Fenêtre sur le quotidien http://wonk.mondoblog.org Aérons le vécu Fri, 12 Oct 2018 09:41:26 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=4.7.11 Bénin : c’est le nom de la bête qui fait l’équipe nationale de football http://wonk.mondoblog.org/2018/10/11/benin-bete-equipe-football/ http://wonk.mondoblog.org/2018/10/11/benin-bete-equipe-football/#respond Thu, 11 Oct 2018 13:08:39 +0000 http://wonk.mondoblog.org/?p=828 Dans toute la savane là, dense en espèce de toutes sortes, où tu as des lions, des éléphants, des crocodiles, des léopards, des rhinocéros, des aigles, tous déjà pris, eux, c'est pour un minuscule insignifiant petit écureuil que le Bénin se prenait.

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Bon voilà,  »Les Écureuils », l’appelation de l’équipe nationale de football du Bénin, serait sur le point de changer, fatiguée des quolibets ou peut-etre d’un manque de performance. L’info m’a fait glousser. N’y voyez aucun mépris de ma part SVP, « j’ai un ami béninois ». Voilà, je sors ma carte de « mon ami noir » ici, ça marche à tous les coups. Coucou, Nadine.

Dans toute la savane là, dense en espèce de toutes sortes, où tu as des lions, des éléphants, des crocodiles, des léopards, des rhinocéros, des aigles, bon c’est vrai, tous déjà pris, eux, c’est seulement pour un minuscule insignifiant petit écureuil que le Bénin se prenait. A rappeler que certains ont fait pire ailleurs en se faisant appeler les Coqs. Eux par contre arborent deux étoiles sur leur maillot. Le pays de mon ami béninois avait quand même tellement de choix entre les pangolins, les porcs-épics, les phacochères, oui, bien sûr, l’équipe de Sedan s’appelle bien les sangliers non ? Les gnous, les zèbres, les bonobos, vous savez ces singes qui règlent tout par un coït par-ci un coït par-là.

Bon là, il faut le reconnaître, ils seraient la risée de la terre entière en s’appelant les onze grands bonobos du Bénin. Même la ricaneuse, le grand éboueur de la savane, la hyène, ils ont snobé.

Pour rappel, à part les Pharaons d’Egypte et les « Etoiles Noires » Black Stars du Ghana, les grandes nations du football en Afrique prennent toutes leur nom dans le bestiaire de la savane : les lions indomptables du Cameroun, les léopards du Congo, le Syli (éléphant) de Guinée, les éléphants de la Côte d’Ivoire, les lions de la Teranga au Sénégal, les Etalons du Burkina Faso, les aigles du Mali, les Green Eagles (Aigles verts) du Nigeria, les Fennecs (Renards des sables) d’Algérie, les lions de l’Atlas pour le Maroc, etc…

Héy, le Bénin, faites vite, hein, l’animal fait l’équipe.
Bisous là bas 😘

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La légende du boubou pare-balles http://wonk.mondoblog.org/2018/03/28/legende-boubou-pare-balles-guinee-afrique/ http://wonk.mondoblog.org/2018/03/28/legende-boubou-pare-balles-guinee-afrique/#respond Wed, 28 Mar 2018 10:47:34 +0000 http://wonk.mondoblog.org/?p=811 C’est l’histoire d'un mec qui croyait à la légende du petit boubou pare-balles en tissus bogolan de la Guinée forestière.

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C’est l’histoire de quelqu’un que je connais très bien, mais vraiment très bien et qui croyait à la légende du petit boubou pare-balles en tissus bogolan de la Guinée forestière. Tout le monde parle de boubou pare-balles à l’africaine, mais personne n’a reçu à prouver leur efficacité, en tout cas pas la victoire des troupes coloniales sur les grands résistants d’antan.

Mais c’était sans compter le verbe enjôleur d’un commercial rompu au service d’un sombre sorcier officiant dans un village éloigné sous la canopée infranchissable au flanc du mont Nimba qui vint convaincre le type que je connais.

Réserve naturelle intégrale du Mont Nimba. ( Source : UNESCO partenariat GLAM-Wiki )

Après deux jours de marche et d’escalade de falaises escarpées chargé comme une mule d’un sac de riz de 50 kilos, d’une mesure de deux grosses calebasses de colas, d’un bidon de vingt litres de vin de palme et des espèces sonnantes et trébuchantes à hauteur de 900000 FCFA (1372€), il se rendit, totalement persuadé, auprès du charlatan pour acquérir le super pouvoir d’invincibilité à l’épreuve des Kalachnikovs des rebelles de Charles Taylor qui crépitaient à l’époque dans la région. Ambitionnait-il de rejoindre une faction rebelle de l’autre côté de la frontière ? Je ne sais pas.

Arrivé dans la petite bourgade, il fut incroyablement bien accueilli par le chaman, ce qui finit définitivement de le rassurer.

Le lendemain, au premier chant du coq, le sorcier, accompagné de deux assistants, un portant un fusil artisanal calibre 12 et l’autre le nécessaire pour le cérémonial, l’amena en dehors de son campement au bord d’un marigot, un lieu étrange parsemé d’une multitude de termitières naines. Il le mit à poil, le fit laver avec plusieurs décoctions de sa pharmacopée, des racines d’arbres aux essences hallucinogènes, le badigeonna de mélange de cendres et de latérites qui lui donnèrent l’air d’un puisatier. Tout cela sous le rythme d’incantations et de chants polyphoniques. Le bougre planait déjà, s’imaginant invincible à toutes sortes d’armes et en train d’affronter l’humanité pour un objectif que lui seul gardait en secret.

Arriva le moment où le sorcier l’installa à 5 mètres de lui à genoux sur un mortier entre deux termitières, lui fit porter le petit boubou convoité par toute l’Afrique, mais dont aucun Africain n’a encore réussi à prouver la résistance aux balles et l’ajusta avec le fusil préparé pour le grand test.

Mon oncle (oui, je vous avais dit au départ que je le connaissais très bien, non ?) tout heureux d’être dans le petit boubou bogolan de toutes les convoitises, insouciant comme un lionceau entouré de sa meute, un sourire grand qui lui fendait le visage d’une oreille à l’autre, s’offrit les bras ouverts à son bourreau qui l’avait à bout portant. Le sorcier ne pouvait le rater d’aucune façon et, après avoir psalmodié une dernière incantation très bruyante, il fit feu, boooooooooooummmm !

Plusieurs bruits retentirent simultanément dans la jungle après le coup de feu, le cri très caractéristique des chimpanzés effrayés, celui des oiseaux effarouchés et un dernier très étrange d’un mec râlant de douleur et se vidant à terre de tout le sang de son corps.
Le sorcier ne l’avait pas raté, la balle du calibre 12 lui avait arraché une bonne partie des cotes à travers un gros trou dans le pseudo anti-balle censé le rendre invulnérable. Mon oncle a agonisé deux heures avant de passer de vie à trépas. Paix à son âme.

(Histoire réelle)

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8 mars : Ces droits des femmes qui s’acquièrent sur le dos d’autres http://wonk.mondoblog.org/2018/03/09/8-mars-droits-femmes/ http://wonk.mondoblog.org/2018/03/09/8-mars-droits-femmes/#respond Fri, 09 Mar 2018 11:26:12 +0000 http://wonk.mondoblog.org/?p=803 Au cours de la journée internationale des droits des femmes, le 8 mars, j’ai fouillé en vain et je n’ai trouvé aucune trace de la moindre indignation sur la traite au Mali, au Sénégal, en Mauritanie, en Côte d’Ivoire etc… des petites bonnes appelées aides ménagères contre un salaire de misère dans ces pays. Rien, même […]

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Au cours de la journée internationale des droits des femmes, le 8 mars, j’ai fouillé en vain et je n’ai trouvé aucune trace de la moindre indignation sur la traite au Mali, au Sénégal, en Mauritanie, en Côte d’Ivoire etc… des petites bonnes appelées aides ménagères contre un salaire de misère dans ces pays. Rien, même auprès des grandes militantes des droits des femmes. 7.500 CFA (11€) par mois pour les mieux payées de ces servantes pour des journées interminables de servitude, de brimades et d’humiliations. Un salaire que beaucoup d’entre elles auront d’ailleurs du mal à se faire payer en fin de contrat. Une injustice sur une autre.

Une connivence regrettable :
Ce sont des milliers de petites mains d’origine rurale, des esclaves entre 7 ans et 18 ans, qui sont ainsi exploitées dans un mépris total de leur droit au vu et au su de tout le monde.

Celles qu’on appelle les « 52 » au Mali, parce qu’elles travaillent 52 semaines par an, sans jamais de vacances font partie du paysage quotidien, débout avant le muezzin et ne retrouve le sommeil le soir dans le cagibi qu’après toute la famille.

Et dire que la plupart des grandes militantes qui se sont affichées hier pour la journée internationale des droits des femmes ont chacune, sans exception, une de ces petites esclaves chez elles. C’est toute l’Afrique Subsaharienne qui est concernée par ce fléau. Culturel diront certains. Non, la traite d’être humain n’est pas une culture, c’est une monstruosité à combattre sous toutes ses formes ! Vous êtes des gens sans cœur sur la question des petites servantes. Des décennies que cela dure. « Des gens sans cœur », je le redis, car il n’y a pas une famille en milieu urbain qui n’en exploite pas contre des miettes en échange de tâches quotidiennes inhumaines.

Le plus aberrant est que les expatriés dans ces pays au compte d’ONG prônant les droit de l’homme, la santé pour tous, la démocratie et la bonne gouvernance font également appel à cette main d’œuvre devenue la norme.

Une justification tirée par les cheveux :
L’excuse que vous brandissez toujours et qui serait que vous rendez à ces jeunes filles un service en les sortant de leur misère rurale est une esquive méprisable. C’est à l’image de ce que l’on reproche à ces droits de certaines femmes qui s’acquièrent sur le dos d’autres…


Après vous êtes les premières (vous, les grandes militantes du Mali, du Sénégal, de la Côte d’Ivoire, du Niger, de la Mauritanie, de la Guinée, du Burkina Faso etc… ) à brandir les « droits de l’homme » ou la « démocratie » partout où vous le sentez utile pour en tirer les lauriers.

Commencez par retirer à ces filles leur balai quotidien et utilisez-les vous-mêmes pour nettoyer devant chez vous avant de venir faire la danse du ventre parées dans des uniformes de pagne wax devant les Institutions internationales à la recherche de subventions.

Déjà, faire travailler une fillette (un enfant) est un crime. A l’inverse, vous ne voudriez jamais qu’on fasse cela à vos propres enfants. Jouer aux bourgeoises sur la misère de pauvres gamines qui auraient dû être scolarisée n’est autre qu’un manque cruel d’humanité.

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Mali : quand le machisme ambiant enfante la culture du viol http://wonk.mondoblog.org/2018/02/09/viol-mali-societe-machisme-culture/ http://wonk.mondoblog.org/2018/02/09/viol-mali-societe-machisme-culture/#comments Fri, 09 Feb 2018 11:44:04 +0000 http://wonk.mondoblog.org/?p=787 Dire aujourd'hui qu'il n'y a pas pays plus sexiste que le Mali est loin d'être un leurre, et encore moins une offense à un peuple qui en a fait une culture.

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Dire aujourd’hui qu’il n’y a pas pire pays sexiste que le Mali est loin d’être un leurre et, encore moins, une offense à un peuple qui en a fait une culture. Ne cherchez plus la société patriarcale par excellence, vous y êtes. Dans ce pays, le quotidien des femmes dans tous les domaines d’activité l’illustre à plus d’un titre. Discrimination, inégalité salariale, exploitation, mariage forcé et/ou précoce, harcèlement et viol sont quelques uns de maux dans leur routine.


Tout le monde s’émeut hypocritement aujourd’hui sur les réseaux sociaux d’un viol des plus dégradants qu’une femme puisse subir, mais ce qu’on ne vous dit pas, c’est le résultat d’une tradition qui impose aux femmes maliennes de subir tous les maux de la société. Cette pression est tellement forte que vous verrez ces mêmes femmes qui seront les premières à venir réagir violemment à ce post. 
La société malienne a formaté ses femmes à la résignation la plus totale.

Les trois singes de la sagesse illustrant la résignation de femmes du Mali. Crédit photo : Pixabay CC0

 

 

 

Subir fièrement au point d’être celle qui ira elle-même chercher une 2ème, 3e ou 4e épouse pour son époux polygame. Et gare à celles qui s’émancipent de ce diktat, elles sont immédiatement taxées d’être à la solde d’un Occident enquiquineur qui vient foutre en l’air des traditions séculaires, un phallocentrisme inoculé depuis le berceau, consolidé dans le cadre familial et plébiscité par l’enseignement et la rue.

La culture de l’impunité

« La petite ménagère », une des premières récitations dans les écoles du Mali

Tant que le balai restera le premier outil que les parents maliens seront fiers de voir leur fillette de 3 ans manier à la perfection, tant que des séminaires sur « Comment devenir une bonne épouse pour son mari » continueront à être organisés pendant que les hommes maliens continuent impunément et au vu et au su de la société leur championnat d’adultère, tant que les couloirs des lieux de pouvoirs serviront de lieu de débauches où les prédateurs abuseront de leur pouvoir sur des femmes impuissantes, tant que tous les autres viols revendiqués gaillardement dans les grins de délinquants (ces lieux de regroupement de fainéants affalés sur une chaise de maille se partageant un mégot de cigarette à 10) à ce jour connus ne sont pas punis, tant que des violeurs, enfants de hauts cadres de l’administration ou enfants de parlementaires qui les soustraient à la justice ne répondent pas de leur forfaiture, tant que les femmes elles-mêmes ne se décident pas, pas par mimétisme du #metoo qui secoue mondialement la hiérarchie machiste, tant que cette société malienne continuera à toujours nier à ses femmes un statut d’être humain à respecter, des viols, le Mali continuera à les compter.

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Des militaires guinéens envoûtés par Femi Kuti : le film http://wonk.mondoblog.org/2017/11/16/militaires-guinee-femi-kuti/ http://wonk.mondoblog.org/2017/11/16/militaires-guinee-femi-kuti/#respond Thu, 16 Nov 2017 09:49:59 +0000 http://wonk.mondoblog.org/?p=780 [View the story « Des militaires guinéens envoûtés par Femi Kuti : le film » on Storify]

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L’Afrique vous maudit, Schwarzenegger, Chuck Norris, Stallone et cie http://wonk.mondoblog.org/2017/08/21/afrique-militaire-armee-soldat-guerre-stalonne/ http://wonk.mondoblog.org/2017/08/21/afrique-militaire-armee-soldat-guerre-stalonne/#comments Mon, 21 Aug 2017 11:13:08 +0000 http://wonk.mondoblog.org/?p=772 Le quotidien de la population africaine rime avec des faits divers que seuls Sylvester Stallone, Arnold Schwarzenegger, Chuck Norris ont inspiré à des bidasses en carence de cervelle. Merci Hollywood ?

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Schwarzenegger, Chuck Norris et Stallone, héros de film de guerre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans les années 80, ou années Reagan, les Etats-Unis avaient trouvé au cinéma le terrain de leur revanche sur la guerre du Vietnam. Bien que la postérité ait retenu la déroute d’une super armée contre de modestes soldats vietnamiens qui ont su tirer profit de leur connaissance de la jungle, il fallait trouver un moyen d’édulcorer cette défaite monumentale face à mille fois plus faible qu’eux. Qui plus que la magie d’Hollywood pouvait flatter l’orgueil d’une Amérique en manque d’exploit héroïque ? C’est ainsi que Rambo, Commando et le commandant McCoy furent rappelés à la rescousse pour offrir aux yankees les héros militaires qu’ils n’ont pas pu se faire face aux Vietcong. Quel est le rapport avec l’Afrique, direz-vous ?

C’était à l’heure des magnétoscopes et des cassettes VHS, pour ceux qui avaient les moyens de s’en procurer, où passaient en boucle les exploits de ces héros super armés, seuls contre tous et pouvant faire de tous les objets usuels à leur portée une arme de destruction massive. Beaucoup d’adolescents se faisaient la malle des salles de classe et partaient pendant leur école buissonnière suivre ses exploits de guerre dans des vidéos clubs de l’époque. Résultat, un autre phénomène est venu s’ajouter aux multiples causes des décrochages scolaires. Sortis prématurément de l’école et livrés à eux avec pour seule qualification la délinquance juvénile, c’est l’armée qui devenait pour ces jeunes le point de chute rêvé. La grande muette en est ainsi devenue le dépotoir de tous les grands malfrats que les pays africains pouvaient compter.

Quelques années plus tard, ces recrues ont pris du vent en poupe avec le nombre de putschs dans lesquels elles ont souvent été sollicitées. Se pensant désormais invincibles, ce sont ces Rambo d’opérette que l’on retrouve dans des situations bien cocasses, ne ratant aucune occasion pour se prendre à leur tour pour ces héros de film de guerre face à des civils désarmés sur lesquels ils tirent sans frémir. Et ils se racontent dans des faits divers les plus invraisemblables comme ci-après :

Dans un maquis bondé de clients venus noyer leurs soucis quotidiens dans des rasades de bière frelatée, un soldat à demi enivré dégoupille discrètement une grenade dans la pénombre et la roule sous une table à pied bot. Bilan après la déflagration : les testicules arrachés d’un artiste local, des morts et des blessés graves.

Dans un magbana, un minibus dont l’intérieur a été réaménagé avec le triple du nombre de places de sa norme d’usine, un jeune soldat somnole agrippé au canon d’une kalachnikov. Coincé entre une mareyeuse et un docker, il se dandine à chaque coup d’accélérateur du chauffeur et manque de se renverser sur son arme aux virages brutalement pris par ce transport en commun. Brutalement stoppé par un policier de la routière, le chauffeur donne à sa voiture un nerveux coup de frein qui renverse les passagers les uns sur les autres. Dans ce tumulte, le fusil mitraillette du soldat s’emballe. Après les crépitements de la rafale qui s’en suivent plus tard, le bilan est lourd : des morts et des blessés graves.

Des lycéens à l’approche du bac ont du mal à réviser leurs cours les soirs, car les délestages se font intempestifs. Ils ne voient qu’un seul responsable à cette situation : l’Etat vers lequel ils décident d’aller revendiquer de l’électricité pour pouvoir étudier. Ils improvisent une marche pacifique sur une artère qui mène au quartier d’affaires. Sur leur parcours deux jeunes gendarmes les intiment de rebrousser chemin. En réponse, les bidasses reçoivent quelques huées de désapprobation des jeunes qui ne font qu’à leur tête et avancent vers la ville. Soudain, sans sommation, des tirs de mitraillettes à l’horizontale les stoppent dans leur élan. Bilan : des morts et des blessés graves.

Toute ressemblance entre ces exemples et des faits ayant existé serait de loin la faute à pas de chance. Le quotidien de la population africaine rime avec ces types de faits divers que seuls Sylvester Stallone, Arnold Schwarzenegger, Chuck Norris et compagnie ont inspiré à ces bidasses en carence de cervelle.
Que ces héros d’Hollywood soient maudits.

@SoloNiare

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Polygamie, le mariage de trop http://wonk.mondoblog.org/2017/05/18/polygamie-mariage/ http://wonk.mondoblog.org/2017/05/18/polygamie-mariage/#respond Thu, 18 May 2017 15:37:23 +0000 http://wonk.mondoblog.org/?p=756 Alboury Ndiaye n’allait pas aussi facilement s’en tirer comme toutes les fois où, en vacances à Kaolack dans sa bourgade natale, il s’offre une nouvelle femme quand ça le prend et comme il veut. Immigré en France depuis quatre décennies, ce seul statut faisait de ce sexagénaire un nanti loin de tout souci matériel. Alboury savait […]

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Alboury Ndiaye n’allait pas aussi facilement s’en tirer comme toutes les fois où, en vacances à Kaolack dans sa bourgade natale, il s’offre une nouvelle femme quand ça le prend et comme il veut. Immigré en France depuis quatre décennies, ce seul statut faisait de ce sexagénaire un nanti loin de tout souci matériel. Alboury savait en jouir et ne vivait que pour entretenir cette illusion. Tout lui semblait permis, du moins, c’est l’unique impression qu’on pouvait garder de lui. La polygamie semblait être pour lui un droit divin.

Immigrés en attente pour des démarches administratives. Sous-préfecture Antony. Crédit photo : Solo Niaré

Mariages en cascade
A ce petit jeu, 5 femmes au compteur, dont 3 en France et les deux dernières à Kaolack, semblaient ne plus le suffire. Ces grands enfants, spectateurs impuissants des faits d’armes du serial polygame qu’était leur papa, vivaient avec la hantise, à chacun de ses voyages, de le voir convoler à une nouvelle noce. Leurs différentes primes de rentrée scolaire ayant couvert tous les aspects de ces unions répétées, qui n’étaient pas sans coût, leur avait laissé un goût très amer. Quant à ces anciennes femmes, elles étaient tenues par le respect d’une tradition qui n’avait de cesse de faire la part belle à ses époux lancés dans une espèce de championnat du harem le plus fourni.

Comme à l’accoutumée, il venait encore de les informer d’un nouveau mariage qu’il avait fraîchement scellé à Kaolack, avec une jeune dame du même âge que Ndeye, sa première fille, médecin à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Les mœurs, très légères de cette nouvelle épouse selon les informations reçues du village, vont alors pousser Ndeye, excédée par cette situation récurrente et ses lourdes répercussions sur le peu de confort qui leur restait, à réunir les trois épouses parisiennes et ses autres frères pour une réponse à cet écart de trop de leur papa.

Dissuasion d’un polygame
Comment aborder ce sujet avec des mamans, qui n’ont connues que ce système patriarcal, moulées depuis leur tendre enfance pour intégrer un foyer « multigame » comme épouse consentante et participante dans la résignation la plus totale, sans donner l’impression de s’opposer à une tradition ancestrale et paraître irrespectueuse envers son papa ? Toute la subtilité se trouvait là pour Ndeye. Ses connaissances dans le domaine sanitaire aidant, elle s’appuie alors sur la réputation volage de la nouvelle mariée comme sujet principale de sa petite exposée devant sa famille.

Rien de mieux que les ravages des maladies sexuellement transmissibles dans les familles polygames, illustrés par des années de statistiques terribles qu’elle a pu glaner avant la rencontre. Ndeye, avec gravité, leur fera comprendre une possible contamination de Alboury par sa nouvelle jeune femme et qu’à son retour, dans ce cas de figure, il pourrait à son tour la leur refiler. Une réaction à la chaîne qui finira alors par décimer toute leur famille. À ce moment, il était bien évident que les mamans ne vivaient pas que de Thiep et de Bissap seulement, le plaisir de la chair ne connaissant pas de retraite, vu que pour l’instant elles avaient des restes. Elle se réserva de parler directement d’activités sexuelles, mais trouva les mots pour qu’elles comprennent.

Le polygame face à son œuvre
Dès la première nuit de son arrivée du Sénégal, Alboury, fut très surpris de constater que le rituel n’était plus le même. Dans la pénombre de la chambre, Djebou, l’épouse qui le recevait ne l’avait pas rejoint, parée, comme d’habitude, du petit pagne moulant qui lui dépasse à peine la moitié de la cuisse, elle n’avait pas non plus autour de la taille ses colliers de perles qui mettent en valeur ses courbes tant désirées et, aussi surprenant que cela puisse paraître, l’habituel encens n’avait pas été préalablement brûlé pour inonder l’ambiance de son effluve érotique. En revanche, c’est dans un déroutant jogging Adidas, à la corde solidement nouée à sa ceinture, qu’elle se trouva une place à l’autre bout du grand lit qu’ils partageaient, tout en ayant pris soin de lui tourner le dos.

À tous ses soupirs et ses raclements répétés de gorge, habituels signaux du degré de son désir d’amour, Djebou resta de marbre, le dos toujours tourné depuis le début la soirée. Il se décida finalement de lui demander directement si elle ne voyait pas qu’il avait envie d’elle. La réponse, préparée avec minutie et dictée au préalable par sa médecin de fille à toutes ses épouses, ce qu’il ne savait pas, était claire : « Tu n’auras rien tant que tu ne n’effectueras pas une batterie d’analyses médicales : Hépatite A, B et C, MST VIH et tuberculose».

Ses yeux s’exorbitèrent dans le noir. Il cria à l’outrage et lui signifia de la congédier avant de se raviser aussitôt. Tout avait été prévu dans les détails prêts. Dans un calme olympien, Djebou lui fit savoir qu’elle ne s’opposerait nullement à cette décision, mais que c’est à lui Alboury de prendre ses bagages et de trouver un autre logement. C’était dit dans des termes clairs et tellement précis qu’il comprit que ce n’était pas des paroles en l’air et se tint à carreau.

Ce fut une des nuits les plus longues de sa vie. Ses yeux rivés au plafond, il médita longtemps sur cette soirée jusqu’au petit matin et, écœuré par ce qu’il considérait comme un affront, il sortit de la maison plus tôt que prévu pour rejoindre dans un autre arrondissement parisien, Bathio, sa deuxième femme, sans pourtant avoir fini ses deux jours coutumiers chez Djebou. Là aussi, il n’échappa pas au même traitement, ni chez Mandinka, sa troisième femme.

Le soutien de la communauté
Durant 6 semaines, Alboury usa de tous les moyens de pression dont il disposait, en vain. Djebou, Bathio et Mandika lui opposèrent une détermination sans égale avec les mêmes arguments de résistance. Alboury ne s’avouait tout de même pas vaincu et mis sur la table la dernière cartouche qui lui restait : le recours au bureau des notables parisiens de la communauté des ressortissants de sa bourgade, dont il était un membre respectable. Connaissant le désamour que toute cette assemblée portait aux assistantes sociales, il chargea ses trois épouses de s’être laissées corrompre par l’équipe sociale de sa mairie.

Convoquées devant les assises présidées par les représentants les plus conservateurs des traditions de Kaolack, les trois épouses devraient répondre d’un curieux chef d’accusation de manque de respect à l’égard de leur mari. Venue chacune accompagnée pour la circonstance de tous leurs enfants, 4 pour la première, 3 pour la deuxième et 2 pour la troisième, toute la smala d’Alboury lui fit face. Répondant au nom de ses coépouses, Djebou souhaita auprès de l’auditoire que leur mari dise publiquement en quoi ses épouses lui avaient-elles manqué de respect afin qu’ils puissent de trouver une solution tous ensemble.

Alboury ne put placer aucun mot, certes par pudeur, mais probablement de honte et, pris à son propre piège, il assista impuissant à la levée de la séance pour défaut d’explications détaillées de l’accusation.

Plus aucun recours ne lui était possible ou, du moins, le seul lui restant était finalement de se plier à l’unique exigence de ses épouses : les analyses médicales. Croyant alors solliciter confidentiellement sa fille médecin, s’il savait, il lui demanda de l’accompagner discrètement se soumettre aux tests indiqués. Ce qui fut fait sans tarder et, sacré coup de bol pour le serial polygame, il était passé par les mailles des filets des MST. Un ‘ouf’ de soulagement pour la famille qui retrouva alors toute sa sérénité et sa routine d’avant.

Il est évident que même en changeant les noms des personnes citées dans cette histoire, qui est réelle pour préserver leur anonymat, beaucoup d’entre vous reconnaîtront un papa, un oncle, un cousin ou un voisin, au pire, la polygamie dans ses tristes travers.

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Exciseuses : bourreaux et inévitables alliées http://wonk.mondoblog.org/2017/05/06/exciseuses-bourreaux-excision/ http://wonk.mondoblog.org/2017/05/06/exciseuses-bourreaux-excision/#comments Fri, 05 May 2017 23:23:53 +0000 http://wonk.mondoblog.org/?p=738 Maillon non négligeable dans la lutte contre les mutilations génitales féminines (MGF), les exciseuses passent pour les parents pauvres d’un mécanisme qui a tout intérêt à faire corps avec elles. Prendre en compte ces femmes (principales exécutantes des mutilations), que certaines traditions élèvent au statut de préceptrices, est important si l’on veut lutter efficacement contre […]

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Maillon non négligeable dans la lutte contre les mutilations génitales féminines (MGF), les exciseuses passent pour les parents pauvres d’un mécanisme qui a tout intérêt à faire corps avec elles. Prendre en compte ces femmes (principales exécutantes des mutilations), que certaines traditions élèvent au statut de préceptrices, est important si l’on veut lutter efficacement contre le phénomène de l’excision. Bien qu’elles apparaissent comme les bourreaux de la situation, il faut comprendre le poids de la pression sociale qui les pousse à perpétrer cette tragédie dont elles dépendent économiquement, car c’est leur unique source de revenu. Dans les régions qui enregistrent les meilleurs résultats pour la lutte contre les MGF, l’impact de l’adhésion des femmes dans ce combat est si considérable qu’il est utile de le noter.

Dépôt de couteaux : acte symbolique ou imposture ?

L’effet médiatique d’une cérémonie d’abandon de couteaux d’excision est fort et sans équivoque. Il confère aux ONG un maximum de sympathie et prouve que leur lutte sur le terrain n’est pas vaine, la communication qui est faite sur le sujet fonctionne également bien.

Les subventions sont un point essentiel dans le processus de lutte contre l’excision, sans cela on pourrait craindre que les exciseuses n’abandonnent pas leur pratique rémunératrice. En général, l’afflux de subventions qui suit une cérémonie d’abandon des couteaux est considérable. Derrière toute cette belle mise en scène se jouent donc deux avenirs qui sont liés, celui du combat contre une atrocité faite aux femmes et celui d’une communauté de vieilles dames qui attend tout de la promesse de réinsertion qui leur a été faite en contrepartie de l’abandon de leur seul et unique métier.

Couteau d'excision des exciseuses

Couteau d’excision des exciseuses – excision – MGF (crédit photo : Solo Niaré)

Le chemin a été long pour arriver à un compromis avec ces femmes exciseuses. Considérées comme des prêtresses dans leur communauté, l’importance de leur rôle social est considérable, elles ont une place à part, privilégiée, au-dessus de tout le monde. On leur attribue des pouvoirs particuliers, elles apparaissent comme détentrices de pouvoirs de guérisseuses.

A Bossou, en zone forestière de Guinée, une sage-femme, Marie Claire Doré  a eu l’idée de montrer des exemples de l’impact négatif des mutilations génitales féminines sur la santé des femmes afin de les dissuader de telles pratiques. Elle a démontré la relation de cause à effet avec les pathologies diagnostiquées sur les femmes à qui elle s’adressait, qui souffraient de complications sévères lors de leur accouchement (par exemple des fistules dues aux cicatrices vicieuses, liées à l’excision).

Grâce au concours de l’ONG qu’elle a monté à cette occasion en 1996 (l’ONG « Union des volontaires pour le développement intégré de Zantompiézo » ou UVODIZ), une conversion dans diverses activités porteuses de revenus a été mise en place pour les femmes exciseuses. Elles sont alors passées de l’excision à la confection de sac en raphia, à la pisciculture, à la riziculture et à l’élevage dans des fermes montées spécialement pour leur réinsertion. Une belle histoire qui avait fait les beaux titres dans la presse à l’époque.

Détournement de subventions

Un programme de réinsertion professionnelle demande forcément un accompagnement et, dans le meilleur des cas, un soutien financier, le nerf de la guerre. L’unique subvention sur laquelle reposait ce beau programme a malheureusement été touché par les démons du détournement financier. En réalité, l’intermédiaire entre l’ONG et son bailleur principal -une fondation caritative suédoise dont venait tout leur appui – était un escroc : il a financé ses vacances (billets d’avions compris) pour lui et sa famille pendant six ans, compromettant tous les espoirs d’une lutte qui faisait la fierté de tous les acteurs du domaine.

Bossou, qui se réjouissait de ces avancées depuis plus d’une décennie (son action avait en effet réussi venu à bousculer la vision de la lutte contre les mutilations génitales féminines), vit présentement sous la menace d’une reprise clandestine de ces activités tragiques pour les femmes. Délaissées et sans revenus, il ressort de confidences recueillies auprès de quelques-unes des ex-exciseuses qu’elles pourraient rentrer en dissidence en reprenant leurs activités passées. Vu leur fonction sociale initiale, elles n’auraient aucun mal à créer « sous le manteau » une nouvelle zone ouverte aux mutilations génitales féminines.

La clé de la réinsertion professionnelle

Il faut bien comprendre que ces femmes ne peuvent relever le défi d’une nouvelle vie qu’à travers un réel projet de réinsertion. N’ayant appris qu’une seule chose durant toute leur vie, la pratique de l’excision, et ne sachant faire que cela, il leur faudra un maximum de bonne volonté et beaucoup de motivation pour faire face à deux difficultés : admettre la fin de leur période de gloire et accepter de se former à un métier différent et plus ordinaire.

Seule la réussite de la mise en place d’activités rémunératrices permet d’éviter le retour d’une pratique qui deviendrait plus clandestine encore, ce qui serait déplorable. Un échec serait un coup terrible porté à plusieurs années d’efforts. Il faut donc garantir un partenariat avec les ex-exciseuses afin qu’elles puissent se reconvertir. Ceci n’est en aucune manière une façon de les choyer, ni de céder à un quelconque chantage auquel on pourrait croire si on a une vision pessimiste de la lutte contre l’excision.

Si l’on veut être utile il est urgent de faire des exciseuses des alliées. Il faut trouver une solution qui leur convienne et ne les exclue pas, ainsi, peut-être arriverons-nous à faire disparaître les mutilations génitales féminines pour toujours.

Solo Niaré

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Afrique : la fraude électorale pour les nuls http://wonk.mondoblog.org/2016/09/09/afrique-fraude-elections/ http://wonk.mondoblog.org/2016/09/09/afrique-fraude-elections/#comments Fri, 09 Sep 2016 15:05:00 +0000 http://wonk.mondoblog.org/?p=708 Il ne serait pas excessif de dire que sur le continent africain, les élections se suivent et, comme chez les potentats « mathusalémiques » de républiques bananières, se suivent et se ressemblent. Gagner, les doigts dans le nez, ces votes qui ne portent d’ailleurs que le nom, n’est qu’un jeu d’enfant pour le principal organisateur du scrutin. « On […]

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Il ne serait pas excessif de dire que sur le continent africain, les élections se suivent et, comme chez les potentats « mathusalémiques » de républiques bananières, se suivent et se ressemblent. Gagner, les doigts dans le nez, ces votes qui ne portent d’ailleurs que le nom, n’est qu’un jeu d’enfant pour le principal organisateur du scrutin. « On n’organise pas les élections pour les perdre », disait Bongo père. Candidat sortant, sa position de juge et partie lui confère une longueur d’avance inestimable sur tous ses adversaires, en général d’anciens ministres tombés en disgrâce, moyennant quelques subterfuges ci-après.

1 – Le corps électoral
La fraude ne se déroule pas uniquement dans les bureaux de vote, qui ne sont que la partie émergée de l’iceberg. La logistique de la triche s’organise en profondeur et en plusieurs étapes, depuis le 1er jour du mandat précédent. Pour gagner cette bataille des chiffres, il faut se créer, en plus de la masse électorale existante, une bonne réserve de voix, quitte à ressusciter les morts, anticiper la majorité des mineurs, trouver des doublons à toute la population de son fief pour gonfler à bloc le corps électoral. En général, l’alibi d’assainissement du fichier électoral à travers un nouveau recensement suffit pour que tous les acteurs concernés donnent un blanc-seing à cette étape, en apparence anodine et pleine de bonne foi, mais cruciale pour la suite.

2 – Découpage électoral
La réussite de cette étape tient à un préalable et à une subtilité éminemment politique : pousser régulièrement les partis de l’opposition sur les pavés entre manifestations et journées mortes. Ainsi distraits, ils perdent de vue ce socle réel de la fraude électorale : la création d’un maximum de bureaux de votes dans le fief électoral du candidat sortant et les cimetières des bastions du camp adverses où personne ne pensera à mettre le nez.

3 – Amollissement scientifique de l’opposition politique
Il découle de la création d’un tout nouveau poste officiel de « Chef de file de l’opposition ». Atténuer le venin du plus virulent des adversaires tout en l’opposant aux autres leaders politiques de son camp, voilà l’objet de la création de ce nouveau perchoir pour opposant politique. Taillé de toute pièce, il confère une reconnaissance officielle avec rang protocolaire au sommet de l’Etat, un budget de fonctionnement conséquent, de quoi flatter l’égo démesuré de tout assoiffé de pouvoir et de ses paillettes.

4 – Le choix de l’opérateur
Waymarck, le choix de l’opérateur le plus contesté sur tous les champs électoraux s’explique enfin : derrière sa mission de révisions des listes électorales se cache une manœuvre favorisant le camp du maître absolu du scrutin, à l’origine de son enrôlement.

5 – La commission électorale indépendante
La meilleure des trouvailles des outils électoraux depuis l’encre indélébile. Gage de transparence, car composée de représentants de tous les acteurs du processus électoral (partis politiques et organisations de la société civile), cette trouvaille affiche toujours à sa tête un proche du candidat sortant. C’est à cette commission que revient toute la coordination et l’annonce des résultats provisoires indiquant, évidemment, la victoire stalinienne du despote.

6 – Procès verbaux
Cette étape explique les délais curieusement longs entre le jour du scrutin et la publication des premiers résultats, car tous les PV, imprimés discrètement en double, sont remplis avec les chiffres correspondants au résultat et cachetés par une équipe de seconde main, une centaine, dans l’arrière cour du bureau de centralisation. La norme n’est plus de « partir des PV vers le résultat », mais plutôt d’ « adapter les PV au score stalinien » du candidat sortant.

7 – Observateurs étrangers : les dindons de la farce
Dans un parcours minutieusement balisé, tel un safari ou un trajet pour touriste en Corée du Nord, il est fait en sorte que tout ce qui sera présenté aux observateurs étrangers soit rose, nickel chrome. Ce minuscule échantillon, préparé à cet effet, a la charge de présenter bonne figure dans le moindre des détails devant ces touristes d’un autre genre. Si la présence des observateurs étrangers pesait réellement sur la balance, il serait totalement incongru que la plupart des élections sur le continent connaissent toujours la même vague de contestations.

8 – Le huit clos : bisso na bisso
A l’injonction de mettre sur écoute les lignes téléphoniques de tous les opposants politiques, Orange, MTN, BBcom, Gio, Moov, Airtel, Celtel, Nexttel, Warid, Azur, Libertis, Malitel, Vodacom, Tigo, etc… se hâtent de s’exécuter pour collecter quelques échanges accablants qui serviront plus tard au candidat sortant dans son volet victimisation (à retrouver au point 11). S’en suivra la déconnexion totale d’internet sur toute l’étendue du territoire le jour du scrutin. La promesse de transparence que les réseaux sociaux croyaient apporter au scrutin ne sera plus tenue. Circulez !

A cela s’ajoute la fermeture de toutes les frontières terrestres et aériennes le jour du scrutin et des autres jours de troubles électoraux à venir. Ce n’est pas en réalité un conclave entre soi comme cette disposition un peu insolite le laisse croire, car le maître d’œuvre prend toujours le soin de soustraire femmes, enfants, domestiques et autres parents réels ou irréels… en les planquant au Maroc le temps de la tempête (ce Royaume chérifien que les despotes du continent regardent avec des yeux pleins de concupiscence : une vraie fascination pour la monarchie qu’ils voudraient à la place de cette foutue démocratie qui leur rend la vie si difficile).

9 – Couverture médiatique
Transformer les médias nationaux et les organes de presses privés en caisse de résonance du candidat sortant. Si la manipulation des premiers paraît très facile et répond à « l’ordre normal des choses », celle des deuxièmes n’en demeure pas plus compliquée pour autant. L’octroi des subventions d’Etats, le sésame des sésames pour soutenir les médias privés, se fait en effet sur des bases très floues. Et c’est dans ce confus transformé en moyen de pression qu’apparaît la cécité et le mutisme des scribouillards.

10 – La grande muette, bête et méchante
Quelqu’un disait que « la plus petite mesure de l’intelligence, c’est le militaire ». Il n’est donc pas difficile de les rallier à n’importe quelle cause tant qu’on leur fait croire qu’ils sont dans leur rôle régalien : attachement à la République, respect des institutions de l’Etat, réaffirmation de l’autorité du chef de l’état, commandant en chef des armées loyalistes.

11 – Escalade verbale et victimisation

Ne jamais se laisser déstabiliser par l’auto proclamation du challenger comme vainqueur tant que les procès verbaux n’ont pas été adaptés aux chiffres qui vous conviennent. Ce sera alors le moment de passer à la saisie rapide de la Cour constitutionnelle pour fraude et, à force de communiqués, impulser l’escalade verbale jusqu’aux premières échauffourées dans les rues pour ainsi justifier l’entrée en scène de la grande muette, bête et méchante.

12 – L’Union africaine
L’inscription de son pays à ce syndicat des autocrates africains est primordiale, un gage de sécurité, puisque c’est d’eux que viendra le soutien le plus audible du continent, car institutionnel. Ne pas oublier que le statut de membre éligible pour cet appui sans faille des affiliés ne tient pas à grand chose : avoir été parmi les premiers durant son mandat à vite envoyer des soldats pour soutenir un de ses pairs en mal de démocratie, répondre présent à toutes les investitures des membres aussi mal élus que toi, toujours recommander le recours à la cour constitutionnelle sur les litiges électoraux dans les pays des autres membres.

Et maintenant, à vos urnes !

Solo Niaré

 

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Excision en Guinée : l’histoire de l’arroseur arrosé http://wonk.mondoblog.org/2016/01/14/excision-emascule-exciseuse/ http://wonk.mondoblog.org/2016/01/14/excision-emascule-exciseuse/#comments Thu, 14 Jan 2016 12:41:19 +0000 http://wonk.mondoblog.org/?p=689 Le vieux patriarche El Hadji Boukari est connu pour ses positions tranchées en faveur de l’excision. Personne ne pouvait imaginer qu’un jour il serait lui-même confronté à cette abomination.

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Connaissant le vieux patriarche El Hadji Boukari, 71 ans, et ses positions tranchées en faveur de l’excision, personne, dans la bourgade de Bolokodougou, à 490km de Conakry, ne pouvait imaginer qu’un jour, il serait lui-même confronté aux abominations des mutilations génitales féminines et à la douleur de celles qui en sont victimes contre leur gré. Cette situation insolite prête, certes, à se gausser jusqu’à se décocher la mâchoire. Mais, au fond, c’est la leçon qui en découle qui paraît la plus incroyable.

Chef coutumier de Bolokodougou, Boukary était marié à cinq femmes, c’est-à-dire plus de femmes que ce que lui autorisait la religion. Sa dernière femme, une jeune fille de 24 ans, mariée huit ans plutôt, avait été la seule à faire un enfant avec lui : un garçon qu’il chérissait plus que tout.

Boukari s’était érigé une réputation d’irréductible contre toutes les campagnes menées en milieu rural contre l’excision. A cet effet, son statut de chef coutumier lui servait à opposer un droit de veto à certaines décisions administratives relatives à la nomination des représentants de la fonction publique dans sa localité. Plusieurs agents de santé ont été mutés vers d’autres régions pour avoir voulu tenter une démarche de sensibilisation contre les méfaits des mutilations génitales féminines, auprès de la population. Boukari, quotidiennement mis au courant de toutes ces tentatives, par un réseau d’informateurs, actionnait alors une procédure de mutation des agents « indélicats ». Face à ce petit seigneur, les ONG et les associations caritatives ne savaient plus à quel saint se vouer pour faire bouger les lignes.

Boukari avait un objectif unique : perpétuer pour l’éternité les festivités précédant la campagne annuelle d’excision. Des jeunes filles de 6 à 15 ans étaient alors regroupées et amenées en forêts, vers une étape qualifiée par lui et les siens d’ « essentielle » pour faire d’elles « de vraies femmes ». Au nom d’une tradition aujourd’hui très obsolète et sur la base d’une interprétation erronée de textes religieux, Boukari et le conseil coutumier défendaient farouchement cette rencontre annuelle. « Le clitoris, c’est « haram » (impur), jamais il ne franchira les portes du paradis. Il faut l’ôter de la femme pour la rendre pure », disaient-ils souvent durant les prêches qu’ils menaient contre les ONG. Certaines fois, ils ne manquaient pas d’ajouter qu’ « une femme sans clitoris est moins enclin à aller voir ailleurs. Mettre fin à l’excision, c’est la porte ouverte à l’infidélité ».

Jeunes filles en tenues rituéliques lors d'une cérémonie d'excision -  Fresque de Papus Bangoura

Jeunes filles en tenues rituéliques lors d’une cérémonie d’excision – Fresque de Papus Bangoura

Une fois le crépuscule amorcé, le jeune garçon du patriarche ayant revêtu d’une robe, lors d’un jeu de travestissement avec ces copains et copines d’âges, il se voit soudainement happé par la main ferme d’une exciseuse, qui l’amène précipitamment avec elle dans une maison à l’orée du village. Ces cris d’appel au secours restent inaudibles, étouffés par l’ambiance générale des festivités de réjouissance. Regroupés avec plein de jeunes filles arrachées également des mains de leurs parents dans des circonstances tout aussi brutales et cruelles, les pleurs de l’enfant ne sont pas prêts de se calmer, face à l’air déjà effrayé de ces compagnons d’infortune.

L’une après l’autre, les jeunes filles terriblement apeurées subissent le canif de l’exciseuse, dans une totale résignation pour certaines, tandis que d’autres, n’ayant aucune alternative, poussent des cris que des vieilles femmes se précipitent d’étouffer en leur collant les mains sur la bouche.

D’un geste rapide et précis, l’exciseuse aiguise frénétiquement la lame coupante après chaque passage sur une pierre granitique. Dans une ambiance de plus en plus sombre avec la nuit qui s’annonce, les bouts de chairs s’envolent jusqu’au tour du garçon du chef de village, qui aura beau crié en vain. Son frêle petit corps oppose peu de résistance quand sa bourelle, aidée de ses acolytes, sans tenir compte du jeune prépuce qu’elle considère comme une anomalie de la nature, le lui arrache sans état d’âme, ajoutant cette horrible ablation à sa longue liste. Le garçon perd connaissance de douleur et, se vidant de tout le sang de son corps, est jeté sur une natte sans ménagement.

L’exciseuse et ses acolytes, toutes joyeuses célébrant leur acte, et surtout la manne financière qu’elles en tirent pour tout le reste de l’année, se réjouissent dans une danse soutenue par des chants initiatiques. Elles déambulent entre les cases dans l’effervescence et croisent une procession dépêchée à la recherche du jeune garçon. Après quelques échanges entre les deux groupes, la méprise ne fait plus aucun doute. La communauté la plus réticente à l’arrêt de l’excision, une mutilation génitale injustifiée sous toutes ses coutures, apprend ainsi à ses dépends qu’elle vient de castrer l’unique héritier du patriarche, le plus fervent soutien de leur tradition archaïque.

A l’annonce de la nouvelle, Boukari, inconsolable, se fend dans un hurlement qui déchire toute la nuit, ces cris portant à plusieurs kilomètres à la ronde. Des jours durant, Bolokodougou ne rythme plus qu’au son des lamentations de son vieux polygame.

Sans aucun doute, la douleur de Boukari rappelle celle de toutes les victimes de l’excision, sauf qu’en dehors du malheur de son pauvre garçon, la sienne est le reflet d’une justice du sort qui voudrait qu’il en tire la leçon qui s’impose : l’arrêt total de son soutien à ces actes barbares.

Solo Niaré

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