Dossier Bassolé : de quoi pourrait bien accoucher la montagne ?

Voici le dossier dont on attendait beaucoup au Burkina, le pays des hommes intègres et pour lequel on reste, à notre grande surprise, sur notre faim. Après un emballement, suivi d’annonces tintamarresques, le dossier a tout l’air de faire du surplace. Les inculpations annoncées ça et là tardent à venir, seules celles de Djibril Bassolé et de Diendéré semblent beaucoup plus intéresser la transition plus qu’une autre.

Djibril Bassolé

Revenons au cas emblématique de Djibril Bassolé. Les chefs d’accusation retenus contre lui sont très lourds comme chacun le sait, sans qu’on ne sache vraiment sur quel fondement ils reposent. Ce qui est mis en avant ce serait les faits suivants, discutables en somme : un appel téléphonique avec une personnalité politique d’un pays de la sous-région. En attendant que les juges divulguent l’aspect criminel de la conversation, on est étonné qu’on puisse reprocher à une personnalité comme M. Bassolé, ex-ministre des Affaires étrangères, d’avoir des contacts téléphoniques avec des personnalités. Outre les relations personnelles qui peuvent exister, n’est-ce pas le travail quotidien d’un diplomate de haut rang que d’entretenir des contacts suivis avec ceux qui comptent ? Au demeurant, le général Diendéré, l’auteur principal de la tentative de putsch, a disculpé lui même Djibril Bassolé en affirmant qu’il n’avait absolument rien à voir dans leur entreprise.

Ensuite, il semble que le second fondement des soupçons qui pèsent sur Bassolé serait qu’il a demandé aux gendarmes d’assurer le maintien de l’ordre pendant la période de crise. On peut y voir une collusion, mais on peut aussi imaginer que Djibril Bassolé, sachant parfaitement que les militaires ne sont pas formés au maintien de l’ordre, a dû demander cela, en bonne intelligence, à ceux dont la mission est d’épargner les vies. Peut-être que si les gendarmes l’avaient écouté, les 11 vies cruellement arrachées ne l’auraient pas été. Hélas, la liste des morts s’est allongée inutilement. Même si la transition semble avoir un penchant pour les martyrs, le mieux c’est de ne pas en produire.

Et puis il y a d’autres questions :

1 – Pourquoi de « Monsieur », on n’entend plus que «général » Djibril Bassolé depuis son arrestation ?

2 – Qu’est-ce qui explique cette entreprise de vouloir absolument l’associer au général Diendéré ?

3 – Ces associations fantaisistes ne visent-elles pas, au forceps, à concocter des chefs d’accusation pour le traduire devant un tribunal d’exception (militaire) ?

Solo Niaré

Yennega, l’épopée des Mossis au théâtre

Après avoir pris place dans l’exiguïté de la petite salle du Bouffon Théâtre dans le 19e, au milieu d’une quarantaine de spectateurs, selon toute apparence en grande majorité acquise à Roukiata Ouedraogo, la comédienne à l’affiche de « Yennega, l’épopée des Mossis », je découvre sur la scène un décor très épuré, constitué d’un siège qui trône légèrement au fond, entouré d’une pléthore d’instruments de musique. Ce constat se joint alors à l’appréhension initiale que le titre même du spectacle m’avait inspiré pour la première fois : une épopée d’un grand peuple et, de plus, celui des Mossis, présentée en « one woman show » était, de tout point de vue, un très gros et difficile challenge. J’avais hâte de voir comment elle allait seule s’y prendre et trépignait à ma place pour l’ouverture des rideaux.

Roukiata Ouedraogo interprétant Yennaga, l'épopée des Mossis au Bouffon Théâtre

Roukiata Ouedraogo interprétant Yennaga, l’épopée des Mossis au Bouffon Théâtre

La présentation d’ouverture qu’on fit également de la comédienne me laissa très dubitatif sur le déroulé de la soirée après une journée parisienne bien maussade : « Mesdames et Messieurs, je vous laisse découvrir le spectacle de la belle Roukiata Ouedraogo », ainsi l’avait on annoncé. Je me dis alors que soit elle le jouera sur sa beauté, soit la multitude d’instruments de musique viendra soutenir le spectacle, comme souvent quand la performance de l’acteur ou la mise en scène affiche quelques faiblesses.

Voilà alors, la comédienne qui fait son apparition juste après son musicien. Elle plante le décor vers les années 1110, en pleine période de friction entre des Malinkés aux velléités expansionnistes et un peuple Mossis leur opposant une farouche résistance. C’est dans ce contexte qu’un roi de ces contrées, celui du royaume de Dagomba qui eut une fille, l’éleva et lui prodigua un enseignement digne d’un prince héritier. Yennega, de son nom, rôle centrale de la pièce, apprit à se battre comme un homme et devint une redoutable amazone à la tête de l’armée de son Royaume. Sa bravoure et ses exploits firent d’elle la guerrière la plus à craindre.

Mais, chassez le naturel, il revient au galop. Yennega cède devant l’appel de la nature et manifeste le désir de connaitre les joies d’une vie de couple contre l’avis du roi, son père. Elle s’enfuit et croise un vaillant chasseur d’éléphant dont elle s’entichera. Suite à une belle idylle qu’ils vivront ensemble, naitra un fils qu’elle retournera présenter à son père. Un accueil exceptionnel leur sera réservé suivi de réjouissance digne de son rang de princesse.

Comme dans un conte et se servant des mêmes codes, à la seule différence que les personnages ne sont pas laissés à notre seule imagination, Roukiata Ouedraogo nous tient en haleine en les interprétant tous, 50 minutes durant, avec un humour dont on se rappèlera . Sa performance est bluffante et le texte, dont elle est l’auteur, bien écrit, mais souffrant de quelques anachronismes que j’ai pu relever. Comme par exemple des coups de fusils au début du Xe siècle où l’usage de la poudre à canon n’avait pas encore dépassé les frontières de l’Empire du milieu ; l’empire du Ghana pendant cette période ne se situait pas au Sud du royaume Mossi, mais plutôt vers l’Ouest et avait connu son déclin un siècle plus tôt ; les incantations de Domba, la sorcière ne pouvaient pas être « écrites » dans la mesure où seulement l’oralité était reconnue comme le propre des anciennes traditions Mossis.

Ces remarques ne changent en rien au plaisir de ce spectacle que je vous recommande d’aller voir. J’ai ri et je me suis bien régalé.

Là où les anciennes gloires du foot narguent l’oubli

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Là où les anciennes gloires du foot narguent l’oubli

Dans les réactions après l’attribution du ballon d’or, un grand nom du football disait : « Nous essayons tous d’être meilleurs à nos différents postes afin de laisser de bons souvenirs pour la postérité. » Si jamais ceci est l’unique motivation de tous les joueurs de foot, les villes africaines offrent une archive très ludique des anciennes gloires du ballon rond. De quoi satisfaire tous ces renards des surfaces de réparation qui cherchent à marquer leur époque. Mieux que les tirages papiers des figurines Panini, cette base de données à la sauce africaine n’est pas seulement riche, elle est bien vivante et d’un burlesque très épatant.

La foire aux surnoms

Entre Fontaine (France), Euzobio (Portugal), Pélé (Brésil), Dalin (Suède), Inzaghi (Italie), Okwaraji (Nigéria), Falikou (Cote d’Ivoire), Ravaneli (Italie), Platini (France), Nii Lamptey (Ghana), Wadle (Angleterre), Francescoli (Urugay)… entre autres, il n’y a pas un de ces joueurs, tombés dans l’oubli d’usage, qui ne retrouvent pas une seconde vie sur le moindre espace aménagé en terrain de foot dans les rues africaines. Les contemporains de ces talents cités sont amusés de voir subitement réapparaitre leurs idoles d’il y a deux, trois, quatre ou cinq décennies. Sur la plupart de ces terrains improvisés, du goal à l’avant centre, tous les joueurs portent un pseudo. Même le juge arbitre n’est pas en reste. Les rares fois où un de ces footballeurs en herbe déroge à cette règle, soit il a refusé le sobriquet qui correspond à son très mauvais niveau, soit il s’emmerde seul à la maison.

J’ai un surnom, donc je suis Fouteux2

Le surnom revient au joueur selon que son dribble chaloupé rappelle celui de son idole ou selon que la puissance de ses tirs rappelle la frappe de mule du joueur qu’il adule. Ce n’est pas les Dunga (Brésil) ou les « alias Roberto Carlos » qui diront le contraire. Des fois, seule suffit la simple manifestation de vouloir se faire baptiser du surnom du footballeur qui les séduit, auquel cas, il devrait se hâter de le floquer plus vite que les autres postulants au dos de leur tee-shirt. Le mérite du pseudo à partir du talent et son attribution en fonction des pieds carrés s’inscrivent comme les seuls critères qui régissent ce phénomène.

Certains grands stades ayant abrité des éditions de compétitions internationales trouvent également leur nom remis au goût de cette mode, mais dans une autre forme d’utilisation plutôt originale. C’est ainsi que dans ces villes africaines, on ne va pas au stade du Maracana (mythique enceinte brésilienne ayant abrité deux finales de coupe du monde), mais on joue au maracana : une partie de foot entre deux équipes de cinq joueurs chacune avec de petites cages de but de 70cm de hauteur pour 1m de largeur. Les règlements varient d’un lieu à l’autre.
Fouteux4Comme synonyme de ce même type de jeu à 5, quand dans certaines autres villes on préférera dire qu’on va au bundesh (Bundeshliga, championnat allemand), d’autres l’appelleront coquettement « jeu de salon », dû à l’étroitesse du terrain sur lequel se pratique souvent ces parties de foot très techniques.

« Jamber » qui vient du nom du joueur Hamada Jambay signifie que l’on n’est pas titulaire sur un match. Un rappel très railleur de la dernière saison catastrophique où le marseillais avait élu domicile sur le banc des remplaçants.

Aux grands footeux, la rue reconnaissante

Les grandes compétitions internationales d’envergure, telles que la Coupe d’Afrique des Nations, la Coupe du monde et la Champion’s league sont souvent les périodes de pêches des surnoms. Les razzias s’effectuent également durant les championnats les plus médiatisés. Plus un joueur brille par son talent pendant ces rendez-vous, plus il y a de l’engouement pour floquer son prénom au dos d’un maillot contrefait venant d’Asie. Ces rues africaines deviennent, de ce fait, une espèce de baromètre de la popularité de ces footballeurs où les meilleurs d’entre eux sont célébrés, les plus nuls, moqués et les moyens, snobés.

Aux footeux, un panthéon où ils resteront des immortels à jamais, l’Afrique le leur rend drôlement bien.

Solo