Petit lexique du parler français en Afrique noire

Allons à la découverte de quelques mots et expressions insolites habilement insérés dans le quotidien du parler français dans certains pays d’Afrique. Bien qu’elles ne répondent pas à une logique précise, leur étymologie reste tout de même très surprenante. D’où l’objet de cette petite série accompagnée d’illustrations.
Quelques exemples venant de Guinée-Conakry.

A vos zygomatiques !

Coster_end

Coster : tirer de accoster

C’est-à-dire : garer sa voiture au bord de la route comme des marins qui accostent un navire.
Exemple : Je me costerai dans le noir pour me cacher des bandits

Onomatopées diverses :

C’est-à-dire : Dèh, wallaï, hè, hô, hî, hon, go, n’gnè, kah, iyo…
Exemple : Wallaï, aujourd’hui là, il fait chaud, dèh ! Si ça continue comme ça, je vais aller à la plage, go !
Application : à utiliser pour la ponctuation et le renforcement du propos… avec modération tout de même, sous risque de devenir absolument incompréhensible. Sauf si vous voulez faire carrière dans la doublure des voix dans des films de Jackie Chang.

Ça va un peu

Ça va un peu !
C’est-à-dire : ça va doucement (et pas forcément sûrement)

Exemple :
Individu n°1 : comment ça va ?
Individu n°2 : ça va un peu…

Application : ça va un peu… surtout, il n’y a pas l’argent (phrase rituelle des soldats lors des barrages de nuit… Prévoir un peu de temps pour négocier ou un peu de monnaie pour partir vite).

A très bientôt pour la suite.

@SoloNiare

Privilège du nom contre délit de sale gueule

tirailleurs3 

Mano Malozé était le sobriquet d’un vieux tirailleur sénégalais de la seconde guerre mondiale. Il avait hérité de ce surnom durant la campagne contre les troupes nazis et aimait en parler en boucle entre deux noix de kola qu’il arrivait à peine à croquer. A voir l’état de ses chicots restants, on pouvait aisément s’imaginer qu’ils avaient été mis à rude épreuve par le temps. Siné Boplani, de son vrai nom, avait 20 ans en 1943 lorsqu’on l’enrôla de force dans son village subsaharien et l’achemina vers la Casamance pour un pré service militaire qu’il complétera finalement lors du grand rassemblement des tirailleurs sénégalais dans le camp de transit de Thiaroye, dans la banlieue de Dakar.

Il ne manquait pas d’anecdotes tordantes sur son passage en France. Les gens de son village en raffolaient et n’avaient de cesse de lui demander de le leur raconter. Mano Malozé avait acquis un don de conteur extraordinaire avec le temps et savait rendre captivant ces récits en y insérant toujours quelques expressions françaises méconnues des villageois. Le degré d’alphabétisme qu’il avait acquis de son service militaire l’avait hissé au même rang que les premiers scolarisés de sa région. Et donc très souvent, il se la jouait intello et en avait gardé des mécanismes qui suscitaient, à chaque fois, d’énormes éclats de rire. C’était le spectacle comique que tout le monde s’arrachait quand il s’y mettait.

Pendant la guerre, la première procédure de cantonnement du bataillon de tirailleurs de Mano Malozé fut pour lui une expérience mémorable. Un moment qu’il narre dans ses détails les plus précis. Ce jour, quelque part vers Toulon, l’intendance générale de la base militaire procédait à l’appel des soldats pour les répartir dans leurs dortoirs respectifs. Chaque soldat se voyait ainsi orienter vers un numéro de bâtiment correspondant à son origine. Cette répartition commença, à tout Seigneur, tout honneur, par les soldats français. Ainsi, parmi les Paul Dupont, Jean-François, Bertrand Bardou et assimilés, Mano Malozé eut la grande surprise d’entendre son nom, Siné Boplani, cité pour rejoindre le même bâtiment que les soldats blancs. Il ramassa ses affaires avec un petit sourire narquois au coin des lèvres et partit précipitamment rejoindre son dortoir sous le regard éberlué de ses compagnons d’armes africains qui, à l’époque, trouvaient presque normal la discrimination dont ils étaient régulièrement victimes.

Mano Malozé fut soudainement stoppé devant le seuil de son dortoir par un sous-officier blanc de l’intendance qui lui demanda les raisons de sa présence en ce lieu.

– Zé rézoin mon doltoir, chef ! lui fit il fièrement et voulut continuer.
– Ton dortoir, mais ça va pas non ? Comment ça se fait ?

Le sous-officier lui demanda son nom et vérifia sur la liste accrochée sur la porte d’entrée. Il constata non seulement qu’un Siné Boplani y figurait, noir sur blanc, entre un Jacques Bonsergent et un Edouard Gauche et qu’en plus, le nom était suivi de la mention Corse.

– Tu viens d’où réellement ?
– Zé wiens direct du bâtiment intendance !
– Non, je parle de ta ville, ton village, abrutis !
– Zé wiens de Youkounkoun, cercle de Koundara !

Le sous-officier en voulut à cet instant de méprise de l’agent d’enregistrement qui faillit leur faire partager le gîte avec un noir, tirailleur corse. D’un coup de crayon vif et nerveux, il fit plusieurs traits sur le nom de Mano Malozé sur la liste à même le mur et l’invita à le suivre vers son vrai dortoir, auprès des siens, les tirailleurs sénégalais.

Arrivé dans le bâtiment, les hués moqueurs d’accueil de ses amis n’entachèrent en rien son humour.

– Mon nom m’a lozé, mon visage m’a délozé ! leur lança t-il avec un grand sourire aux lèvres.

Depuis ce jour, Siné Boplani n’eut d’autre appellation pendant toute la guerre jusqu’à son retour dans son village natale dans le Sahel que ce « Mano Malozé » tiré de sa célèbre phrase à ses amis « Mon nom m’a logé, mon visage m’a délogé »

Au delà du racisme ordinaire et de la discrimination raciale courante qui marqua l’histoire des tirailleurs sénégalais pendant qu’ils se sacrifiaient pour libérer la France, la cristallisation de leur pension pendant plusieurs années vit beaucoup d’entre eux finir leur vie dans les conditions les plus misérables. Ce qui fut le cas de Siné Boplani, soldat héroïque à Toulon et à Lyon face à la Wehrmacht du 3è Reich d’Adolf Hitler.

@SoloNiare

Là où les anciennes gloires du foot narguent l’oubli

Footeux1

Là où les anciennes gloires du foot narguent l’oubli

Dans les réactions après l’attribution du ballon d’or, un grand nom du football disait : « Nous essayons tous d’être meilleurs à nos différents postes afin de laisser de bons souvenirs pour la postérité. » Si jamais ceci est l’unique motivation de tous les joueurs de foot, les villes africaines offrent une archive très ludique des anciennes gloires du ballon rond. De quoi satisfaire tous ces renards des surfaces de réparation qui cherchent à marquer leur époque. Mieux que les tirages papiers des figurines Panini, cette base de données à la sauce africaine n’est pas seulement riche, elle est bien vivante et d’un burlesque très épatant.

La foire aux surnoms

Entre Fontaine (France), Euzobio (Portugal), Pélé (Brésil), Dalin (Suède), Inzaghi (Italie), Okwaraji (Nigéria), Falikou (Cote d’Ivoire), Ravaneli (Italie), Platini (France), Nii Lamptey (Ghana), Wadle (Angleterre), Francescoli (Urugay)… entre autres, il n’y a pas un de ces joueurs, tombés dans l’oubli d’usage, qui ne retrouvent pas une seconde vie sur le moindre espace aménagé en terrain de foot dans les rues africaines. Les contemporains de ces talents cités sont amusés de voir subitement réapparaitre leurs idoles d’il y a deux, trois, quatre ou cinq décennies. Sur la plupart de ces terrains improvisés, du goal à l’avant centre, tous les joueurs portent un pseudo. Même le juge arbitre n’est pas en reste. Les rares fois où un de ces footballeurs en herbe déroge à cette règle, soit il a refusé le sobriquet qui correspond à son très mauvais niveau, soit il s’emmerde seul à la maison.

J’ai un surnom, donc je suis Fouteux2

Le surnom revient au joueur selon que son dribble chaloupé rappelle celui de son idole ou selon que la puissance de ses tirs rappelle la frappe de mule du joueur qu’il adule. Ce n’est pas les Dunga (Brésil) ou les « alias Roberto Carlos » qui diront le contraire. Des fois, seule suffit la simple manifestation de vouloir se faire baptiser du surnom du footballeur qui les séduit, auquel cas, il devrait se hâter de le floquer plus vite que les autres postulants au dos de leur tee-shirt. Le mérite du pseudo à partir du talent et son attribution en fonction des pieds carrés s’inscrivent comme les seuls critères qui régissent ce phénomène.

Certains grands stades ayant abrité des éditions de compétitions internationales trouvent également leur nom remis au goût de cette mode, mais dans une autre forme d’utilisation plutôt originale. C’est ainsi que dans ces villes africaines, on ne va pas au stade du Maracana (mythique enceinte brésilienne ayant abrité deux finales de coupe du monde), mais on joue au maracana : une partie de foot entre deux équipes de cinq joueurs chacune avec de petites cages de but de 70cm de hauteur pour 1m de largeur. Les règlements varient d’un lieu à l’autre.
Fouteux4Comme synonyme de ce même type de jeu à 5, quand dans certaines autres villes on préférera dire qu’on va au bundesh (Bundeshliga, championnat allemand), d’autres l’appelleront coquettement « jeu de salon », dû à l’étroitesse du terrain sur lequel se pratique souvent ces parties de foot très techniques.

« Jamber » qui vient du nom du joueur Hamada Jambay signifie que l’on n’est pas titulaire sur un match. Un rappel très railleur de la dernière saison catastrophique où le marseillais avait élu domicile sur le banc des remplaçants.

Aux grands footeux, la rue reconnaissante

Les grandes compétitions internationales d’envergure, telles que la Coupe d’Afrique des Nations, la Coupe du monde et la Champion’s league sont souvent les périodes de pêches des surnoms. Les razzias s’effectuent également durant les championnats les plus médiatisés. Plus un joueur brille par son talent pendant ces rendez-vous, plus il y a de l’engouement pour floquer son prénom au dos d’un maillot contrefait venant d’Asie. Ces rues africaines deviennent, de ce fait, une espèce de baromètre de la popularité de ces footballeurs où les meilleurs d’entre eux sont célébrés, les plus nuls, moqués et les moyens, snobés.

Aux footeux, un panthéon où ils resteront des immortels à jamais, l’Afrique le leur rend drôlement bien.

Solo

 

Je hais les grins !

Thé_end

Il n’est pas un seul misérable jour en Afrique subsaharienne, depuis plusieurs décennies, en milieu rural comme en zone urbaine où l’on ne localise pas régulièrement un grin, ce petit attroupement de personnes flânant autour d’une théière bouillante en train de refaire un monde qui leur a filé entre les doigts.

Très souvent réunis dans un coin de rue à l’ombre d’un baobab, d’un manguier ou d’un acacia selon le pays où ils se trouvent, ou encore adossés à un pan de mur au flanc d’une habitation pour ne citer que ces différents lieux, ces hommes s’activent quotidiennement dans la préparation de thé vert qu’ils sirotent nonchalamment entre eux. Une culture importée et très mal adaptée qui, avec le temps, est devenue une image d’Epinal des rues africaines des cinquante dernières années.

Je hais ces grins définis par les sociologues comme un lieu quotidien de papotage autour de l’actualité, de la vie publique et surtout privée des gens. Ces lieux qui ne sont qu’une ode aux commérages futiles et puérils et qui offrent le même spectacle choquant de la rue Woro Fila à Fanok (Dakar), en passant par le carrefour d’Haoussa Baba à Bagadadji (Bamako) jusqu’au longory de Boulbinet (Conakry). Le mode d’emploi reste le même pour ces chantres de l’oisiveté : l’assistanat, rien que l’assistanat.

Les grins sont devenus une véritable institution. Les membres des grins qui vont de simples ados aux adultes de tout âge constituent une communauté  unique de fainéants qui a su développer une tout autre variante de la répugnance au travail et à l’effort. Le comble est qu’ils se vantent d’avoir mis sur pied un espace de consolidation des liens sociaux entre eux à travers un prétendu système de solidarité. Mais la réalité est autre, car ces chômeurs intentionnels sont sous perfusion quotidienne. Ils vivent d’aides venant d’un parent en Occident ou d’un fonctionnaire de l’administration pour lequel ils s’activent dans un proxénétisme aggravé moyennant quelques rétributions.

Verre de Thé_1Je hais ces bouches à nourrir qui n’ont aucune idée de ce que peut coûter quatre heures en moyenne par jour pour un individu. Quatre heures, une durée pendant laquelle ils ont pris l’habitude d’engloutir, pendant une tournée de thé, beaucoup de sucre et gonflent ainsi   le taux de diabétiques dans une Afrique qui peine à faire face à ses « vraies » pandémies.

Quand vous épluchez un membre d’un grin, il est toujours loisible de dénicher entre ses strates le portrait craché d’un facile cintre sur jambes pour tee-shirt de campagne électorale, prompt à monnayer son suffrage contre des babioles insignifiantes et à arpenter les pavés banderole en main en beuglant « votez tel ou tel !!! ».

Je hais ces ventres sur pied remplis de DIF (dilatation intérieure de la fierté) après avoir accompli leur supposé devoir journalier autour de ce verre de thé de la déchéance.

Je les hais, tous, les uns affalés sur une chaise de maille se partageant une mèche de clope à 10, les autres se délectant dans une fainéantise gélatineuse à l’affût d’un touriste occidental pour lui proposer un verre de thé pendant une partie de causette, forcément en échange de quelques euros.

Et quand il n’est pas au chômage et qu’il bénéficie d’une situation enviable : bon salaire, femme et enfant, le grin pour lui est la couverture idéale pour se livrer à multiples relations adultérines. Un très laconique « Je suis au grin » à madame étant établi comme un passe-droit au fil du temps et donc une excuse pour cette bande de coureurs de jupons que je hais au plus haut point.

Je hais cette culture des grins de faire du thé pour s’unir ou de s’unir pour faire du thé qui n’a toujours rien produit. Continuer à faire l’impasse sur le rôle nuisible de ces voraces qui ont un demi-siècle au compteur enraye tout esprit d’entreprise d’une jeunesse africaine qui peine à se trouver des modèles.

Je les hais, ces fainéants

J’ai dit !

Solo Niaré

Le tourisme sexuel pris à son jeu… de dupe

Le choix, l’étape cruciale

Entre deux récoltes de mangues vertes sur les arbres centenaires bordant l’avenue centrale qui traverse la ville, accompagné de ses amis, Lamptey, surnom d’une ex star ghanéenne du foot donné à Yassine, la vingtaine, se replie avec son groupe sur la plage pour rincer le fruit de leur cueillette du jour. Ils portent tous un pseudo de vedettes du ballon rond qu’ils prennent le soin de floquer sur les maillots de contrefaçons achetés ou échangés contre des noix de coco sur les étales du grand marché de Madina en Guinée.

Rastaman_end2

Plage du gouverneur (Le Sogué) Guinée

Les mangues seront plus tard conditionnées pour accélérer leur maturité avant d’être proposées à la vente à la sauvette dans les embouteillages. Les clients sont triés sur le volet. Ce sont en général des hauts cadres de l’administration ou, beaucoup plus souvent, des propriétaires de voitures de coopérants internationaux reconnaissables par leurs plaques d’immatriculation : VA pour Voiture Administrative, EP pour Entreprise Privée et CD pour Corps Diplomatique. Le filon est juteux et les jeunes gens, tout à l’atteinte de leur but, ne connaissent aucune autre routine que le risque considérable qu’ils prennent pour se hisser au sommet de ces vieux arbres aux branches souvent fragiles. De très graves à mortelles, les différentes chutes enregistrées jusque là n’ont pu entaché la motivation du groupe dans la réalisation de leur très curieux projet.

Il faut dire aussi qu’elle ne laisse personne de marbre l’image de ces opulentes vacances de leurs précurseurs qui eux ont réussi la traversée vers les horizons scandinaves, l’Europe occidentale, l’Amérique du Nord, l’Australie ou le Japon. De grosses berlines envoyées par fret maritime et quelques nécessaires pour rendre agréable le petit séjour n’excédant pas un mois, précèdent le retour clinquant de ces amis, au bras de leurs épouses blanches.

Djego, un ancien footballeur qui a eu une carrière honorable entre l’Espagne, la France, la Hollande et le Qatar avant sa retraite, fût le premier à leur proposer ce chemin migratoire dans sa toute première version. Moyennant une reconnaissance de dette signée par des notabilités du quartier et souvent accompagnée par la mise en gage de biens immobiliers, il assurait le transport et le séjour en Gambie de tous les candidats pour l’Eldorado (leur appellation et conception de l’occident). Il ne suffisait plus qu’à attendre les charters de sexagénaires auxquelles des tours opérators officiant sur la destination Gambie vendait un tourisme sexuel assuré.

Le conditionnement

Nanti de son expérience d’ancien sportif de haut niveau, Djego prenait à bras le corps les préalables nécessaires au voyage. Six mois d’entraînements intensifs pour acquérir un capital musculaire enviable étaient imposés à tous les postulants. Les séances de percussions et de danses traditionnelles, qui constituent un élément essentiel dans le processus de séduction, étaient également travaillées au détail prêt. Et, pour cela, l’ancienne gloire d’une troupe de danse africaine mondialement connue, recrutée pour l’occasion, s’attelait de très bonne foi à cette tâche. En véritable chef d’entreprise, Djego ne badinait avec aucun détail pour la réussite de du projet. La touche finale qui est la sienne, et dont il est l’un des premiers à soutenir son attrait sur les femmes blanches, est ce look de Rastaman qu’ils arboraient tous. Les dreadlocks ont été travaillés minutieusement une année durant par les jeunes, leur donnant, pendant ces séances de façonnage collégiales sous les cocotiers, l’image sympathique d’une troupe de bonobos en train de s’épouiller. Attitude décriée par leurs différents pourfendeurs qui ne voyaient en cela que la preuve de l’inqualifiable oisiveté d’une jeunesse désœuvrée.

La marchandise enfin prête pour la consommation pouvait être acheminée dans un minibus HIACE, de la firme Toyota, via Koundara vers les frontières sénégalaises puis gambiennes avant les kilomètres de sables fins de la côte atlantique.

Coach et entremetteur

Un ancien professionnel du football de haut niveau est en substance un polyglotte né. Un atout considérable sur lequel Djego s’appuie régulièrement pour placer sa horde auprès des sémillantes retraitées, pour certaines ayant l’âge de leur grand-mère. Les consignes étaient sacrées et devraient être respectées à la lettre en particulier quant au fait de laisser longtemps la sauce mijoter. Créer l’envie, et pour l’entretenir, le coach disait, ne pas céder tout de suite, gage de réussite pour chaque rencontre. De footballeur à fin euro-psycho-sociologue, la frontière n’existait presque plus. Chaque instruction venant de sa part était loin d’être gratuite, mais avait le mérite de toujours provoquer l’effet escompté. Chaque jeune  accoquiné à une fringante dulcinée aux cheveux blancs a plus tard été légalement invité par cette dernière en Europe, à la suite d’un mariage scellé officiellement. Djego s’enorgueillit aujourd’hui d’un taux de réussite flirtant avec les 95%, de quoi susciter l’étrange vénération de toute son écurie.

Les nouveaux réseaux.

En perte de vitesse depuis que ce trafic est couramment dénoncé par les ONG et les associations, les jeunes footeux ont entrepris de piocher dans la besace nationale. Même procédé, mais cible considérablement différente en terme d’âge. Ce sont généralement des jeunes dames en stage pour des ONG internationales ou pour des structures gouvernementales de coopération qui sont « à l’insu de leur plein gré » l’objet de ces assauts Don Juannesques. Lamptey et ses amis, cités plus haut, entrent dans cette catégorie de candidat pour la traversée vers l’occident, non pas par Lampedusa, ni par les cotes italiennes ou grecque, que nenni de tout ça, mais par la voie régulière des aéroports internationaux.

Ayant aperçu et sélectionné leur perle à la musculature de folie, sur une scène lors d’un café concert, pour certaines, ou pour d’autres, au cours d’une traversée vers les plages de Sogbané ou du Sogué à quelques escarmouches en pirogue de Conakry, ces jeunes dames ne jurent plus que par l’exotique black au dreadlocks.

« Ça mord à tous les coups, disent-ils, dès qu’une blanche se présente, attirée par le rythme virevoltant du «doundoumba» (la danse des hommes forts), généralement, trente jours suffisent pour passer de célibataire à marié et de nous retrouver époux et épouse devant un consulat européen pour une demande de visa de long séjour.»

Un flux migratoire légal que l’Occident dénigre de plus en plus en le taxant de mariage gris. L’Occident a ses raisons qui se réfèrent à sa réalité et rarement à celle des autres.

On se perdra à chercher un gagnant ou un perdant à ce nouveau fait de société, comme le titre l’annonce, les règles d’un jeu de dupe on été posées, les premières victimes s’en sont servies pour les retourner contre leur bourreau, dans un jeu de manipulations perfectionnées établies par un des leurs… nanti des clés de l’occident.