dans Fenêtre sur l'Afrique

La légende du boubou pare-balles

C’est l’histoire de quelqu’un que je connais très bien, mais vraiment très bien et qui croyait à la légende du petit boubou pare-balles en tissus bogolan de la Guinée forestière. Tout le monde parle de boubou pare-balles à l’africaine, mais personne n’a reçu à prouver leur efficacité, en tout cas pas la victoire des troupes coloniales sur les grands résistants d’antan.

Mais c’était sans compter le verbe enjôleur d’un commercial rompu au service d’un sombre sorcier officiant dans un village éloigné sous la canopée infranchissable au flanc du mont Nimba qui vint convaincre le type que je connais.

Réserve naturelle intégrale du Mont Nimba. ( Source : UNESCO partenariat GLAM-Wiki )

Après deux jours de marche et d’escalade de falaises escarpées chargé comme une mule d’un sac de riz de 50 kilos, d’une mesure de deux grosses calebasses de colas, d’un bidon de vingt litres de vin de palme et des espèces sonnantes et trébuchantes à hauteur de 900000 FCFA (1372€), il se rendit, totalement persuadé, auprès du charlatan pour acquérir le super pouvoir d’invincibilité à l’épreuve des Kalachnikovs des rebelles de Charles Taylor qui crépitaient à l’époque dans la région. Ambitionnait-il de rejoindre une faction rebelle de l’autre côté de la frontière ? Je ne sais pas.

Arrivé dans la petite bourgade, il fut incroyablement bien accueilli par le chaman, ce qui finit définitivement de le rassurer.

Le lendemain, au premier chant du coq, le sorcier, accompagné de deux assistants, un portant un fusil artisanal calibre 12 et l’autre le nécessaire pour le cérémonial, l’amena en dehors de son campement au bord d’un marigot, un lieu étrange parsemé d’une multitude de termitières naines. Il le mit à poil, le fit laver avec plusieurs décoctions de sa pharmacopée, des racines d’arbres aux essences hallucinogènes, le badigeonna de mélange de cendres et de latérites qui lui donnèrent l’air d’un puisatier. Tout cela sous le rythme d’incantations et de chants polyphoniques. Le bougre planait déjà, s’imaginant invincible à toutes sortes d’armes et en train d’affronter l’humanité pour un objectif que lui seul gardait en secret.

Arriva le moment où le sorcier l’installa à 5 mètres de lui à genoux sur un mortier entre deux termitières, lui fit porter le petit boubou convoité par toute l’Afrique, mais dont aucun Africain n’a encore réussi à prouver la résistance aux balles et l’ajusta avec le fusil préparé pour le grand test.

Mon oncle (oui, je vous avais dit au départ que je le connaissais très bien, non ?) tout heureux d’être dans le petit boubou bogolan de toutes les convoitises, insouciant comme un lionceau entouré de sa meute, un sourire grand qui lui fendait le visage d’une oreille à l’autre, s’offrit les bras ouverts à son bourreau qui l’avait à bout portant. Le sorcier ne pouvait le rater d’aucune façon et, après avoir psalmodié une dernière incantation très bruyante, il fit feu, boooooooooooummmm !

Plusieurs bruits retentirent simultanément dans la jungle après le coup de feu, le cri très caractéristique des chimpanzés effrayés, celui des oiseaux effarouchés et un dernier très étrange d’un mec râlant de douleur et se vidant à terre de tout le sang de son corps.
Le sorcier ne l’avait pas raté, la balle du calibre 12 lui avait arraché une bonne partie des cotes à travers un gros trou dans le pseudo anti-balle censé le rendre invulnérable. Mon oncle a agonisé deux heures avant de passer de vie à trépas. Paix à son âme.

(Histoire réelle)

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