J’ai couché avec le Maure de mon enfance

A l’époque, haut comme trois pommes, pieds nus, ventrus et systématiquement morveux comme des limaces, mes copains d’enfance et moi, avions souvent comme réponse au « Dégagez, petits noirs » que nous lançait sans cesse le commerçant maure du coin de la rue, une sympathique chansonnette qu’on poussait en chœur.
Souraka Mahamet, a tè kouloushi don, a té diloki don.
(Mahamet, le maure, toujours nu sous son habit.)

Car, nous croyions tous alors, ainsi que se le disait tout le monde dans les rues d’Afrique au Sud du Sahara, que le maure ne porte jamais rien sous son boubou, comme les écossais sous leur kilt.

Drapé dans un magnifique boubou du Sahara d’un éclatant bleu azur, il feignait alors de nous prendre en chasse mais n’osait jamais quitter son échoppe. Mais comme le pot de miel et son insatiable mouche, nous revenions toujours vers l’enturbanné échanger notre argent de poche de la semaine contre les friandises que lui seul vendait dans la rue. A force de nous pincer atrocement et régulièrement les oreilles comme punition à notre petit refrain contre son hypothétique nudité, nous nous sommes finalement habitués à la douleur et n’avions de cesse à venir l’importuner toujours et toujours. Un jeu.

Boubou traditionnel en Mauritanie. Source : http://partiefaire1tour.net/article.php3?id_article=69

Boubou traditionnel en Mauritanie.
Source : http://partiefaire1tour.net/article.php3?id_article=69

De l’autre coté de son arrière cour, sa femme, Fatma, bien enveloppée comme le dirait une expression grossophobe, s’occupait tranquillement dans un transvasement habile et régulier du thé à la menthe sucrée, de la théière au verre et du verre à la théière. Nous venions quelques fois vers elle lui demander si Amza, le petit noir de notre âge qu’on croyait être leur fils, pouvait venir jouer avec nous. Une fois sur cinq, nous trouvions notre copain d’âge soit entrain de laver plusieurs ustensiles de cuisine, soit occuper à masser les pieds pleins de cellulites de cette maman qui le soumettait à des corvées d’adultes. La réponse était invariablement, « non », des fois suivi de : « djakalmé », (Bâtard), ouste, Amza travaille !

Nous prenions alors nos jambes à notre cou, mais revenions toujours voir si Amza avait un peu de répit pour venir s’écorcher le pieds avec nous sur les pavées rocailleux de la rue.
Mais le petit Amza n’était en fait pour cette marâtre, que le nègre du Maure, et comme le veut leur « tradition », encrée dans leur culture et quasi institutionnalisée en Mauritanie, « Le maure a toujours besoin de son nègre ». Ce besoin étant quotidien et permanent notre ami Amza avait bien du mal à se joindre à nos jeux d’enfants.

Plusieurs années après, à Grand-Bassam en Côte d’Ivoire, je tombe sur une réincarnation très insolite de mon maure en la personne d’un blogueur parmi la soixantaine invitée par Mondoblog pour dix jours de formation. J’apprends à mon arrivée à 23h que je partage la même chambre d’hôtel que lui. La 201, une des rares face à la brise marine où je le rejoins aussitôt. Il faut dire qu’il a du goût, mon Othello. Je tombe sous le charme du lieu. J’entre. Accueil très froid, ponctué par quelques semblants d’amabilités dont le caractère forcé ne m’échappe pas. Je mets cela sur la fatigue du long voyage qu’il a dû effectuer. J’installe ma valise au pied d’un immense lit, presque un terrain de foot, l’unique de la chambre.

Mon boutiquier dans mon lit, la nuit sera inédite. Le film de mon enfance me revient suivi de plusieurs questions auxquelles, je me disais, qu’il apporterait des réponses. Pour l’instant, je ne craignais pas de me faire pincer les oreilles par ce partenaire d’une nuit et des neuf autres à venir, lui qui, à présent, semblait avoir fait vœux de silence depuis quelques minutes en me tournant le dos dans le lit. Sur les trois mètres de largeur du lit, 2m50 nous séparent. Une timidité d’adolescente pudique qui aurait raison du plus entreprenant des amants. Et bien quoi, décèle t-il en moi quelque bouillonnant Eros dépêché par RFI pour  lui faire découvrir les secrets de l’amour pour tous. Raté.

Au petit matin, je suis le premier debout, mon pacsé gît à sa même place, effarouché recroquevillé sur lui même. Nul besoin d’un psy pour diagnostiquer les stigmates d’une nuit que la morale ne m’autorise pas à dévoiler. Je n’ai pas de problème de conscience, mon consentement et le sien ont été donnés en amont à RFI avant le voyage. Je le laisse dans sa méditation et pars m’enivrer de l’air pur océanique. L’appel de la plage est irrésistible. Je m’élance pour quelques foulées sur le sable qui s’étale à perte de vue.

Au retour, une heure après, du nouveau dans notre gîte, un deuxième matelas siège en biais au pied de l’énorme lit.
Bonjour ! Une nouvelle couchette, on reçoit un troisième ? lui dis-je en pensant en même temps qu’après la nuit passée mon Maure va littéralement se congeler sous mes yeux.
T’inquiète. Je l’ai fait venir pour moi, me dit-il avec un sourire cette fois-ci réussi sûrement l’effet de l’exceptionnelle nuit que je lui ai offerte.
C’est moi qui vous ai trouvé ici, dis-je. Dans ces conditions, c’est vous le propriétaire de la chambre, je prends le matelas.
Vous savez, nous les maures, traditionnellement (Ah la tradition !) nous sommes des nomades, on peut dormir partout.

Il orienta complètement vers lui la petite télé qui siégeait sur la commode en face du grand lit et, après avoir saisi la télécommande, pianota sur les touches des chaines et du volume. Je trouvais meilleurs programmes télé dehors : le complexe qui nous accueille, ces cocotiers, à un jet de pierre cet océan bleu azur qui rivalise avec le boubou du maure, ces formations en data journalisme et ce cosmopolitisme unique apporté par ces dizaines de blogueurs. Le Paradis.

Je me suis fondu dans ce décor de rêve faisant de lui mon principal lieu de glandouille après le travail, donnant ainsi toute la latitude à mon voisin de bien profiter seule de sa chambre. Unique, le plaisir à devenir l’homme poisson de Grand-Bassam, à se laisser emporter pas la force de ces vagues de trois mètres de haut et du ressac qui te donne l’impression de voguer vers le Brésil en face.

Le troisième jour, j’apprends le dernier que mon maure se barre. On aurait quand même pu en parler entre « copains », moi sur mon gigantesque terrain de foot et, lui, plus bas, sur sa natte de bédouin entrain de zapper entre TVivoire et France24.
– Mince, il n’est pas satisfait du nègre qu’on lui a fourni ?
Mais lui m’apportera une autre raison à ce départ précipité.
– Il y a un gros imprévu qui me fait partir au plus vite.

Je n’ai pas sauté au plafond comme certains pourront le penser parce qu’il me laisse seul dans notre chambre nuptiale. Rien de tout ça. Le paradis était dehors, rien qu’à moi tout seul. J’y tenais. J’étais attristé de le voir partir le seul qui pouvait me délivrer de cette incessante question : « Les Maures, ils sont vraiment nus sous leur boubou ? ». Mais mon nomade reprenait sa route, comme sa tradition, que dis-je son instinct, le lui commandait.

Deux semaines après Bassam, en consultant mes mails, je tombe sur un Google alerte qui me signale un billet de blog me citant. Curieux, je traque le lien et tombe sur un blog, c’est celui de mon maure. Je suis content d’avoir des nouvelles de lui et de découvrir ses écrits. Il est d’une reconnaissance qui me ravit. Il garde même une excellente impression de nos trois jours de flirt. Parmi près de 80 personnes, je suis « le copain Solo » de Bassam, l’unique, mais celui qui a eu la maladresse, l’incorrection, de ne pas avoir voulu être le nègre à sa solde, comme le réclame la grande tradition de sa tribu, et la tradition c’est important. Moi, le béninois, oups, une erreur de frappe, les suggestions automatiques de nos claviers savent nous jouer des tours. Mais ça se corrige ça.

Au jeu des consentements violés, il me répond en mettant ma photo comme illustration de son billet d’humeur. Un très « beau » texte qui nous apprend qu’ils ont eu dans l’avion l’outrecuidance de transmettre les consignes de sécurité en anglais à lui, le francophone. Un texte qui se bat comme un beau diable pour faire comprendre la nécessité de la prise en compte de la culture des autres surtout la question du partage du lit, fut-il aux dimensions de terrain de foot, avec un copain noir béninois de Grand-Bassam.

Un texte qui n’est autre qu’un plaidoyer pour imposer,  sans contradicteur car les commentaires son systématiquement effacées, sa « tradition », et derrière ça hypocritement caché la justification de l’existence d’une suprématie du maure sur le nègre « Le Maure a besoin de son nègre ». Et faute d’avoir pu me pincer les oreilles, moi le noir ramené au même pied d’égalité que lui grâce au partage d’un lit, le voilà déversant sa rancœur dans un blog douteux qui restera malgré sa suppression pour longtemps sur la toile grâce au très indiscret cache de Google.

@SoloNiare

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Pour info, ce billet est la réponse que j’apporte à un texte qui me cite nommément et qui m’a profondément choqué. Pour le lire, ici –> http://webcache.googleusercontent.com/search?q=cache:sDfdUQcY9g0J:dabdat.mondoblog.org/voir-grand-bassam-revenir/-/1132+&cd=1&hl=fr&ct=clnk&gl=fr&client=firefox-a

 

 

RER B : le nouveau TNP (Théâtre national populaire)

Dans le concours de la ligne de transport en commun la plus pourrie, la mienne est une véritable bête de compèt’. Le train de banlieue RER B de la RATP que j’emprunte six jours par semaine se passe de concurrence dans ce domaine. Pour autant, elle peut ne pas se limiter à être la ligne la plus ennuyante de toute la région parisienne pour quelqu’un qui veut tirer un avantage de sa routine. Il y a suffisamment de quoi passer le temps durant ses incessantes perturbations dues souvent à une subite grève ou à un colis suspect, généralement un sac abandonné par un voyageur distrait à la recherche de son ORLYval à Antony. Un foisonnement d’histoires cocasses, certes des clichés à force de répétitions, mais très distrayantes pour qui sait en profiter pendant ces moments où les rames sont bondés de frimousses de banlieusards, toutes plus tristounettes, les unes que les autres.

Dans un confinement de Taxi brousse, comme souvent, aux heures de pointe, assis face à  des sourcils froncés semblant sortir fraichement de l’enterrement d’un proche, j’entends, juste après la sirène annonçant le départ de la Croix de Berny, la voix forte d’une femme qui interpelle notre wagon avec assurance.

– Mesdames et Messieurs, bonsoir. »

RER B La Croix de Berny

RER B, quai Croix de Berny, direction Massy Palaiseau

Cette voix, elle m’est particulièrement familière, je la reconnais tout de suite pour avoir fait souvent le même trajet en sa compagnie. J’aurai reconnu entre mille cette intonation très atypique à la limite de l’invective. Elle provoque immédiatement en moi un petit sourire aux coins des lèvres que je me presse de dissimuler en baissant le regard. Et pendant que j’essaie de profiter de ce mouvement pour récupérer discrètement une pièce de 2 euros dans mon sac, je l’entends :

Je suis maman de 3 enfants, 11 ans, 8 ans et 5 ans. Si je me permets d’être parmi vous aujourd’hui, c’est parce que je n’ai pas encore touché les allocations qui nous permettent d’avoir une relative vie descente…

Son bla bla bla habituel

– … Si ça vous intéresse, je cherche à faire des heures de ménage ou de repassage. Je vous remercie du fond du cœur de nous avoir aidé et je vous souhaite une très bonne soirée, merci.»

Les mêmes pauses entre ses phrases, les mêmes temps de respirations, les mêmes timbres de voix pour soutenir les passages émotionnels. Puis, elle couronne sa partition avec un « Vous voulez des justificatifs » en tendant à ceux qui lui glissent quelques centimes, comme à l’accoutumé, un petit paquet de papier dans un emballage plastique qu’elle déclare être son livret de famille. Une artiste.

Le truc à cette dame, différemment de l’humour décapant dont usent certains spécialistes de la manche sur les lignes de métro de Paris, c’est le regard. Elle toise ses pigeons dans le but de les déstabiliser. Un truc savamment mis en place. Le résultat semble invariablement le même, soit la personne fixée dans les yeux compatit à sa misère et lui glisse une ou deux pièces, soit elle est visiblement très agacée par ce germinal urbain d’opérette.

Cette dernière réaction ne lui échappe pas. Elle la décrypte très facilement et retourne la situation à son avantage. Elle vous agresse alors verbalement en faisant croire que vous venez de la rabrouer, vous, le sans cœur, malgré sa situation de maman précaire. Une manœuvre de victimisation bien rodée. Ce qui lui donne logiquement une image sympathique après des autres passagers qui, du coup, le lui manifeste en lui glissant quelques pièces d’euro, à moins que cela ne soit la trouille d’être victime de sa logorrhée vindicative. A tous les coups, elle sort de la rame avec une recette sonnante et trébuchante.

A mon tour, je lui adresse mon meilleur sourire tout en lui tendant la pièce que j’avais récupérée dans mon sac. Elle me gratifie d’un regard reconnaissant en empochant la pièce tout en me tendant son paquet de papier et, mécaniquement, me demande :

Vous voulez des justificatifs ?

Oui, je veux bien, lui répondis-je toujours avec le sourire, en essayant d’attraper le paquet de sa main à la grande stupéfaction de tout le monde. Mais, elle s’agrippe à ce pseudo livret de famille que je cherche à lui retirer en vain pour voir ce qu’il en est pour de vrai. Une lutte silencieuse qui dure deux secondes. Elle ne lâche pas son outil de travail. J’abdique finalement et le lui laisse.

Sa réaction ne se fit pas attendre. Elle devint toute rouge puis me jeta brutalement la pièce de 2 euros que je venais de lui donner.

Entre éclats de rires des passagers dans la rame et les différents noms d’oiseaux qu’elle m’attribue, notre train fait son entrée dans la station d’Antony. Elle se précipite alors hors du wagon sous une salve d’applaudissements dès l’ouverture des portes et, sans révérence, et sans rappel, elle s’engouffre dans un autre pour une nouvelle représentation.

Rideau !

@SoloNiare

Vite, des moustiquaires, le paludisme n’attend pas

A même les habitations, des fossés encombrés de détritus peinent à drainer les eaux insalubres vers un lieu où elles ne seront jamais traitées. Dans ces mêmes rues, d’immondes flaques d’eau remplissent les crevasses laissées dans le macadam, ces lieux d’exploit pour le gamin que j’ai été, en relevant des défis lancés par ma bande d’amis. Également, des fosses septiques béantes où, dans mon passé de gavroche des rues de Conakry et de Bamako, j’ai été plusieurs fois à deux doigts du bain le plus puant qui puisse exister. Bienvenue dans le confortable nid du minuscule moustique, vecteur principal de la pandémie la plus meurtrière de notre ère : le paludisme.

Et pas loin de ces égouts à ciel ouvert, habitat de luxe de l’incroyable petit tueur, souvent les soirs, après le repas en famille, j’ai souvenance que nous courions vers grand-père pour l’écouter nous conter l’histoire de Waraba, le terrible lion, de Souroukou, la monstrueuse hyène et de Bamba, la crocodile aux crocs meurtriers. Pendant qu’on se faisait piquer par de farouches moustiques assoiffés de sang, le vieil homme avait ce talent de nous faire comprendre qu’il fallait s’éloigner de ces carnassiers de la savane au risque de se faire tuer, ce qui poussa les hommes à éviter là où ils vivent.

Flaque d'eau stagnante

Une grosse flaque d’eau stagnante dans une rue de Grand-Bassam, un potentiel nid de larves de moustiques, vecteur principal du paludisme

Et comme moi, lorsque j’écoutais les récits de grand-père en me grattant instinctivement pour soulager ces piqûres de moustique comme seule réponse, les populations les plus exposées à la pandémie font aussi avec et se complaisent dans une résignation qui leur coûte les statistiques les plus effarantes :

Le paludisme tue un enfant africain toutes les 30 secondes
Le paludisme demeure l’une des plus graves menaces pour la santé des femmes enceintes.
Il est le 1er motif de consultation (60% des consultations dans les centres de santé)
3,4 milliards de personnes sont exposées au risque majoritairement en Afrique et au Sud-Est d’Asie
Et 12 milliards de dollars perdus chaque année en Afrique du fait du paludisme

Ces chiffres très alarmistes donnent l’impression d’être tiré d’une campagne orchestrée par une agence de com rodée dans le sensationnel. Pourtant, le paludisme n’attend pas, il continue de sévir pendant que ces victimes restent dans l’expectative d’une solution qui peine à se concrétiser. La moustiquaire imprégnée se présente aujourd’hui comme le moyen de prévention le moins couteux de tous. D’où mon adhésion à toute forme de sensibilisation pour la collecte de moustiquaires au profit des populations des terres marginales mal drainées.

A Grand-Bassam entre le 2 et le 12 mai, accompagné de Cyriac Gbogbou, respectable chef de village d’internet en Cote d’Ivoire et de deux blogueuses de la plateforme Mondoblog, Josiane Kouagheu et Chantal Faida, nous avons arpenté quelques rues de la ville, chargé de 100 moustiquaires, fruit d’une collecte lancée sur Twitter, Facebook et Instagram, pour une distribution gratuite aux habitants.

Cette opération « don de moustiquaires imprégnées » a été précédée préalablement de plusieurs séances de sensibilisation bien accueillies par les personnes rencontrées. Elles ont été religieusement à l’écoute des messages de prévention contre le paludisme qu’on leur a apportés et nous ont promis une utilisation quotidienne des moustiquaires. Cyriac Gbogbou s’est proposé de passer les revoir à l’improviste quelques semaines après pour s’enquérir de la bonne utilisation des moustiquaires.


100 moustiquaires, c’est certes peu et semblent créer quelques inégalités sur le terrain face à la prévention contre le paludisme pour les premiers bénéficiaires, mais l’opération a surtout pour but d’attirer l’attention sur cet aspect de la lutte contre la pandémie que beaucoup de spécialistes estiment être le plus efficace. Avec les blogueurs associés à cette opération, nous lancerons prochainement une nouvelle campagne orientée sur une autre ville africaine avec certainement plus de moustiquaires.

Pour revenir à grand-père, contrairement à sa solution de fuir l’habitat du tueur, la moustiquaire imprégnée est pour l’instant le meilleur compromis de bon voisinage contre le paludisme dont le moustique n’est autre que l’impitoyable vecteur. En plus, son déploiement nécessite moins de moyen aux pays concernés qui ne comptent pas pour l’instant faire de l’assainissement et le drainage des eaux insalubres une véritable priorité de prévention.

Un grand merci à tout ceux qui ont soutenu l’opération « Moustiquaire » de Grand-Bassam.

Vous souhaitez participer à la prochaine collecte de moustiquaires imprégnées », n’hésitez pas, contactez @SoloNiare ou sulymane@yahoo.com

Bassam, loi Evin en vain sous les cocotiers

D’Afrique, il y a bien de cela quelques années derrière moi, lorsque j’ai appris l’existence de la loi Evin interdisant de fumer dans les lieux affectés à un usage collectif, je crois avoir sauté au plafond de joie. Mon bonheur était indescriptible. Et, une fois en France, je ne manquais pas de dire « Bien fait pour eux » chaque fois que je croisais quelques fumeurs endurcis en groupe au bas d’un immeuble en train d’aspirer à la va-vite l’addictive nicotine. En hiver, cette joie devenait presque orgasmique. Je l’avais tellement attendu ce moment, que voir nos gentils empoisonneurs se la geler dehors à 0° était certainement la plus cruelle des revanches de la grande communauté des fumeurs passifs que je pouvais imaginer. Oui, jouissif, le spectacle !

Je sens qu’après ce billet, je me ferai plein d’amis lol 🙂

Autant pousser mon sadisme à la limite de la fatwa qui mettra ma tête à prix. Confidence pour confidence. Je m’approche d’eux à chaque fois que l’occasion se présente avec le geste du fumeur en manque et :

– Vous aurez pas une cigarette, svp ?

 Tout est dans le geste pour faire croire que cette mèche vous sera salvatrice. Ils le connaissent, eux, cette sensation de manque, la hantise qu’elle te crée. Ce n’est plus qu’un jeu d’enfant pour faire le fumeur parfait à force d’en avoir croiser des tonnes dans les rues et les troquets de la ville avec le même refrain « Vous aurez pas une cigarette, svp ? ». Un leitmotiv !

Dans le froid de canard, ils sont là, je les vois, ces fumeurs, grelotant sur le verglas car cette loi « merdique » les jette désormais dans la rue loin de leurs ex victimes résignées de longue date. Le pouce opposé à l’indexe comme tenant un mégot et mimant le geste parfait, je m’avance vers eux et laisse faire la solidarité légendaire qu’on leur connait.

J’ai le light ou le roulé à 99% des tentatives. Par contre, je refuse toujours le feu, faisant croire qu’un briquet se trouvait régulièrement à ma portée. Ça aurait été de mon propre gré de ne pas seulement inhaler l’horrible fumée que je déteste plus que tout, mais d’être mon propre bourreau en allumant cette mèche.

Un seul objectif se trame derrière mon imposture qui va faire de moi l’homme le plus détesté des fumeurs. Une imposture bien montée et bien rodée. Une fois la cigarette entre les doigts et après un hypocrite merci sans âme ni foi, j’ai juste à disparaître à l’angle de la première rue et à écraser avec extase l’immonde bête sous mon soulier. Ma scène du crime se résume souvent à cette mèche écrabouillée, gisant émiettée sur le trottoir ou souvent emportée par le moindre petit vent qui se fraie un passage dans la rue en question.

Retour en Afrique, il y a de cela deux semaines environ, à 6h30 de vol de la zone d’application de la loi Evin. Je découvre Grand-Bassam en Côte d’Ivoire, la ville historique où se situe le Tereso, le complexe hôtelier qui nous accueille dans le cadre d’une formation avec des blogueurs venus du monde entier. Je partage la compagnie de quelques addicts à la nicotine et au goudron qui ont pris le même vol que moi venant d’Orly, tous résidant en France. Je les vois déjà s’extasier à l’idée de pouvoir s’acheter des tonnes de cartouches et de l’orgie de fumée qu’ils feront empester.

Mince, t’es dans la mouise, Solo

Je flaire leur revanche se dessiner. Malheureusement, l’arsenal juridique ivoirien n’a rien prévu. Encaisser et fermer sa gueule, le destin de tout fumeur passif au risque de passer pour le problématique du groupe dès le premier jour. Bon, je ne risque pas d’être plus victime qu’un autre, je décide de compter sur le savoir vivre de tout le monde ou de notre « savoir la vie » à nous tous.

« Gare à toi, Solo, si quelqu’un d’entre eux sait ce que tu leur fais endurer en France. »

Première nuit de rêve, une chambre bien climatisée, propre nickel chrome. Constat qui a du coup raison d’une grosse appréhension que j’avais sur l’hôtel. Le matin, 6h30, je sors de ma chambre, juste à un jet de pierre, des vagues de deux mètres qui se soulèvent sur un océan d’un bleu azur, une plage de sable fin surplombée par des centaines et des centaines de cocotiers sur des kilomètres et tout cela couronné par un air d’une pureté indescriptible. Cette sensation de bonheur en le respirant me fait penser au propos de ce fumeur qui m’expliquait ce que lui procure une bonne bouffée de cigarette.

Je pars en courant sans me poser de question, un footing improvisé sur ce sable qui m’oppose peu de résistance. Je suis tellement enivré par ce décor que je ne vois pas les minutes filer. Une heure après, je suis de retour à mon point de départ, dégoulinant de sueur dans la chaleur moite de Grand-Bassam. Une douche s’impose. J’en profite allègrement et sors après rejoindre le groupe dans le restaurant. Ils n’ont pas perdu leur temps, ils sont là, les fumeurs à toutes les bonnes tables et se donnent à cœur joie à poisser l’air matinal, mais ils sont heureux entourés de la majorité non fumeurs. Ils affichent tous cette bonne bouille de petit marmot qui sort de punition et qui se gave du chocolat qui lui avait longtemps été interdit à tort.

L’après-midi, même scène, même brume pendant quelques séances en groupe de travail. Je ne pouvais pas imaginer qu’ils prendraient leur revanche en terre africaine. Il n’y a plus que 9 jours à tenir pour les retrouver de l’autre coté de la méditerranée pour leur dire mille fois :

Vous aurez pas une cigarette, svp ?

@SoloNiare

Chronique de Bassam : jour 1 et 2

Hôtel Tereso, la piscine, le chapiteau restaurant et la plage à perte de vue

Hôtel Tereso, la piscine, le chapiteau restaurant et la plage à perte de vue

 

 

Il est 8 h30, je me réveille après une nuit très agitée pleine de rêves que la mémoire n’a pas pu garder. Pourtant j’aurais voulu me refaire le film que mon subconscient a tiré de ce premier jour d’arrivée dans le pays de Nana Boigny. Je n’ai pas l’impression d’avoir bien dormi. La faute est bien loin de venir de cette bonne chaleur moite atténuée par un bruyant climatiseur 2 chevaux qui perce un carré d’un pan du mur de ma chambre d’hôtel. J’ai encore envie de retourner dans ce grand lit que je partage avec un autre blogueur. Le cocorico perçant d’un coq se fait entendre, la lueur qui se fraie entre les persiennes et l’heure sur l’écran tactile de mon smartphone m’indique que la nuit est finie. Tous les signes concordent vers le même message : « Solo, lève-toi, c’est le matin ! »

Sur la pointe des pieds, je descends discrètement du lit et me faufile dans les toilettes pour une douche rapide et quelques coups de brosse à dents, le rituel du matin. Je me hâte de trouver un bermuda et un tee-shirt pour être à temps pour le petit-déjeuner en groupe prévu à 9 heures. Mais bizarrement, mon colloc, lui, dort d’un sommeil tranquille, pénard. Soudainement quelque chose me vient en tête, je sors mon smartphone de ma poche, active son écran : 8 h47, plus que 13 minutes pour retrouver les autres. Avec les impressions, c’est souvent les premières qui s’impriment très solidement dans le temps et je ne comptais pas en laisser une mauvaise auprès de 80 blogueurs d’une plateforme qui est à plus d’un million de visiteurs. Des blogueurs qui en salivent, prêts à bondir sur n’importe quel sujet pour les esquisser dans leur billet quotidien. Pour une pub, quelqu’un qui voudrait s’en faire une bonne ou une très salissante, l’hôtel Tereso est l’endroit le mieux indiqué pour les 10 jours à venir.

J’hésite entre inviter mon voisin à se lever pour ne pas aussi être en retard et le laisser se remettre du long voyage qui a été aussi le sien du Niger à Abidjan.

Devant le perron de ma chambre, à un jet de pierre, une plage qui n’a rien à envier à celles que vendent les voyagistes sur les plaquettes en papier glacé. Elle donne sur une mer très agitée. Des vagues rugissantes se suivent les unes après les autres et viennent mourir sur le sable fin en livrant leur écume. Cette mer me tente, mais j’entends ce compte à rebours qui me presse pour le chapiteau qui fait office de restaurant sous d’élégants cocotiers dandinant au gré du vent. Je dépasse une piscine qui me nargue avec son eau limpide. Mais, je préfère courir vers le chapiteau et me trouve une place. Personne ! Je suis le premier. J’active une nouvelle fois l’écran tactile de mon Smartphone : 9 heures, même pas une trace de cuistot. « Comment se fait-il ? » me dis-je.
« Le décalage horaire, Solo, t’as pas eu le réflexe de mettre ta montre à l’heure de Grand-Bassam »
Je venais donc de gagner deux heures de plus pour ma journée. Je tourne aussitôt mon regard vers la piscine qui vient de comprendre que son charme n’a pas été vain. Plouf!

@SoloNiare