires, c’est certes peu et semblent créer quelques inégalités sur le terrain face à la prévention contre le paludisme pour les premiers bénéficiaires, mais l’opération a surtout pour but d’attirer l’attention sur cet aspect de la lutte contre la pandémie que beaucoup de spécialistes estiment être le plus efficace. Avec les blogueurs associés à cette opération, nous lancerons prochainement une nouvelle campagne orientée sur une autre ville africaine avec certainement plus de moustiquaires.

Pour revenir à grand-père, contrairement à sa solution de fuir l’habitat du tueur, la moustiquaire imprégnée est pour l’instant le meilleur compromis de bon voisinage contre le paludisme dont le moustique n’est autre que l’impitoyable vecteur. En plus, son déploiement nécessite moins de moyen aux pays concernés qui ne comptent pas pour l’instant faire de l’assainissement et le drainage des eaux insalubres une véritable priorité de prévention.

Un grand merci à tout ceux qui ont soutenu l’opération « Moustiquaire » de Grand-Bassam.

Vous souhaitez participer à la prochaine collecte de moustiquaires imprégnées », n’hésitez pas, contactez @SoloNiare ou sulymane@yahoo.com

Chronique de Bassam : jour 1 et 2

Hôtel Tereso, la piscine, le chapiteau restaurant et la plage à perte de vue

Hôtel Tereso, la piscine, le chapiteau restaurant et la plage à perte de vue

 

 

Il est 8 h30, je me réveille après une nuit très agitée pleine de rêves que la mémoire n’a pas pu garder. Pourtant j’aurais voulu me refaire le film que mon subconscient a tiré de ce premier jour d’arrivée dans le pays de Nana Boigny. Je n’ai pas l’impression d’avoir bien dormi. La faute est bien loin de venir de cette bonne chaleur moite atténuée par un bruyant climatiseur 2 chevaux qui perce un carré d’un pan du mur de ma chambre d’hôtel. J’ai encore envie de retourner dans ce grand lit que je partage avec un autre blogueur. Le cocorico perçant d’un coq se fait entendre, la lueur qui se fraie entre les persiennes et l’heure sur l’écran tactile de mon smartphone m’indique que la nuit est finie. Tous les signes concordent vers le même message : « Solo, lève-toi, c’est le matin ! »

Sur la pointe des pieds, je descends discrètement du lit et me faufile dans les toilettes pour une douche rapide et quelques coups de brosse à dents, le rituel du matin. Je me hâte de trouver un bermuda et un tee-shirt pour être à temps pour le petit-déjeuner en groupe prévu à 9 heures. Mais bizarrement, mon colloc, lui, dort d’un sommeil tranquille, pénard. Soudainement quelque chose me vient en tête, je sors mon smartphone de ma poche, active son écran : 8 h47, plus que 13 minutes pour retrouver les autres. Avec les impressions, c’est souvent les premières qui s’impriment très solidement dans le temps et je ne comptais pas en laisser une mauvaise auprès de 80 blogueurs d’une plateforme qui est à plus d’un million de visiteurs. Des blogueurs qui en salivent, prêts à bondir sur n’importe quel sujet pour les esquisser dans leur billet quotidien. Pour une pub, quelqu’un qui voudrait s’en faire une bonne ou une très salissante, l’hôtel Tereso est l’endroit le mieux indiqué pour les 10 jours à venir.

J’hésite entre inviter mon voisin à se lever pour ne pas aussi être en retard et le laisser se remettre du long voyage qui a été aussi le sien du Niger à Abidjan.

Devant le perron de ma chambre, à un jet de pierre, une plage qui n’a rien à envier à celles que vendent les voyagistes sur les plaquettes en papier glacé. Elle donne sur une mer très agitée. Des vagues rugissantes se suivent les unes après les autres et viennent mourir sur le sable fin en livrant leur écume. Cette mer me tente, mais j’entends ce compte à rebours qui me presse pour le chapiteau qui fait office de restaurant sous d’élégants cocotiers dandinant au gré du vent. Je dépasse une piscine qui me nargue avec son eau limpide. Mais, je préfère courir vers le chapiteau et me trouve une place. Personne ! Je suis le premier. J’active une nouvelle fois l’écran tactile de mon Smartphone : 9 heures, même pas une trace de cuistot. « Comment se fait-il ? » me dis-je.
« Le décalage horaire, Solo, t’as pas eu le réflexe de mettre ta montre à l’heure de Grand-Bassam »
Je venais donc de gagner deux heures de plus pour ma journée. Je tourne aussitôt mon regard vers la piscine qui vient de comprendre que son charme n’a pas été vain. Plouf!

@SoloNiare

Drame du plateau : Délit de LiveTweet à Abidjan.

En écrouant deux activistes blogueurs dans les locaux de la Police criminelle durant la matinée de ce vendredi, sous le prétexte d’ »Interférence dans le fonctionnement de l’administration et dans l’information« , suite à la bousculade du 31 décembre 2012 dans le quartier du Plateau, à Abidjan, qui a fait 61 morts et une cinquantaine de blessés, la Police Ivoirienne a suscité l’ire, le sarcasme et les critiques de la blogosphère sans la participation de laquelle ce drame serait peu connu du monde entier. Ces cybers citoyens, pas les moindres du réseau, @diabymohamed et @cyriacgbogou, ont fait chauffer leur respectif Klout (indicateur d’influence sur le net) au service de l’information autour de cet événement qui afflige une population ivoirienne déjà en proie à une succession de malheurs. Un impressionnant élan de solidarité a très vite pris possession de l’événement sous le hashtag (mot clé) #Drameplateau, ce qui permit, par les  pics enregistrés sur le web, des réactions de célébrités planétaires autour d’un énième drame africain qui aurait très vite été enterré dans les dédales de l’oubli et rééditant une fois de plus la non assistance aux victimes et leurs proches.

Merci qui ? lorsque la star américaine Kim Kardashian s’émeut dans ce tweet plein de classe  et de compassion à l’égard de la Cote d’Ivoire endeuillée ?

Kim

 

C’est que les blogueurs se sont organisés et ont non seulement créé un hashtag pour rester proches de l’événement mais aussi un compte du même nom qui contiendrait la synthèse de tous les tweets relatifs à ce drame et, innovation dans un pays francophone comme la Cote d’ivoire, ils ont surtout pris le soin d’ouvrir leur audience au monde entier en twittant dans plusieurs langues. Et d’amplification en amplification, Abidjan reste encore pendant quelques jours sous le feu des projecteurs après la cérémonie des Kora Awards. Seule la blogosphère Ivoirienne et la solidarité de leur « coblogueurs » internationaux ont permis cette  propagande d’une telle ampleur.

SoloPlateau_2

L’agissement de la police ivoirienne est un véritable couac pour une institution qui montre à tout point de vue qu’elle n’a pas pris place dans le train de l’évolution des médias sur le net en même temps que les blogueurs. Elle aurait sinon compris qu’en œuvrant de connivence avec ceux-ci, elle tirerait un bénéfice certain dans ce partenariat avec  les acteurs de ce concept nouveau du journalisme citoyen. Aucun observateur n’oserait croire que le but inavoué de cette action serait d’étouffer dans l’œuf toute idée d’un nouveau canal d’information qui leur échapperait.

Le souhait du Président Alassane Ouatara , dans son allocution télévisée, de connaître très rapidement les causes et les circonstances du drame aurait peut-être poussé les enquêteurs à faire des deux blogueurs écroués des boucs émissaires qu’elle aurait très difficilement trouvés ailleurs dans cette Cote d’Ivoire toute frileuse. Il faut aussi ajouter que @diabymohamed et @cyriacgbogou  semblent avoir été jetés en pâture par les « journalistes classiques », ceux de la « vieille école » qui voient très mal ce grignotage du blogging sur leur plate bande. Une farouche hostilité qui fera longtemps débat en attendant qu’un vrai statut reconnu ne soit trouvé ou légiféré en entente avec, non seulement, les blogueurs mais aussi les journalistes qui leur exigent le défi de l’éthique, de la déontologie et de la responsabilité face à certains événements.

Cette arrestation décriée des blogueurs est soit un zèle abscons de la Police Ivoirienne qui n’a pas pris la mesure de l’événement, soit une saumâtre régression de la Côte d’Ivoire.

« Il s’agit d’une atteinte grave à la liberté d’expression. Je vois que le train a du retard sur les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC). Le thermomètre n’est pas responsable de l’état fiévreux du malade ! », s’offusque Aboubacar Fofana, blogueur à ses temps libres.

Sur cette question précise, il serait très curieux aussi de voir quelle expertise apportera la figure politique Ivoirienne la plus active sur Twitter en la personne de son Président de l’Assemblée Nationale, @SOROKGUILLAUME Guillaume Soroo, qui liveTweete la moindre de ces activités pour ses 15.800 abonnés.

Le blogging a fait du chemin et passe aujourd’hui pour être une référence incontournable dans la diffusion de l’information. Le modèle réussi par le Sénégal à travers SUNUCAUSE s’inscrit dans un cas d’école. A propos, le Dr. Mamadou Ndiaye du CESTI disait dans une de ses communications sur le blogging : «Un journalisme participatif où chaque citoyen, chaque lecteur, chaque consommateur peut devenir informateur pour un média collaboratif.»

Espérons que cet éclairage trouve une oreille attentive du coté de la Police criminelle par laquelle ont été injustement menés et écroués @diabymohamed et @cyriacgbogou.

Le Wonk.

 

Paris, dissection d’un vol de smartphone : Arrêt sur image.

L’été s’éloigne de nous de jour en jour. La Nature la joue franc. Toute résignée, elle perd sa joyeuse et rassurante couverture verte, ultime promesse des journées de douceur pour un frileux. Ses feuilles jaunissent, se craquellent et se laissent choir au gré de la moindre brise qui vient les effleurer. Cette petite baisse du mercure qui annonce l’arrivée de l’automne est bien la confirmation des prévisions météo qui passent en boucle à la télé. Ces degrés qui décroissent sur Paris veulent la peau de mon humeur. C’est un chat qui a plusieurs vies, cette humeur. Elle est bonne et le restera aussi longtemps que je puiserai sa sève dans les imprévus citadins. Paris est un de ces lieux où les rencontres impromptues et les scènes loufoques ne se font pas rares. Un autre leurre pour entretenir cette humeur et non le moindre, inspiré des pelures d’oignon pour contrer ce froid : un tee-shirt col V à 5€ sans motif chez Celio, un léger pull-over acheté pour des broutilles chez la même enseigne, une chemise blanche, manche longue et généralement une veste slim de chez Jules arrive toujours à se trouver une place dans le look, ma petite marque de fabrique. J’imagine déjà vos têtes.

Eh oui, tout cela semble un peu exagéré ! Mais pour un sahelo soudanais, c’est le seul recours pour flirter avec la douceur de ces 35° habituels des tropiques. Le complément de cette armure n’est autre qu’un sous-vêtement polaire sous un jean solide. Mais, ce jour, l’air du temps, une envie de frime passagère influence mon choix de dernière minute. J’agrippe à la place de la veste, un solide blouson marron et me voilà en direction d’une rue commerçante qui a la particularité d’être le lieu d’un défilé incessant de touristes durant toutes les périodes de l’année. Dans le 1er arrondissement, l’angle de la rue Berger et celle de la rue des Prouvaires donne sur un Café Indiana qui peut se vanter d’accueillir l’un des rez-de-chaussée les plus fréquentés des dizaines de pâtée de maisons à la ronde. Le soleil est au rendez-vous, la terrasse libère encore quelques places exposées à ses rayons.

Un caddie se balade curieusement dans cet environnement, poussé par un quidam qui n’a rien d’un touriste, ni d’un habitant de ce quartier résidentiel. Le caddie est vide, le mec tient un journal en main, une édition de la veille du gratuit « Direct Matin ». Son journal fait moins de feuillets que d’habitude. Je regarde autour de moi, aucun mini Market en vue, rien que des commerces traditionnels du vieux Paris. Ces détails pouvaient passer anodins si deux autres singularités ne venaient s’ajouter à la première. Deux très jeunes adolescents tiennent dans leur main les pages manquantes du journal de l’homme au caddie. Ils sont joyeux, rigolent entre eux. Cette remarque me met en accord avec l’insouciance et l’innocence propre à leur âge. La quiétude de cette scène est de courte durée. Les gamins changent brutalement de personnalité. Leur frimousse d’ados adopte soudainement un masque de délinquants de faits divers. A la place, des gavroches au regard très alerte, ne communiquant plus que par des clins d’œil et en langage de signe, ils montrent une possession indéniable des lieux.

La terrasse du café à l’air d’être au centre de cette petite mutation. Précisément, une table occupée par des touristes hollandais, ou plutôt, ah oui… mince, un Iphone… qui brille de toute sa splendeur !

Les touristes se régalent, papotent et prennent du plaisir sur cette terrasse parisienne dans l’indifférence la plus totale. Un des mômes s’ajuste très rapidement, agrippe la feuille A4, le format du quotidien d’information, la plie en deux, se faufile discrètement entre la rangée de chaises et de tables et vient se présenter aux touristes. Sa posture est celle de quelqu’un qui fait la manche. La mine du gosse n’est plus celle joyeuse, radieuse et rassurante d’il y a quelques secondes. Oui, tout se passe comme dans un accéléré. L’homme au caddie est étrangement toujours là, il tend sa tête, s’étire pour ne rien rater de la scène tout en prenant le soins de rester discret avec son accessoire de grande surface. Le compagnon du gamin qui mendie devant la terrasse essaie d’en faire autant. Il contourne la table, fait tomber expressément un objet. La diversion prend forme de ce coté. Et pendant que le quêteur s’active dans un appel à la clémence en affichant désormais tout dans un regard devenu attendrissant, son compagnon, lui, marmonne un langage incompréhensible qui a pour effet d’interpeller davantage les touristes.

Je vois aussitôt le Iphone qui disparaît sous la double page intérieure du journal, telle une cape de magicien, tenue dans une seule main du premier mendiant. Les petits doigts du gamin se saisissent habilement de l’appareil sous le papier journal à l’abri du regard du propriétaire.
J’accélère illico mes pas pour lui barrer le chemin à la sortie de l’allée qu’il a empruntée entre les chaises et les tables. Je l’agrippe aussitôt par la ceinture et lui arrache l’objet de son larcin. Le regard incrédule de tous les clients du café se pose sur le smartphone que je brandis comme un trophée. Je n’ai pas le temps d’expliquer ce qui vient de se passer, mais ce geste seul me suffit pour le leur faire comprendre. Oui, il y a eu un flagrant délit de vol.

Pardon, moussé le polissé, zi ni rouin fè pardon (Pardon, monsieur le policier, je n’ai rien fait) me dis le jeune et se met à perler des larmes dans une facilité qui me fige.

Impassible à son subterfuge, et l’empoignant fermement, je tends le Smartphone à son propriétaire qui me dévisage d’un regard hébété. Il est sans réaction, tétanisé par ce qui arrive, il ne bouge pas d’un poil et reste figé à sa table.

– Tu le prends ton phone ou je laisse le gamin partir avec ? Lui dis-je pour le sortir de sa léthargie en vain.

Le gamin continue à hurler et simule une souffrance atroce. Juste un trafic d’influence pour me faire passer pour un bourreau d’enfant. Ma réponse à sa tentative d’embrouille se trouve dans mon autre main. J’ai la pièce à conviction que son propriétaire se refuse de récupérer.

Curieusement, personne pour me donner un coup de main. Les réactions à une telle scène devraient être une marque de sympathie, à mon sens, qui se résumerait à un coup de fil que quelqu’un dans la foule se proposerait de passer aux forces de l’ordre. Rien de tout cela. Moment de solitude que je trouve très pesant.
Je me décide, je sors mon téléphone, « mon mien », et compose rapidement le numéro le 17. Pas très pratique de coincer un téléphone entre son oreille et son épaule le temps que la boite vocale de la police décline toutes les options. « Le hasard fait bien les choses ». J’ai une soudaine et énorme sympathie pour cette citation en voyant venir, comme par hasard, une patrouille de policiers à vélo. Les cris du gamin ont quand même servi à quelque chose.

Je brosse rapidement les faits aux policiers devant la victime toujours curieusement collée à sa chaise. Les policiers se saisissent du gamin et s’approche du propriétaire de l’Iphone. Le temps pour moi de m’engouffrer dans le café et de chercher à comprendre, devant un verre de soda, la sensation de solitude qui m’a envahi durant toute mon intervention, à jouer au brave sans aucune aide quelconque.

– Tenez, monsieur, c’est la maison qui offre.

Ah, tiens, ma prime, j’imagine J. Je contemple les 33 cl le temps que les morceaux de glaçons n’imprègnent tout le verre de leur fraicheur puis je le porte avec moi devant la façade du café. Plus là, le voleur, embarqué certainement par la patrouille, ni son acolyte, ni l’homme au caddie, leur mentor. La rue a retrouvé sa sérénité à un détail prêt : le sens des regards que l’on me porte à présent, beaucoup plus marqués que la normale. Je fais fi de rien, je tire une chaise avec assurance et je m’installe à un coin de soleil pour finir mon verre. C’est en ce moment que je constate le propriétaire du Smartphone me rejoindre timidement et presque craintif. Je ne cache pas mon soulagement de le voir sortir de son étrange léthargie, par contre je suis très curieux de le voir accroupi devant moi.

Mr. policeman, I want to thank you. Mr. policeman, you’ve done a good job (Monsieur le policier, je voulais vous remercier, vous avez fait du bon travail)

– « Policier » ? Me le dis-je intérieurement.

Le gamin l’avait dit dans ses premiers pleurs. Ce regard persévérant des badauds tout autour trouvait désormais un sens. Et ce touriste anglais qui me le confirme à genoux en me gratifiant. Je m’efforce de ne pas éclater de rire. Moi, policier !

You are welcome. a été ma réponse au mec à genoux que j’ai cru un moment s’affaler à plat ventre sous l’effet de mon horrible accent en Anglais.

Derrière moi, dans le reflet de la baie vitrée du café, je me redécouvre. Assis, pipant dans un blouson en cuir sur un jean moulant mes cuisses et prenant avec hauteur le pouls de la rue.

– Vous pouvez vaquer à vos tâches, le keuf du café Indiana veille sur vous. Hahahaha !!!

Le wonk