Parlons africainement toubab

Entrer dans le secret de ces étranges combinaisons lexicales qui se glissent dans les conversations de rue des quartiers africains. De quoi dresser les cheveux sur la tête du toubab qui cherche son chemin et qui, interloqué et hésitant pour ne pas froisser son interlocuteur, demande : « Vous dites, svp ? ». Pourtant, il a bien entendu, cependant il ne saisit pas le nouveau sens de ce mot initialement sien et qui se présente autrement à lui sous les effets de la marmelade linguistique locale.
Trouvez-en quelques clés ci-après.

Toubabou

Toubabou / Toubab :

C’est-à-dire : Blanc
Exemple : Toubabu, toubabou ! interpellent amicalement les enfants dans la rue.

Application : s’habituer à être défini en premier lieu par sa couleur. Problème de confort existentiel que les Noirs connaissent bien. Là c’est le tour du toubab de s’y frotter… à une échelle toute faible.

 

Bouffer

Bouffer :

C’est-à-dire : détourner l’argent

Exemple : déclinaison possible du verbe à toutes les personnes (singulier et pluriel)
Application : s’attendre à ceux que inviter ses collègues au restaurant par un «on va bouffer» à la cantonade soit mal compris. Ce sera pris pour une vraie invitation. Vous êtes prévenus !

A Bientôt

@SoloNiare

 

Francophonie, une francofolie d’expressions bidonnantes

Encore quelques trouvailles africaines vachement plus tordantes les unes que les autres de la langue française. Il faut une fois encore rappeler que la démarche ne consiste pas à dénaturer le français, mais d’en faciliter la compréhension à la sauce subsaharienne.
Bonne fête de 20 mars, journée internationale de la Francophonie.

Conteneur_2

Conteneur :
C’est à dire : ex- boîte de fret maritime reconverti en petit commerce

Exemple : pour gagner le pain, il faut prendre devant, au conteneur

Application :
Version boutique (cool et pratique),
Version restaurant (sombre et chaud),
Version prison (l’horreur dans des zones très éloignées de la capitale).

Demander la route

 

Demander la route :
C’est à dire : préparer son interlocuteur au départ.

Exemple : C’est une bonne soirée, mais il est tard, je vais vous demander la route.

Application : Si on vous demande la route, inutile d’expliquer le chemin… Il est tard et il veut surtout aller dormir plutôt que de vous écouter encore.

 

Tablier

Tablier :
C’est-à-dire : petit tréteau sur le bord du goudron

Exemple : C’est ici que j’ai établi comme tablier
Application : Avoir un tablier, c’est déjà s’établir (nota le notable).

Jus

Jus : C’est-à-dire : soda, le plus souvent sucré et gazeux

Exemple : Coca Cola (US), Fanta (US), Sprite (US), Guini (Local),…
Application : Le plus conseillé demeure quand même de vider son contenu dans l’estomac

A très bientôt pour la suite

@SoloNiare

 

Petit lexique du parler français en Afrique noire

Allons à la découverte de quelques mots et expressions insolites habilement insérés dans le quotidien du parler français dans certains pays d’Afrique. Bien qu’elles ne répondent pas à une logique précise, leur étymologie reste tout de même très surprenante. D’où l’objet de cette petite série accompagnée d’illustrations.
Quelques exemples venant de Guinée-Conakry.

A vos zygomatiques !

Coster_end

Coster : tirer de accoster

C’est-à-dire : garer sa voiture au bord de la route comme des marins qui accostent un navire.
Exemple : Je me costerai dans le noir pour me cacher des bandits

Onomatopées diverses :

C’est-à-dire : Dèh, wallaï, hè, hô, hî, hon, go, n’gnè, kah, iyo…
Exemple : Wallaï, aujourd’hui là, il fait chaud, dèh ! Si ça continue comme ça, je vais aller à la plage, go !
Application : à utiliser pour la ponctuation et le renforcement du propos… avec modération tout de même, sous risque de devenir absolument incompréhensible. Sauf si vous voulez faire carrière dans la doublure des voix dans des films de Jackie Chang.

Ça va un peu

Ça va un peu !
C’est-à-dire : ça va doucement (et pas forcément sûrement)

Exemple :
Individu n°1 : comment ça va ?
Individu n°2 : ça va un peu…

Application : ça va un peu… surtout, il n’y a pas l’argent (phrase rituelle des soldats lors des barrages de nuit… Prévoir un peu de temps pour négocier ou un peu de monnaie pour partir vite).

A très bientôt pour la suite.

@SoloNiare

Privilège du nom contre délit de sale gueule

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Mano Malozé était le sobriquet d’un vieux tirailleur sénégalais de la seconde guerre mondiale. Il avait hérité de ce surnom durant la campagne contre les troupes nazis et aimait en parler en boucle entre deux noix de kola qu’il arrivait à peine à croquer. A voir l’état de ses chicots restants, on pouvait aisément s’imaginer qu’ils avaient été mis à rude épreuve par le temps. Siné Boplani, de son vrai nom, avait 20 ans en 1943 lorsqu’on l’enrôla de force dans son village subsaharien et l’achemina vers la Casamance pour un pré service militaire qu’il complétera finalement lors du grand rassemblement des tirailleurs sénégalais dans le camp de transit de Thiaroye, dans la banlieue de Dakar.

Il ne manquait pas d’anecdotes tordantes sur son passage en France. Les gens de son village en raffolaient et n’avaient de cesse de lui demander de le leur raconter. Mano Malozé avait acquis un don de conteur extraordinaire avec le temps et savait rendre captivant ces récits en y insérant toujours quelques expressions françaises méconnues des villageois. Le degré d’alphabétisme qu’il avait acquis de son service militaire l’avait hissé au même rang que les premiers scolarisés de sa région. Et donc très souvent, il se la jouait intello et en avait gardé des mécanismes qui suscitaient, à chaque fois, d’énormes éclats de rire. C’était le spectacle comique que tout le monde s’arrachait quand il s’y mettait.

Pendant la guerre, la première procédure de cantonnement du bataillon de tirailleurs de Mano Malozé fut pour lui une expérience mémorable. Un moment qu’il narre dans ses détails les plus précis. Ce jour, quelque part vers Toulon, l’intendance générale de la base militaire procédait à l’appel des soldats pour les répartir dans leurs dortoirs respectifs. Chaque soldat se voyait ainsi orienter vers un numéro de bâtiment correspondant à son origine. Cette répartition commença, à tout Seigneur, tout honneur, par les soldats français. Ainsi, parmi les Paul Dupont, Jean-François, Bertrand Bardou et assimilés, Mano Malozé eut la grande surprise d’entendre son nom, Siné Boplani, cité pour rejoindre le même bâtiment que les soldats blancs. Il ramassa ses affaires avec un petit sourire narquois au coin des lèvres et partit précipitamment rejoindre son dortoir sous le regard éberlué de ses compagnons d’armes africains qui, à l’époque, trouvaient presque normal la discrimination dont ils étaient régulièrement victimes.

Mano Malozé fut soudainement stoppé devant le seuil de son dortoir par un sous-officier blanc de l’intendance qui lui demanda les raisons de sa présence en ce lieu.

– Zé rézoin mon doltoir, chef ! lui fit il fièrement et voulut continuer.
– Ton dortoir, mais ça va pas non ? Comment ça se fait ?

Le sous-officier lui demanda son nom et vérifia sur la liste accrochée sur la porte d’entrée. Il constata non seulement qu’un Siné Boplani y figurait, noir sur blanc, entre un Jacques Bonsergent et un Edouard Gauche et qu’en plus, le nom était suivi de la mention Corse.

– Tu viens d’où réellement ?
– Zé wiens direct du bâtiment intendance !
– Non, je parle de ta ville, ton village, abrutis !
– Zé wiens de Youkounkoun, cercle de Koundara !

Le sous-officier en voulut à cet instant de méprise de l’agent d’enregistrement qui faillit leur faire partager le gîte avec un noir, tirailleur corse. D’un coup de crayon vif et nerveux, il fit plusieurs traits sur le nom de Mano Malozé sur la liste à même le mur et l’invita à le suivre vers son vrai dortoir, auprès des siens, les tirailleurs sénégalais.

Arrivé dans le bâtiment, les hués moqueurs d’accueil de ses amis n’entachèrent en rien son humour.

– Mon nom m’a lozé, mon visage m’a délozé ! leur lança t-il avec un grand sourire aux lèvres.

Depuis ce jour, Siné Boplani n’eut d’autre appellation pendant toute la guerre jusqu’à son retour dans son village natale dans le Sahel que ce « Mano Malozé » tiré de sa célèbre phrase à ses amis « Mon nom m’a logé, mon visage m’a délogé »

Au delà du racisme ordinaire et de la discrimination raciale courante qui marqua l’histoire des tirailleurs sénégalais pendant qu’ils se sacrifiaient pour libérer la France, la cristallisation de leur pension pendant plusieurs années vit beaucoup d’entre eux finir leur vie dans les conditions les plus misérables. Ce qui fut le cas de Siné Boplani, soldat héroïque à Toulon et à Lyon face à la Wehrmacht du 3è Reich d’Adolf Hitler.

@SoloNiare