Vite, des moustiquaires, le paludisme n’attend pas

A même les habitations, des fossés encombrés de détritus peinent à drainer les eaux insalubres vers un lieu où elles ne seront jamais traitées. Dans ces mêmes rues, d’immondes flaques d’eau remplissent les crevasses laissées dans le macadam, ces lieux d’exploit pour le gamin que j’ai été, en relevant des défis lancés par ma bande d’amis. Également, des fosses septiques béantes où, dans mon passé de gavroche des rues de Conakry et de Bamako, j’ai été plusieurs fois à deux doigts du bain le plus puant qui puisse exister. Bienvenue dans le confortable nid du minuscule moustique, vecteur principal de la pandémie la plus meurtrière de notre ère : le paludisme.

Et pas loin de ces égouts à ciel ouvert, habitat de luxe de l’incroyable petit tueur, souvent les soirs, après le repas en famille, j’ai souvenance que nous courions vers grand-père pour l’écouter nous conter l’histoire de Waraba, le terrible lion, de Souroukou, la monstrueuse hyène et de Bamba, la crocodile aux crocs meurtriers. Pendant qu’on se faisait piquer par de farouches moustiques assoiffés de sang, le vieil homme avait ce talent de nous faire comprendre qu’il fallait s’éloigner de ces carnassiers de la savane au risque de se faire tuer, ce qui poussa les hommes à éviter là où ils vivent.

Flaque d'eau stagnante

Une grosse flaque d’eau stagnante dans une rue de Grand-Bassam, un potentiel nid de larves de moustiques, vecteur principal du paludisme

Et comme moi, lorsque j’écoutais les récits de grand-père en me grattant instinctivement pour soulager ces piqûres de moustique comme seule réponse, les populations les plus exposées à la pandémie font aussi avec et se complaisent dans une résignation qui leur coûte les statistiques les plus effarantes :

Le paludisme tue un enfant africain toutes les 30 secondes
Le paludisme demeure l’une des plus graves menaces pour la santé des femmes enceintes.
Il est le 1er motif de consultation (60% des consultations dans les centres de santé)
3,4 milliards de personnes sont exposées au risque majoritairement en Afrique et au Sud-Est d’Asie
Et 12 milliards de dollars perdus chaque année en Afrique du fait du paludisme

Ces chiffres très alarmistes donnent l’impression d’être tiré d’une campagne orchestrée par une agence de com rodée dans le sensationnel. Pourtant, le paludisme n’attend pas, il continue de sévir pendant que ces victimes restent dans l’expectative d’une solution qui peine à se concrétiser. La moustiquaire imprégnée se présente aujourd’hui comme le moyen de prévention le moins couteux de tous. D’où mon adhésion à toute forme de sensibilisation pour la collecte de moustiquaires au profit des populations des terres marginales mal drainées.

A Grand-Bassam entre le 2 et le 12 mai, accompagné de Cyriac Gbogbou, respectable chef de village d’internet en Cote d’Ivoire et de deux blogueuses de la plateforme Mondoblog, Josiane Kouagheu et Chantal Faida, nous avons arpenté quelques rues de la ville, chargé de 100 moustiquaires, fruit d’une collecte lancée sur Twitter, Facebook et Instagram, pour une distribution gratuite aux habitants.

Cette opération « don de moustiquaires imprégnées » a été précédée préalablement de plusieurs séances de sensibilisation bien accueillies par les personnes rencontrées. Elles ont été religieusement à l’écoute des messages de prévention contre le paludisme qu’on leur a apportés et nous ont promis une utilisation quotidienne des moustiquaires. Cyriac Gbogbou s’est proposé de passer les revoir à l’improviste quelques semaines après pour s’enquérir de la bonne utilisation des moustiquaires.


100 moustiquaires, c’est certes peu et semblent créer quelques inégalités sur le terrain face à la prévention contre le paludisme pour les premiers bénéficiaires, mais l’opération a surtout pour but d’attirer l’attention sur cet aspect de la lutte contre la pandémie que beaucoup de spécialistes estiment être le plus efficace. Avec les blogueurs associés à cette opération, nous lancerons prochainement une nouvelle campagne orientée sur une autre ville africaine avec certainement plus de moustiquaires.

Pour revenir à grand-père, contrairement à sa solution de fuir l’habitat du tueur, la moustiquaire imprégnée est pour l’instant le meilleur compromis de bon voisinage contre le paludisme dont le moustique n’est autre que l’impitoyable vecteur. En plus, son déploiement nécessite moins de moyen aux pays concernés qui ne comptent pas pour l’instant faire de l’assainissement et le drainage des eaux insalubres une véritable priorité de prévention.

Un grand merci à tout ceux qui ont soutenu l’opération « Moustiquaire » de Grand-Bassam.

Vous souhaitez participer à la prochaine collecte de moustiquaires imprégnées », n’hésitez pas, contactez @SoloNiare ou sulymane@yahoo.com

Là où les anciennes gloires du foot narguent l’oubli

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Là où les anciennes gloires du foot narguent l’oubli

Dans les réactions après l’attribution du ballon d’or, un grand nom du football disait : « Nous essayons tous d’être meilleurs à nos différents postes afin de laisser de bons souvenirs pour la postérité. » Si jamais ceci est l’unique motivation de tous les joueurs de foot, les villes africaines offrent une archive très ludique des anciennes gloires du ballon rond. De quoi satisfaire tous ces renards des surfaces de réparation qui cherchent à marquer leur époque. Mieux que les tirages papiers des figurines Panini, cette base de données à la sauce africaine n’est pas seulement riche, elle est bien vivante et d’un burlesque très épatant.

La foire aux surnoms

Entre Fontaine (France), Euzobio (Portugal), Pélé (Brésil), Dalin (Suède), Inzaghi (Italie), Okwaraji (Nigéria), Falikou (Cote d’Ivoire), Ravaneli (Italie), Platini (France), Nii Lamptey (Ghana), Wadle (Angleterre), Francescoli (Urugay)… entre autres, il n’y a pas un de ces joueurs, tombés dans l’oubli d’usage, qui ne retrouvent pas une seconde vie sur le moindre espace aménagé en terrain de foot dans les rues africaines. Les contemporains de ces talents cités sont amusés de voir subitement réapparaitre leurs idoles d’il y a deux, trois, quatre ou cinq décennies. Sur la plupart de ces terrains improvisés, du goal à l’avant centre, tous les joueurs portent un pseudo. Même le juge arbitre n’est pas en reste. Les rares fois où un de ces footballeurs en herbe déroge à cette règle, soit il a refusé le sobriquet qui correspond à son très mauvais niveau, soit il s’emmerde seul à la maison.

J’ai un surnom, donc je suis Fouteux2

Le surnom revient au joueur selon que son dribble chaloupé rappelle celui de son idole ou selon que la puissance de ses tirs rappelle la frappe de mule du joueur qu’il adule. Ce n’est pas les Dunga (Brésil) ou les « alias Roberto Carlos » qui diront le contraire. Des fois, seule suffit la simple manifestation de vouloir se faire baptiser du surnom du footballeur qui les séduit, auquel cas, il devrait se hâter de le floquer plus vite que les autres postulants au dos de leur tee-shirt. Le mérite du pseudo à partir du talent et son attribution en fonction des pieds carrés s’inscrivent comme les seuls critères qui régissent ce phénomène.

Certains grands stades ayant abrité des éditions de compétitions internationales trouvent également leur nom remis au goût de cette mode, mais dans une autre forme d’utilisation plutôt originale. C’est ainsi que dans ces villes africaines, on ne va pas au stade du Maracana (mythique enceinte brésilienne ayant abrité deux finales de coupe du monde), mais on joue au maracana : une partie de foot entre deux équipes de cinq joueurs chacune avec de petites cages de but de 70cm de hauteur pour 1m de largeur. Les règlements varient d’un lieu à l’autre.
Fouteux4Comme synonyme de ce même type de jeu à 5, quand dans certaines autres villes on préférera dire qu’on va au bundesh (Bundeshliga, championnat allemand), d’autres l’appelleront coquettement « jeu de salon », dû à l’étroitesse du terrain sur lequel se pratique souvent ces parties de foot très techniques.

« Jamber » qui vient du nom du joueur Hamada Jambay signifie que l’on n’est pas titulaire sur un match. Un rappel très railleur de la dernière saison catastrophique où le marseillais avait élu domicile sur le banc des remplaçants.

Aux grands footeux, la rue reconnaissante

Les grandes compétitions internationales d’envergure, telles que la Coupe d’Afrique des Nations, la Coupe du monde et la Champion’s league sont souvent les périodes de pêches des surnoms. Les razzias s’effectuent également durant les championnats les plus médiatisés. Plus un joueur brille par son talent pendant ces rendez-vous, plus il y a de l’engouement pour floquer son prénom au dos d’un maillot contrefait venant d’Asie. Ces rues africaines deviennent, de ce fait, une espèce de baromètre de la popularité de ces footballeurs où les meilleurs d’entre eux sont célébrés, les plus nuls, moqués et les moyens, snobés.

Aux footeux, un panthéon où ils resteront des immortels à jamais, l’Afrique le leur rend drôlement bien.

Solo