La fameuse odyssée du post-it

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Des années que je voulais plancher sur ce sujet un peu loufoque. A force de le remettre chaque fois à plus tard, le sujet peut maintenant paraître désuet, mais n’en perd pas son côté drôle. Il s’agit pour ce billet du trouble destin du post-it.

Quand on perd de vue le réel intérêt de la technologie, on finit par n’en créer que des caricatures bouffies et vaguement inutiles. Certaines trouvailles, hissées au rang d’objet du quotidien, grâce au bienfait de l’invention et de l’innovation, présentent un destin caricatural au regard de l’exploitation qu’on en fait et de l’intérêt qu’elles apportent à la vie de chacun et de nous tous. On trouve cela dans la trame de celui des post-it.

Toutes ces évolutions, à leur annonce, partagent le même fascinant trait de caractère : celui d’être une réelle promesse de gain de temps et de confort sans égal. Par contre, d’autres inventions, épousant l’air du temps, poussent vers des extrémités qui nuisent au bon sens. La fameuse odyssée du Post-it est très caractéristique de ces incohérences.

L’absurdité dans laquelle on tombe, mieux que symbolique, décrit la futilité du besoin premier qui motive l’invention en question. « Reboucler une trouvaille après l’avoir améliorée  sous mille facettes puis revenir sur la création initiale ». On ne pourra décrire au mieux l’illogisme de la situation.

Un petit bout de papier disposant d’une bande autocollante et servant de support pour des notes. Jaune, rouge clair ou vert ou dans plusieurs autres variantes de couleur, le post-it, conçu pour pouvoir être collé et décollé à volonté sur toutes sortes de supports sans les endommager, est passé du format papier à celui numérique flottant sur les écrans d’ordinateurs avec des appellations différentes selon l’interface graphique du système d’exploitation (Mac, PC ou linux). L’absurdité arrive à son comble à partir de la conception d’une imprimante pour avoir ce même post-it numérisé en support papier, son format d’origine.

Un retour à la case départ qui n’a pas manqué de m’amuser et dont je me gausse chaque fois que j’y pense.
Incohérence quand tu nous tiens.

 @SoloNiare

 

 

 

Là où les anciennes gloires du foot narguent l’oubli

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Là où les anciennes gloires du foot narguent l’oubli

Dans les réactions après l’attribution du ballon d’or, un grand nom du football disait : « Nous essayons tous d’être meilleurs à nos différents postes afin de laisser de bons souvenirs pour la postérité. » Si jamais ceci est l’unique motivation de tous les joueurs de foot, les villes africaines offrent une archive très ludique des anciennes gloires du ballon rond. De quoi satisfaire tous ces renards des surfaces de réparation qui cherchent à marquer leur époque. Mieux que les tirages papiers des figurines Panini, cette base de données à la sauce africaine n’est pas seulement riche, elle est bien vivante et d’un burlesque très épatant.

La foire aux surnoms

Entre Fontaine (France), Euzobio (Portugal), Pélé (Brésil), Dalin (Suède), Inzaghi (Italie), Okwaraji (Nigéria), Falikou (Cote d’Ivoire), Ravaneli (Italie), Platini (France), Nii Lamptey (Ghana), Wadle (Angleterre), Francescoli (Urugay)… entre autres, il n’y a pas un de ces joueurs, tombés dans l’oubli d’usage, qui ne retrouvent pas une seconde vie sur le moindre espace aménagé en terrain de foot dans les rues africaines. Les contemporains de ces talents cités sont amusés de voir subitement réapparaitre leurs idoles d’il y a deux, trois, quatre ou cinq décennies. Sur la plupart de ces terrains improvisés, du goal à l’avant centre, tous les joueurs portent un pseudo. Même le juge arbitre n’est pas en reste. Les rares fois où un de ces footballeurs en herbe déroge à cette règle, soit il a refusé le sobriquet qui correspond à son très mauvais niveau, soit il s’emmerde seul à la maison.

J’ai un surnom, donc je suis Fouteux2

Le surnom revient au joueur selon que son dribble chaloupé rappelle celui de son idole ou selon que la puissance de ses tirs rappelle la frappe de mule du joueur qu’il adule. Ce n’est pas les Dunga (Brésil) ou les « alias Roberto Carlos » qui diront le contraire. Des fois, seule suffit la simple manifestation de vouloir se faire baptiser du surnom du footballeur qui les séduit, auquel cas, il devrait se hâter de le floquer plus vite que les autres postulants au dos de leur tee-shirt. Le mérite du pseudo à partir du talent et son attribution en fonction des pieds carrés s’inscrivent comme les seuls critères qui régissent ce phénomène.

Certains grands stades ayant abrité des éditions de compétitions internationales trouvent également leur nom remis au goût de cette mode, mais dans une autre forme d’utilisation plutôt originale. C’est ainsi que dans ces villes africaines, on ne va pas au stade du Maracana (mythique enceinte brésilienne ayant abrité deux finales de coupe du monde), mais on joue au maracana : une partie de foot entre deux équipes de cinq joueurs chacune avec de petites cages de but de 70cm de hauteur pour 1m de largeur. Les règlements varient d’un lieu à l’autre.
Fouteux4Comme synonyme de ce même type de jeu à 5, quand dans certaines autres villes on préférera dire qu’on va au bundesh (Bundeshliga, championnat allemand), d’autres l’appelleront coquettement « jeu de salon », dû à l’étroitesse du terrain sur lequel se pratique souvent ces parties de foot très techniques.

« Jamber » qui vient du nom du joueur Hamada Jambay signifie que l’on n’est pas titulaire sur un match. Un rappel très railleur de la dernière saison catastrophique où le marseillais avait élu domicile sur le banc des remplaçants.

Aux grands footeux, la rue reconnaissante

Les grandes compétitions internationales d’envergure, telles que la Coupe d’Afrique des Nations, la Coupe du monde et la Champion’s league sont souvent les périodes de pêches des surnoms. Les razzias s’effectuent également durant les championnats les plus médiatisés. Plus un joueur brille par son talent pendant ces rendez-vous, plus il y a de l’engouement pour floquer son prénom au dos d’un maillot contrefait venant d’Asie. Ces rues africaines deviennent, de ce fait, une espèce de baromètre de la popularité de ces footballeurs où les meilleurs d’entre eux sont célébrés, les plus nuls, moqués et les moyens, snobés.

Aux footeux, un panthéon où ils resteront des immortels à jamais, l’Afrique le leur rend drôlement bien.

Solo

 

Qui mérite la baffe ?

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A l’occasion du Nouvel An, je décide d’aller rendre visite à la famille Chrétien, mes voisins de palier que je trouvais fort sympathiques. L’accueil est très agréable. M Chrétien, porté sur la lecture, possède une bibliothèque assez riche et Mme, très coquette, mijote un bon petit dîner dans le couloir servant de cuisine. L’appartement bourdonne du bruit des grillades sur les plaques électriques et de mes échanges d’amabilité avec Mr Chrétien. Dans ce chaleureux décor, Armand, leur petit garçon de 4 ans, joue à l’indien avec un lance-pierre entre les meubles cossus et semble se chercher une mire intéressante.

Alors que je m’entretiens avec le père de famille autour du dernier prix Renaudot dont il venait de finir la lecture, soudainement, il reçoit un projectile en plein visage, éjecté par le lance-pierre du Navajo en herbe du salon. Paf ! Le père assène aussitôt une gifle magistrale qui le fait partir dans un hurlement strident vers sa maman occupée dans la cuisine. Devant les pleurs de son fils et l’explication que celui-ci lui donne rapidement de la situation, la maman ne se fait pas longtemps prier pour venir, elle-même, s’enquérir de l’objet d’une telle punition auprès de son mari.

M. Chrétien, dans son exposé de la situation, arrive à convaincre son épouse que le petit garçon mérite plus qu’une baffe en lui montrant son œil au beurre noir hérité de l’impact du projectile. Armand prend aussitôt une seconde claque venant cette fois-ci de sa maman. Ce qui le refait partir en courant dans un cri encore plus strident que le premier retrouver ses grands-parents. Il n’a pas fallu plus de deux minutes pour que les deux septuagénaires dévalent énergiquement les marches de l’étage qui nous séparent pour venir demander des comptes à leur fils et sa femme.

Cette scène cocasse se passe dans un engrenage tellement rapide que le seul réflexe qui me reste est de m’intercaler entre les deux générations de parents et le petit « Geronimo » qui avale, le regard perdu, ses sanglots.

Si après le papa, la maman, elle-même, n’a pas manqué de distribuer un aller-retour à son garnement, rien ne me garantissait que la cane de la grand-mère ou le dentier du Papy ne servirait dans cette escalade de violence irraisonnée.

– La première personne qui retouche à ce gosse aura à faire à la police, je vous promets tous les quatre, leur lançais-je.

Je m’attendais à tout sauf à être confronté à une situation d’enfant en danger en ce début d’année. Y a-t-il une période de l’année indiquée et propice à la violence à ce niveau ? En théorie non ! Par contre, tous les moments sont favorables pour sensibiliser contre des violences subies par les enfants (violences psychologiques, physiques et sexuelles) au sein de la famille.

Mon premier contact avec ces voisins qui décochent des baffes plus vite que leur ombre finit par une séance de mise en garde. Je pris congé d’eux en les invitant à se renseigner sur le 119, numéro dédié à la prévention et à la protection des enfants en danger ou en risque de l’être.

Solo Niaré