Poulailler de l’UMP : les coqs maudits de Sarkozy croisent les ergots.

Un petit voyage dans le temps, c’est ce que cet article propose, précisément en janvier 2012 tout près, dans le brouhaha de l’échéance électorale prévue pour 5 mois plus tard en France. Initialement titré « Avril 2012 : Dans le doute, Sarkozy se dérobe », la crise actuelle au sein de l’UMP donne à cette analyse la hardiesse qui avait fait défaut pour la voir publier à l’époque de sa rédaction.

Sur Twitter, en proposant #ÇaVaCramerEn2012, j’avais, certes, la prétention de me prévaloir d’être à l’origine, plus tard, d’un nouvel hastag qui ferait le buz sur le net. Derrière cette mégalomanie, se révèle, en réalité, l’intention de faire une analyse sur ce que pourrait être un des scénarios du rendez-vous électoral à venir. Une politique fiction ? Oui ! Ça pourrait aussi être le cas.

Une prévision qui se dessine avec tous les contours d’un gros choc qui se prépare, à l’échelle de l’annonce du retrait spontané de la politique de Lionel Jospin. En 2002, ce n’est pas seulement la percée de l’extrême droite, en elle-même, qui a été le vrai événement marquant de cette échéance électorale, mais l’état d’affaiblissement dans lequel le PS s’était retrouvé sans leader légitime pour prendre le relais aussitôt. Les années qui ont suivi seront marquées par une guerre interne entre « dinosaures » du PS, ce qui transforma la gauche politique française en spectateur impuissant et presque résigné devant le règne sans partage de l’UMP.

Nicolas Sarkozy qui avait fait de l’Élysée un réel plan de vie, profite de cette période pour mettre en œuvre son schéma de conquête qui fera de lui, l’actuel président, d’ailleurs, toujours non déclaré candidat à sa propre succession. On y reviendra tout de suite.

Etre président sous-entend une préparation de longue date, de très longue haleine et surtout une succession d’intrigues les plus rocambolesques. Sarkozy ne se privera pas de parricides depuis la mairie de Neuilly jusqu’à la porte de l’Élysée pour arriver à ces fins, les plus illustres de ceux qui trinqueront dans ce jeu : Balladur et Jacques Chirac pour lequel il a failli devenir le gendre idéal.

 » Quand on pense qu’il nous a vu en chemises de nuit !…  » s’était outrée, à l’époque, Bernadette Chirac lorsque Sarkozy avait préféré Edouard Balladur à son époux.

Néanmoins, il revient en puissance dans le gouvernement du corrézien, ex maire de la Ville de Paris, deux fois comme locataire du Ministère de l’intérieur et une fois à Bercy.

Cet épisode va lui permettre de prendre une longueur d’avance considérable sur tous ses amis politiques en se tissant un des réseaux d’influence les plus aboutis et des plus puissants dans le milieu.

Un autre atout non moins négligeable en sa faveur : le fait d’avoir été précédemment désigné comme suppléant logique d’Alain Juppé à la tête de l’UMP suite à la condamnation de ce dernier dans l’affaire des emplois fictifs à la mairie de Paris. Un boulevard s’ouvre ainsi devant Sarkozy avec cet instrument unique face à une gauche qui n’est plus que l’ombre d’elle-même. Les malheurs de Sarkozy prennent leur départ à cette date. Sa montée en flèche ne fait pas que des ravis dans son propre camp. Sa croisade contre toutes ses toiles d’araignées qui figeaient la Droite est publiquement saluée, mais frustre ses outsiders directs qui passent du coup pour des chétifs politiques sans initiatives. Tous les mérites semblent revenir à un seul homme, lui et, par conséquent suscitera un sentiment humain autour de lui :  la jalousie.

De plus, pour l’ex maire de Neuilly, passer de parricide qui lui avait été utile dans sa fulgurante progression au sommet de l’état à fratricide pour réduire ses amis politiques en simples exécutant de sa stratégie de « réformateur » a été chose très aisée.

Il écarte Jean François Copé, sans états d’âme, en l’envoyant s’occuper des échancrures du parti état. Fillon qui semble le plus mou et le plus flexible est gardé dans son giron pour l’avoir à l’œil. Sarkozy, à partir de cet instant, semble avoir pris toutes les dispositions pour s’assurer deux mandats successifs. Les rancœurs sont trop fortes et très prononcées. « Faisons semblant de l’épauler presque à la limite de l’adulation, mais en servant plutôt sa perte » Voici l’impression qui se dégage de la ferveur que toutes ses reformes impopulaires rencontrent dans sa famille politique tant l’apport d’expertise et de contre expertise lui fera défaut. C’est à se demander si l’UMP était réellement parti pour faire deux mandats.

Avec 60% d’opinion défavorable en moyenne durant cinq ans, on a bien le droit de ne pas prendre en compte les sondages, mais celui de se poser des questions semble être une évidence pour un homme politique. On le pousse sur l’échafaud, des peaux de banane parsèment sa route. Aveuglé par le pouvoir et par ce besoin d’être différent de ces prédécesseurs, Sarkozy gobe tout ce qui apporte un aspect novateur à sa gouvernance. On l’envoie à sa perte, « à l’insu de son propre gré ». On le laisse se brûler seul les doigts dans des initiatives absurdes et sans aucun intérêt : Au Sénégal, il soulèvera un tôlé général avec « l’homme noir n’est pas suffisamment entré dans l’histoire ». Un dérapage qui aurait pu être évité si son discours avait bénéficié d’une attention juste de ces conseillers. On le pousse à éjecter de son gouvernement les nouvelles figures issues de l’immigration. Rachida Dati, Rama Yade, Fadela Amara et Azouz seront ainsi sacrifiés sur l’hôtel du chantage que lui font certains anciens du RPR.

Les sondages périodiques défavorables vont le pousser vers la pêche aux voix sur le terrain de l’extrême droite. Il tourne aussitôt le dos aux immigrés non communautaires auxquels il avait promis la participation aux élections locales et ne leur reconnaît pas ainsi l’effort des 12 milliards d’euros qu’ils apportent annuellement à la France. Ses discours deviennent des clones de ceux de Le Pen père. La gauche, elle, est prise à défaut par les escarmouches des snipers qui amènent le débat à l’échelle des caniveaux.

Ce quinquennat se résume ainsi jusqu’à la période des primaires socialistes où l’on sent un semblant de résurrection de l’opposition suite à la vedette qu’elle arrive enfin à voler à l’hyper Président. Effet électrochoc, dirait on, car Sarkozy constate cette prise du poil de la bête en face. Il s’assagit soudainement et prend du recul pour évaluer le dégât. Les coups de poignard dans le dos s’intensifient et se font désormais à visage découvert dans son propre camp. De certains membres de son gouvernement jusqu’au simple député lambda de la droite, on ne tarit plus en critique au sujet du Président. Sarkozy se sent lâché et trahit. Il sort de son silence, à Lille, lors de sa présentation des vœux aux fonctionnaires où, il indiquera, en réponse à une invective de Martine Aubry, premier secrétaire du PS, sa désolation devant les propos de Bernard Accoyer, pourtant, président de l’assemblée nationale sous bannière UMP, qui sous entendaient une possible défaite en avril prochain.

La moue de ce jour de Sarkozy est la même qu’il affiche à la télé en disant : « J’ai un rendez-vous avec les Français, je ne m’y déroberai pas« . Beaucoup de personnes se hâte en trouvant dans cette déclaration qu’il serait candidat à un nouveau mandat présidentiel. Pourtant, à sa présentation des vœux à la presse, ce mardi 31 janvier, il en rajoute une autre encore plus énigmatique : « J’essayerai de continuer à vous surprendre et peut-être avec une certaine malice, à déjouer certains de vos commentaires et parfois de vos pronostiques. » La seule façon d’y arriver serait de ne pas prendre le départ avec les autres. Les dés son pipés, il le sait, sauf miracle, rien ne lui évitera de gouter à l’amère breuvage d’un échec à une élection présidentielle. Ce n’est pas ce Nicolas Sarkozy qui fera ce plaisir à Copé et à Fillon. Il ne se présentera pas tout simplement aux élections à venir, en prenant le soin de ne pas laisser les autres se préparer. Il se retirera du paysage politique avec l’ambition d’un retour en 2017. Un retour en fanfare, puisqu’il croit plus que jamais à la nature amnésique du peuple qui viendrait le chercher pour sauver la droite restée dans la même configuration désuète que le PS après le départ inopiné de Jospin. Jusqu’au bout, il veut une présidence différente à celle de ses prédécesseurs. La droite a mieux à se chercher un candidat fissa fissa.

Le Wonk.