Cinq bonnes raisons sur 100 pour tout abandonner et devenir marabout

Ne cherchez plus. Le seul métier au monde qui ne connaît ni la crise, ni la disette, encore moins la faillite, est trouvé. Si jamais, au plus grand hasard, vous optez pour « marabout » en Afrique, c’est bingo ! Le marabout est une personne reconnue pour avoir le pouvoir de résoudre tout type de problème. Le marabout est aux Africains et, de plus en plus aux Occidentaux, ce que le psy est à ceux qui ont des sous à jeter par la fenêtre.

Flyer type d'un marabout

Flyer type d’un marabout 3.0

Dans son attirail, il faut compter un grand boubou, une barbe blanchie ou rougie par du henné, un galet en granite frotté régulièrement, mais discrètement sur le front afin d’y laisser cette marque -si caractéristique qu’affiche un fidèle rompu à la prière-, quelques versets déclamés avec emphase, un chapelet d’un mètre de diamètre égrainé à longueur de journée, quelques gris-gris composés de tête de corbeau gris et de cornes de bouc, une pléthore de décoctions d’arbres entreposées dans un 9 mètres carrés, sombre et à l’effluve volontairement putride. Enfin, une grande natte tissée dans la paille permet de recevoir des clients ou des patients en détresse affective. Place ici au seul quidam subsaharien qui défie la misère quels que soient les aléas de la crise.

Les avantages que procure le maraboutage sont nombreux et ne se rencontrent dans aucun autre métier sur Terre. Tels des demi-dieux au pouvoir incommensurable, les marabouts règnent en pacha et s’arrogent le droit d’ingérence totale et entière dans tous les aspects de la vie de leur communauté, du moins dans la vie de ceux qui ont eu, une fois, recours au service.

1 – Le marabout est un homme dont la richesse ne fait que croître : 

En plus des fortes sommes d’argent que ses patients lui payent, les dons en nature et les offrandes perçues pour intercéder contre le mauvais sort donnent à ces auto-déclarés « faiseurs de bonheur » un éventail plus large de patrimoine. Les gens affluent nuit et jour vers eux. Le client est facturé à la tête, car le marabout sait qui est qui dans sa communauté et lui pompe toujours le maximum qu’il peut en fonction de son niveau social.

2 – Le marabout est un homme craint et respecté : 

Détenir le pseudo-pouvoir de faire des miracles, là où toutes les autres forces occultes se sont avouées impuissantes, est logiquement en mesure de «foutre la pétoche» au commun de ses pigeons. Le marabout joue brillamment sur cette corde sensible et s’efforce à faire le lit de sa réputation sur l’extrême crédulité de ses clients. Il construit constamment des mises en scène pour susciter en eux une reconnaissance ad vitam aeternam.

3 – Plus blanchi et nourri qu’un marabout, vous êtes un roi :

Les offrandes et les sacrifices conseillés par le marabout dans la résolution des problèmes que lui exposent ses clients cachent, en partie, ses propres envies. Il suffit qu’il ait envie d’un gigot d’agneau, d’une bavette de bœuf, d’une cuisse de poulet ou d’une papaye bien mûre comme dessert, pour glisser cette liste dans les demandes formulées à ses clients pour qu’ils puissent débloquer leur situation. Il n’a pas besoin de sortir pour aller faire ses emplettes, c’est le caddie qui le rejoint à domicile, rempli de victuailles, tous les vendredis, le jour des offrandes, où il semblerait que les prières ont une forte probabilité d’être exaucées. Le client qui se verra prescrire un bazin* brodé à offrir doit comprendre qu’il est devenu à son tour « faiseur de bonheur » d’un marabout habillé à ses frais.

4 – Les femmes, ah, les femmes !

Parmi les plus grands experts du « rendre l’utile à l’agréable », le marabout trône en tête de liste.

« C’est curatif ! Un petit coup, madame, vous irez mieux ! ». Voici presque un leitmotiv dans son petit cabinet exigu, en fonction de la fragilité de la patiente. C’est un réel abus qui est l’objet d’une omerta sans nom. Malgré les quatre femmes que la religion lui permet d’épouser, le marabout ne manque pas d’arguments financiers pour fournir son harem. Je me demande d’ailleurs si je dois noter ce point 4 parmi les bonnes raisons. Bref !

5 – Aucune porte ne résiste au marabout :

S’il existe quelqu’un sachant brillamment jouer sur la peur, c’est le marabout, maître chanteur en puissance. C’est dans les sous-entendus que les menaces s’illustrent le plus souvent.

– Tu sais à qui tu as affaire ? C’est moi, Karamba Diaby Gassama, le marabout du ministre des Finances.

Autrement dit : « C’est moi qui ai intercédé pour qu’il soit nommé à ce poste. Si tu ne bouges pas ton popotin pour régler mon problème, au mieux, je ferai agir mon carnet d’adresses pour que tu sois limogé ou, pire, je te jetterai un sortilège pour te boucher* à vie.

Les 95 autres bonnes raisons, non inventoriées ici, sont tout aussi insolites les unes que les autres. Ce ne sont pas mes frères « Diakanké», mes chers et adorables « Sinakoun*, qui me démentiront, car ils ont presque fini d’en faire leur chasse gardée.
C’est de l’humour 😉

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Bazin : vêtement en étoffe spéciale (100 % coton) très utilisé comme habit d’apparat en Afrique subsaharienne
Sinakoun : cousinage à plaisanterie
Diakanké : communauté d’origine Soninké, très portée sur l’expansion pacifiste de l’islam.

#365JoursDéjà : la Toile investie par les femmes pour la libération des lycéennes de Chibok

Déjà 365 jours et les 276 lycéennes de Chibok enlevées au Nigéria par la secte terroriste Boko Haram manquent toujours à l’appel. Un triste anniversaire. Jusqu’à cette date, aucune information n’est disponible sur leur sort, malgré la condamnation unanime de la communauté internationale de ce rapt d’un autre temps.

Mobilisation des femmes pour la libération des lycéennes de Chibok

Mobilisation des femmes pour la libération des lycéennes de Chibok

Initiée par les femmes, une action de solidarité d’envergure vient d’être lancée sur les réseaux sociaux et dans les médias pour réclamer haut et fort leur libération. Les femmes d’Afrique et du monde ont massivement répondu à cet appel en se prenant en photo avec le mot d’ordre du mouvement «#365JoursDéjà #BringbackOurGirls Now ! » imprimé sur leur écran d’ordinateur ou de tablette.

Depuis ce matin, un flot ininterrompu d’images déferle de Ndjamena, Douala, Dakar, Bamako, Conakry, Abidjan, Lagos, Libreville, Niamey, Nairobi, Kampala, Johannesburg, Brazzaville…

365-Jours-GIF_end_Wonk4D’illustres personnalités féminines, comme d’innombrables anonymes, femmes en milieu rural, femmes citadines, collégiennes, étudiantes, coiffeuses, marchandes, infirmières… se sont déjà prêtées au jeu. Leurs photos ont fait l’objet d’une grande mosaïque et d’un GIF animé de 170 secondes repris par plusieurs médias, dont RFI.

« Il est trop tôt pour faire le deuil de ces innocentes jeunes filles, mais il n’est pas trop tard pour les sauver. », soutient fermement Félicité Doubangar, africaniste très célèbre, à l’initiative de cette chaîne de solidarité. Une récente élection présidentielle réussie au Nigeria couronnée par une alternance paisible du pouvoir ne devrait en aucun cas essouffler la mobilisation autour de ce drame humain. Cette action autour des femmes d’Afrique devient salutaire surtout au moment où plusieurs médias ont déjà commencé à se faire l’écho de la mort de ces jeunes lycéennes et autres adolescentes de Chibok.

Badge #365JoursDejaLes réseaux sociaux sont un relais important où le partage par chaque internaute du mot hashtag #365JoursDéjà compte pour porter cette chaîne de solidarité le temps qu’il faudra pour que chacune de ces jeunes filles retrouve sa famille. Un lien permet également d’accéder à une application de personnalisation des profils à partir de Facebook : https://www.picbadges.com/community/55290a6a844a9d651bd1f537

 

Mosaïque des femmes pour la libération des lycéennes de Chibok.

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Souvenir d’une vaccination à l’ancienne

A l’époque, tout ce qui émanait de l’administration ou des instituteurs d’école était parole d’évangile. Le libre arbitre n’était pas si libre qu’aujourd’hui et s’effaçait devant les injonctions des pouvoirs politiques. Sur les ondes de la radio nationale, l’unique station de l’époque, le journaliste vedette en langue nationale distillait, entre deux plages de spots publicitaires dans lesquelles il épatait ses auditeurs, un appel pressant à tous les parents d’élève d’amener leur garnement pour la campagne de vaccination en cours.

Les habitants d'un village font la queue pour se faire vacciner dans une consultation en plein air. Côte d'Ivoire, 1970. (source : Organisation Mondiale de la Santé)

Les habitants d’un village font la queue pour se faire vacciner dans une consultation en plein air. Côte d’Ivoire, 1970. (source : Organisation Mondiale de la Santé)

La veille, effarouché par les récits des ainés qui étaient passés par la même épreuve, j’appréhendai déjà cet instant et passai une nuit entière sans retrouver le sommeil. C’est ce jour que je découvris que, en fait, le matin de bonne heure, le coq n’est pas le premier à chanter, mais plutôt la poule, dans un caquètement moins audible que le roi de la basse cour lorsqu’elle invite les poussins à picorer. Il n’y avait pas école, mais nous étions obligés d’y aller après le petit déjeuner comme tout le monde pour se faire injecter. C’était jour de vaccination.

Par centaines, nous nous suivions à la queue leu leu, attendant chacun son tour de passer devant l’infirmier en blouse blanche. Tenant en main une espèce de pistolet et son gros flacon de soluté, à chaque tir, l’agent de santé faisait mouche sur nos frêles muscles du bras avec la même et unique aiguille. Le rythme était si accéléré qu’en une demie journée il avait fini par nous faire tous détester cette campagne que l’on disait « salutaire » pour nous.

Le Ped-o-Jet, un pistolet de vaccination automatique. 1970 (source : Organisation Mondiale de la Santé)

Le Ped-o-Jet, un pistolet de vaccination automatique. 1970 (source : Organisation Mondiale de la Santé)

La réaction était toujours la même chez chacun d’entre nous : deux jours de fièvres et le bras douloureux et engourdi par la piqûre. La vie reprenait après son cours normal, ponctuée par les mêmes maladies infantiles de notre époque : paludisme, rougeole, varicelle, dysenterie, fièvre jaune et la plus redoutable tueuse d’entre elles, l’hépatite A, B ou C ou « sayi », son nom en Bambara, le dialecte local. Elle faisait un ravage, cette sale maladie, mais, à force, on s’en était accoutumé, immunisés pour les plus résistants. Certaines personnes disaient à l’époque que c’était une complication du paludisme là où les grand-mères l’attribuaient à la main maléfique d’un sombre sorcier.

Le plus curieux était la classification chromatique qu’on faisait localement de ses variantes. En effet, en fonction de la coloration des yeux du malade, blanche ou jaune, on pouvait alors évaluer la gravité d’une couleur à l’autre.

Quelques années plus tard, lorsque j’eus suffisamment d’informations pour évaluer à quel point nous étions tous livrés à une effroyable chaine de contamination due à ce pistolet à aiguille unique, je compris alors que je pouvais remercier le ciel d’être parmi les miraculés. On était livré à la mort là où nos parents pensaient nous trouver un moyen de protection. L’hépatite, le tueur silencieux, comme plein d’autres maladies dites péjorativement propre à l’Afrique, devinrent ainsi endémiques par la bénédiction de cette médecine de masse de l’époque.

Les miraculés que nous sommes arborons aujourd’hui une cicatrice anodine à l’épaule, témoin d’une inadvertance qui aurait pu nous emporter tous si la létalité des maladies de l’époque égalait les tristement célèbres VIH et Ebola.

Solo Niaré